L’invitation au regroupement

Publié le jeudi 03 septembre 2009 à 09H26

TÉLÉCOMMUNICATIONS. Le ministre du Tourisme et de l’Économie numérique Jacqui Drollet a estimé hier lors d’un point presse qu’il serait plus prudent pour certains des nouveaux opérateurs mobiles de se regrouper au regard de “la loi du marché”.

Après le coup de sang de Jean- Paul Barral –PCA de l’OPT– début août qui dénonçait les “renards” que représentent pour lui les sociétés “capitalistes” qui souhaitent investir le marché des télécommunications en Polynésie, le ministre du Tourisme et de l’Économie numérique Jacqui Drollet a souhaité hier sobrement “apporter une information complète sur le sujet”. Un changement de ton que l’on comprend aisément, quand on sait que c’est à lui que l’on doit l’ouverture à la concurrence dans ce secteur d’activité détenu auparavant par le seul OPT, monopole historique. Pour autant, le ministre a émis de sérieux doutes sur la pérennité financière des futurs concurrents que sont aujourd’hui Digicel Tahiti SAS, Pacific Mobile Telecom (PMT) et Mara Télécom, et qui s’apprêtent à se retrouver sur le ring étriqué du marché de la téléphonie mobile du fenua. Jacqui Drollet est même allé plus loin en les invitant à “se regrouper”.

“Pour l’heure, deux sociétés sur trois ont obtenu le titre d’opérateur (PMT et Mara Telecom) dans un marché étroit. Je rappelle qu’en France il y a trois opérateurs –un quatrième est annoncé– pour 60 millions de consommateurs. Il est fort probable que la loi économique ne permette pas à l’un, ou à plusieurs de ces opérateurs, de vivre normalement. Lorsque je les ai rencontrés, je ne leur ai pas caché mon sentiment. Je les ai fortement encouragés à se regrouper. C’est aux sociétés de voir dans quelle mesure elles peuvent travailler ensemble. Je crois que c’est vers cette décision qu’elles devraient tendre si elles veulent assurer leur pérennité. C’est la loi du marché.” Pour l’instant, rien ne laisse envisager que ce sera un jour le cas. Le stade d’avancement des projets n’est par ailleurs pas le même.

Le premier à s’être lancé dans la bataille, Mara Telecom, est aujourd’hui “en difficulté pour payer son ticket d’entrée (500 millions de Fcfp la première année, ndlr) et pour respecter le cahier des charges qui lui a été fixé”, a affirmé hier Jacqui Drollet. Quelles pourraient être les conséquences de ces “difficultés” ? Le ministre évoque “trois opportunités” : “soit le gouvernement est magnanime et lui accorde un délai supplémentaire, mais il devra alors le faire avec les autres car on ne peut pas parler de concurrence avec des règles biaisées. Soit cela passera par un règlement judiciaire, un redressement, mais cela ne dépend pas de moi. Soit sa licence lui sera retirée”. Malgré tout, Jacqui Drollet dit “espérer simplement que les investisseurs polynésiens et d’autres permettent à cette société de vivre.”

Mara Telecom “en difficulté”

Quant aux deux autres sociétés : “PMT a obtenu sa licence d’opérateur. Elle est à l’heure actuelle en train de constituer son dossier pour obtenir des autorisations de fréquence. Alors, elle sera elle aussi assujettie au ticket d’entrée de 500 millions de Fcfp. Enfin, la société Digicel a commis quelques imprudences en déposant son statut, pas tout à fait dans les formes, avec un investissement étranger. Le conseil des ministres lui a demandé de se mettre en règle. Et il se trouve qu’elle a définitivement déposé son dossier le 19 août dernier. Nous sommes en train de l’instruire. En ce qui concerne l’autorisation d’utilisation des fréquences, elles ne pourront être attribuées qu’à partir du 2 janvier, si cela est acté, selon les règles du code des postes et télécommunications”. Mais dans un communiqué adressé hier aux médias, Gilbert Wane qui porte ce projet y voit une mise de bâtons dans les roues de sa société par “l’administration” qui selon lui fait “la ‘fine bouche’ pour essayer de retarder depuis 2008 l’investissement de 10 milliards, la création de 110 emplois directs et 500 emplois indirects.”

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OPT : 3 milliards au collectif 3

Jacqui Drollet a également confirmé hier l’annonce faite la veille par le ministre de l’Économie et des Finances Georges Puchon sur le versement de trois milliards de Fcfp par l’OPT dans le collectif 3 du Pays. Un versement rendu possible par un arrêté modifiant l’alinéa du Code des postes et des télécommunications qui parait aujourd’hui dans le journal officiel de la Polynésie française. Une loi du Pays est également dans les tuyaux. Elle est aujourd’hui entre les mains du Haut-conseil. L’OPT, mais aussi Tikiphone, peuvent ainsi payer dès maintenant, par anticipation, le renouvellement de leur licence qui n’expire qu’en 2012. Ce renouvellement de licence d’opérateur de téléphonie mobile atteint pour la filliale de l’OPT, Tikiphone, le montant de 1,5 milliard, soit 500 millions Fcfp sur trois ans. L’OPT doit aussi s’acquitter de cette somme qui correspond à son droit d’accès forfaitaire au titre de la fourniture d’accès Internet, à l’établissement et l’exploitation d’un réseau de télécommunication interne à la Polynésie française. À savoir que la durée d’une autorisation pour exercer une action dans le secteur des télécommunications dont bénéficie un opérateur est de neuf ans. Jacqui Drollet a fait part de sa satisfaction et parle d’une “réponse favorable” qui a été trouvée pour répondre à la sollicitation du gouvernement tout en “assurant et en protégeant les intérêts de l’OPT”.

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Florence Richard
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