L’huile de coprah envoie le jus

3 contributions

Publié le mercredi 17 février 2010 à 08H59

BIOCARBURANT. L'Huilerie de Tahiti a inauguré hier son premier groupe électrogène fonctionnant à l'huile de coprah. Objectif : l'autonomie énergétique de la société pour 2012. Au Pays, actionnaire à 99% de l’Huilerie, de convaincre des bienfaits de cette énergie verte auprès des autres entreprises.

L’ESSENTIEL

  • Le Pays en profite pour promouvoir l'utilisation d'une énergie verte, faire des économies, voire du bénéfice au passage
  • Avec une production de 7 000 tonnes d’huile par an, l’Huilerie de Tahiti sera en mesure de fournir les autres entreprises
  • En revanche, l’utilisation de ce biocarburant pour les voitures n’est pas encore à l’ordre du jour

Le Pays veut faire des économies et ça passe par le développement des biocarburants. Hiermatin, Gérard Raoult, P-dg de l’Huilerie de Tahiti, entouré de Frédéric Riveta, ministre de l’Économie rurale, de Michel Yip et d’Éleanore Parker, représentants des archipels, a inauguré son tout nouveau groupe électrogène fonctionnant à l’huile de coprah. Ce n’est pas une première puisqu’en 2007, l’Huilerie de Tahiti inaugurait une première chaudière fonctionnant à 100% avec de l’huile de coprah. C’est donc une nouvelle étape vers l’objectif proclamé : “L’autonomie énergétique de l’Huilerie de Tahiti”. Si l’annonce fait son effet, ce sont surtout des problèmes qui ont mené le Pays à cette décision.

Premier problème. La Swire Whipping Bankline, seule compagnie maritime qui transporte les huiles brutes de coprah, a informé en juin 2009 l’Huilerie de Tahiti qu’elle ne pourra plus le faire. Après dix ans de bons et loyaux services, la société prise de court s’est activée pour chercher une solution afin d’écouler sa production d’huile brute. La solution choisie : vendre l’huile de coprah sur le marché polynésien comme biocarburant. Et promouvoir ainsi l’utilisation d’une énergie verte, durable et alternative au pétrole polluant.

Deuxième problème. Le coprah coûte cher au Pays. Actuellement, le kilo de coprah est vendu 130 Fcfp, sauf que sur les marchés internationaux, il est à 45 Fcfp. Le Pays subventionne la différence, c’est-à-dire 85 Fcfp sur un kilo (chiffres du ministère de l’Économie rurale). Ce qui représente 1,5 milliard à l’année, selon Frédéric Riveta, ministre de l’Économie rurale, en charge de l’Agriculture. Et l’exportation à l’international de l’huile de coprah représente un chiffre d’affaires de 500 à 600 millions de Fcfp par an, toujours selon Frédéric Riveta.Mais il modère ces chiffres, expliquant que “le Pays n’est pas très loin de l’équilibre avec les effets induits par l’huile de coprah, avec les parfumeries et toutes les sociétés qui embauchent du personnel”.

L’entreprise espère économiser 15 à 20% sur la facture actuelle de 40 millions Fcfp

Bref, ce nouveau groupe électrogène, qui n’est qu’une étape dans la marche vers l’autonomie énergétique de l’Huilerie de Tahiti, va non seulement aider l’entreprise à écouler son stock d’huile brute mais aussi aider le Pays à convaincre d’autres entreprises de ‘rouler’ au coprah. Ce qui peut-être aidera le Pays à faire de vrais bénéfices. Économiquement et écologiquement intéressant, donc. De vrais bénéfices et des économies pour l’Huilerie de Tahiti, dont le Pays est l’actionnaire à 99%. Gérard Raoult, P-dg de l’entreprise, espère économiser 15 à 20% par rapport à sa facture EDT actuelle, qui atteint 40millions de Fcfp, avec un nouveau groupe électrogène plus puissant que celui inauguré hier, et qui devrait être installé en 2012.

Et pas de problème au niveau de la production puisque, comme le P-dg de l’Huilerie de Tahiti, le souligne : “Elle augmente naturellement grâce aux problèmes rencontrés dans les îles : la perliculture, le noni, tout ça est en baisse, donc les gens se sont retournés vers le coprah. Le coprah étant le seul produit agricole qui, quel que soit sa quantité, a un prix fixe à condition que sa qualité soit respectée.” Et si demain, d’autres entreprises du fenua sont intéressées par l’utilisation de ce biocarburant, “on peut fournir sans problème, on a une production de 7 000 tonnes d’huile par an”. Il ne reste donc plus qu’à convaincre d’autres sociétés.

La direction de l’Huilerie de Tahiti a déjà placé quelques pions en sensibilisant la Brasserie de Tahiti et EDT. Frédéric Riveta pense “entrer sérieusement dans la bataille” pour discuter avec eux. “Il faut d’abord prouver qu’au niveau de l’Huilerie de Tahiti, ça marche, et après les faire venir, les mettre autour d’une table et négocier”. Le ministre de l’Économie rurale compte bien sur les fluctuations du baril de pétrole pour faire pencher la balance en faveur du Pays : “D’ici quelques années, le litre du carburant va augmenter donc je pense que l’huile de coprah a sa place dans ce secteur.” Voilà de quoi les convaincre.

Mauvaises nouvelles. Pour les particuliers : il n’est pas question aujourd’hui de faire rouler les voitures à l’huile de coprah. “On n’en aura pas assez”, prétexte Frédéric Riveta. Et quant à installer des groupes électrogènes fonctionnant à l’huile de coprah, Michel Yip en rêve mais Alain Liennard, chercheur au Cirad et ingénieur sur le groupe électrogène, soupire : “On ne peut pas contrôler la qualité de l’huile, on ne peut pas fabriquer de l’huile de bonne qualité, les moteurs sont mal entretenus, les gens peu formés, peu nombreux… Et tout le problème réside sur l’échelle à laquelle on peut faire ce genre de choses sur les îles.”

Antoine Samoyeau et Lucie Rabréaud

Entretien Frédéric Riveta, ministre de l'Économie rurale

Quels sont les objectifs du Pays ?

“C’est la continuité de la politique menée l’année dernière, ça concrétise notre volonté d’aller dans les biocarburants, et avant de convaincre les autres entrepreneurs et entreprises de la place, notamment la Brasserie de Tahiti et EDT, ça commence d’abord par nous. Une fois que le biocarburant fera fonctionner l’Huilerie, là, on pourra les convaincre de notre projet.”

Et comment ?

“En négociant le prix au litre. Ici, dans quelques années, le prix au litre du carburant va augmenter donc je pense que l’huile de coprah a sa place dans le secteur du carburant.”

L’économie va décider pour eux alors ?

“Bien sûr, ils n’auront pas le choix. Pour moi, c’est d’abord prouver que ça marche au niveau de l’Huilerie de Tahiti, et après de les faire venir, les convaincre, les mettre autour d’une table et négocier. Nous allons vendre notre huile à l’intérieur du Pays et non plus subir les aléas du marché et du commerce international. L’hôtel de Tetiaroa va fonctionner au biocarburant. Ils ont besoin de 1 500 tonnes par an.”

C’est plus intéressant que l’huile reste ici plutôt que de l’exporter ?

“Économiquement et pour l’environnement de la Polynésie, c’est plus intéressant. C’est le plus important pour nous. À l’heure actuelle, nous avons eu 12 000 tonnes de coprah, qui ont donné 7 000 tonnes d’huile, c’est une bonne chose pour nous. Notre objectif est d’aller encore plus loin. C’est la bonne voie surtout que le grenelle de l’environnement va dans ce sens-là. Et nous avons de la matière première, nous produisons environ 11 000 tonnes de coprah.”

Vous voulez donner une autre image de la Polynésie ?

“On veut faire venir des touristes et il y a un créneau énorme au niveau du tourisme écologique…”

Une réflexion existe-t-elle pour alimenter les véhicules en biocarburant ?

“Non. Pour le moment, on s’arrête aux entreprises. C’est déjà pas mal. On n’en aura pas assez si on va jusqu’aux voitures…”

Quels sont les objectifs concrets concernant les entreprises ?

“Je vais démarrer les pourparlers avec eux, la direction de l’Huilerie discute depuis l’année dernière avec la Brasserie et l’EDT, je pense que je vais rentrer sérieusement dans la bataille pour discuter avec eux.”

L’éclairage

Le Coprah : ça sert à quoi ?

 

Au commencement était le cocotier. Rien de plus facile à faire pousser. Un sol sableux, un mètre cube et demi d’eau par an et donc pas le moindre arrosage pour une durée de vie de 60 ans.

Une fois à maturité les noix de coco sont ramassées, écorcées de leur couche fibreuse, et leur chair “l’albumen” est prélevée à l’intérieur de la noix. Étalée dans d’immenses séchoirs, ça chair sèche au soleil pendant quelques jours. Le “coprah” est alors rassemblé dans des sacs acheminés vers l’huilerie de Tahiti. On considère qu’il faut compter 4 000 à 6 000 noix pour faire une tonne de coprah. Une fois à Tahiti, il est stocké dans des hangars avant d’être broyé afin d’obtenir du coprah en grumeaux. Après un passage au “cooker” on récupère l’huile en suspension qui sera filtrée. L’huile peut alors être utilisée pour l’alimentation humaine (margarine, biscuits...) ou les cosmétiques, comme le savon et le monoï obtenu en la mélangeant avec la fleur de Tiare Tahiti. Aujourd’hui on peut enfin utiliser cette huile de coprah pour produire des biocarburants ! Une énergie durable et propre.

Déchiffré

  • Le groupe électrogène inauguré hier fonctionne à 100% avec de l'huile végétale de coprah. Il permettra d'alimenter les bureaux de l'entreprise en énergie
  • Le coprah apporte un revenu à 4 000 personnes et constitue dans certaines îles l'unique source de revenus
  • La production d'huile de coprah représente 2% de la consommation de fioul et de gasoil en Polynésie
  • Fin 2012, un nouveau groupe électrogène de 500 à 600 kwa fonctionnant uniquement à l'huile de coprah permettra une économie de 15 à 20% sur la facture énergétique actuelle de 40 millions de Fcfp
  • Aujourd'hui, l'Huilerie de Tahiti consomme 250 tonnes d'huile de coprah, il en consommera 300 en juin, et prévoit d'en consommer 600 en 2012

GÉRARD RAOULT, P-dg de l'Huilerie de Tahiti

Que représente le coprah ?

“Dans un kilo de coprah, on arrive à extraire 62% d'huile, c'est-à-dire 7 000 tonnes d'huile par an, sur ces 7 000 tonnes, 90% sont exportés sur les marchés européens, donc destiné à un usage alimentaire (biscuit, végétaline…), 5% est transformé ici et utilisé en cosmétique pour la fabrication du monoi et aujourd'hui 5% de la production, soit 250 à 300 tonnes, sont utilisés en biocombustible, dans les chaudières.” L'export ne marche plus ? “Non, c'est une diversification de mes activités. L'export marche encore très bien. On essaie de valoriser toujours au mieux l'huile. On est toujours très intéressé par le marché local de l'utilisation de l'huile de coprah comme biocarburant et biocombustible, il y a des possibilités aujourd'hui, pour les entreprises qui sont détentrices de chaudières ou de groupes électrogènes. Tetiaroa a pour projet d'utiliser un groupe électrogène qui fonctionnera à l'huile de coprah.”

Et pour les voitures ?

“Non parce que là on part dans un autre domaine, dans une estérification, et nous, nous utilisons l'huile brute, telle qu'elle sort aujourd'hui des presses. Elle est filtrée mais c'est tout.”

Les objectifs pour 2012 ?

“On lance déjà ce premier groupe électrogène, qui va alimenter toute la partie des bureaux pour notre entreprise et d'ici 2012, on installera un groupe électrogène d'environ 500 Kwa qui alimentera toute la partie industrielle. L'Huilerie de Tahiti deviendra pratiquement autonome énergétiquement.”

L'objectif est de rendre l'Huilerie de Tahiti indépendante, mais et les autres entreprises ?

“Si demain les entreprises locales sont intéressées par l'utilisation de l'huile de coprah comme biocarburant, on peut fournir sans problème, on a une production de 7 000 tonnes. Elle augmente naturellement parce que grâce aux problèmes qu'on peut rencontrer dans les îles : la perliculture, le noni, etc., tout ça est en baisse donc les gens se sont retournés vers le coprah. Le coprah étant le seul produit agricole qui, quelle que soit sa quantité, a un prix fixe à condition que sa qualité soit respectée.”

C'est la fin des exportations internationales ?

“À terme… Si on l'utilise que localement, tant mieux.”

Imprimer Recommander Wikio Facebook Twitter digg

Les dernières contributions


Commentaires anonymes

02/03/2010 à 12h12

quelle bonne nouvelle pour notre pays

Commentaires anonymes

18/02/2010 à 12h41

Bravo....bof
Ca fait 30 ans que l'on aurais du faire ca. Car a l'epoque il y avais deja des prototypes avec moteurs diesel modifies pour tourner au Coprah.
Juste un petit coup de pub pour se faire mousser, car je doute un jour que l'on puisse etre un pays ecologique.
Polluer rapporte beaucoup trop.
Enfin je souhaite que tout cela change et que notre environnement soit enfin pris en compte par notre gouvernement de cingles.
FanFan

18/02/2010 à 02h59

bravo pour cette avancer notoire vers une énergie propre made in fenua
pourvue que les politiques laisse promouvoir ce bien fait :D encore bravo et maruru
Francois

Légal

  • Droits de reproduction
    et de diffusion réservés
    © 2007-2011
    Les Nouvelles de Tahiti

  • Recommandations LNT

    Gardons Contact !

     

    Tous nos fils RSS   Contactez-nous !   La FanPage des Nouvelles de Tahiti   Suivez LesNouvelles.pf sur Twitter !   Le Channel Youtube des Nouvelles de Tahiti