Publié le samedi 20 février 2010 à 12H01
HAUT DÉBIT. Entre 3G, 3G+ et 4G, on parle aussi de WiMax. Depuis l’ouverture du marché, chaque opérateur se positionne et le WiMax ferait partie des technologies d’avenir pour la Polynésie.
L’ESSENTIEL
- Les nouveaux opérateurs se positionnent sur le marché de la télécommunication et tous proposeront la 3G, Viti proposera le WiMax
- Digicel pensait choisir le WiMax mais s’est heurté à un code juridique compliqué et des installations obsolètes
- Avec l’arrivée du câble Honotua, le WiMax pourrait avoir une deuxième chance pour internet, après un premier projet à Rangiroa tombé à l’eau en 2007
Le WiMax, qu’est-ce que c’est ? Depuis l’ouverture du marché à la concurrence pour la téléphonie et Internet, tout le monde parle 3G et 3G+, ou câble à fibre optique. Certains osent même prononcer le mot WiMax. Le “Worldwide interoperability for microwave access” est un réseau de transmission de données sans fil sur grandes distances par les ondes radios. James Panie avait déjà innové en 2007, en proposant cette technologie à Rangiroa. À l’époque, chargé du projet WiMax en Polynésie française, il voulait apporter de nouvelles solutions –autres que l’ADSL déjà en place à Tahiti– pour l’accès à Internet.
Avec le WiMax, il suffit d’une station principale et de plusieurs antennes de réception pour accéder à Internet. C’est le principe du Wifi avec des performances supérieures. Le Wifi permet une transmission des données entre 50 et 100 mètres alors que le WiMax, lui, a une portée théorique de 50 km pour des débits bien supérieurs à l’ADSL tahitienne. Dans la pratique, on arrive en fait à des portées de 15 à 20 km en fonction des obstacles sur le terrain (montagnes, immeubles…). “C’est un procédé conçu exactement pour les atolls car il n’y a pas ou peu d’obstacle. Et il est impensable de relier tous les îlots par un câble”, explique James Panie, qui malheureusement n’a pas été suivi par les politiques en 2007 et dont le projet est tombé à l’eau.
Son frère, Jimmy Panie défend cette technique avec sa propre société “Te Ara”, créée en novembre 2006. Une entreprise qui met en place des infrastructures capables d’utiliser la technologie WiMax uniquement pour des “réseaux privés indépendants” comme de la vidéosurveillance. C’est ce procédé qui permet à la brigade de la police municipale de récupérer les images des caméras disposées à Papeete et à Punaauia.
La question se pose aujourd’hui d’une utilisation du WiMax au grand public pour Internet et pour la téléphonie. Nouvel opérateur sur le marché des téléphones mobiles, Digicel voulait au départ utiliser le WiMax. Représenté par l’actionnaire Gilbert Wane sur le plan local, celui-ci détaille : “On voulait proposer une technologie totalement différente des autres concurrents, en avance par rapport à ce qui existait, mais le service des postes et des télécommunications nous a fait comprendre deux choses : que le cadre juridique ne le permettait pas et qu’au niveau technique, ils n’étaient pas prêts. Autre problème : les combinés capables de supporter la technologie WiMax n’existent pas sur le marché à Tahiti. On a donc retiré notre proposition d’utiliser WiMax en cours de route pour la 3G.” Technologie que tous les concurrents de Tikiphone ont aujourd’hui choisie (Vodaphone, Mara Télécom et Digicel). Plusieurs points de vente de téléphones mobiles ont d’ailleurs déclaré “n’avoir jamais entendu parler des téléphones compatibles avec le WiMax”.
Avec WiMax, il suffit d’une station principale et de plusieurs antennes de réception pour accéder à Internet
Concernant l’aspect légal, c’est le service des postes et télécommunication qui régule l’attribution des fréquences hertziennes. Le chef du service, Tamatoa Pommier, explique que la réglementation n’encadre pas une technique particulière mais s’adapte à chaque demande. D’où une procédure fastidieuse mais possible. “Le nouvel opérateur doit d’abord obtenir une licence pour Internet, puis demander une autorisation d’utilisation de fréquence. Une procédure qui prend quatre mois en moyenne.”
Pour Internet, le projet de James Panie s’est heurté en 2007 aux mêmes contraintes techniques qui ont fait reculer Digicel : le débit à Tahiti n’est que de 512 Kbit/s. Il ne pouvait donc pas avoir mieux à Rangiroa malgré des installations qui permettaient des vitesses de connexion bien supérieures (8 à 10 Mbit/s). D’où le manque d’intérêt à l’époque pour le WiMax. Mais avec l’arrivée du câble Honotua, la nouvelle connexion permettra de passer d’une capacité globale de transmission de 500 Mbits/s aujourd’hui à 640 Gbit/s. Peut-être l’occasion d’utiliser enfin cette technologie.
Antoine Samoyeau et Lucie Rabréaud
Entretien Jimmy Panie, gérant de Te Ara
Existe-t-il déjà des infrastructures WiMax sur Tahiti ?
“Oui, la commune de Papeete dispose de caméras dont les images sont transmises par un réseau WiMax. À Punaauia également quelques caméras disposées sur des ronds-points fonctionnent sur le même principe.”
Concernant Internet, peut-on passer aujourd’hui par le WiMax?
“Tout à fait. Il y a deux mondes dans le WiMax : le fixe et le mobile. Le fixe passe par un réseau ‘point à point’ : antenne émettrice et antenne réceptrice fixée sur le toit du particulier en général. Dans les îles et spécialement les atolls, on ne va pas aller tirer des câbles partout pour avoir un accès Internet. On passera plutôt par le WiMax fixe. Ensuite, il y a la deuxième version qui est le WiMax mobile, choisi notamment par Viti, qui consiste à faire du ‘nomadisme’. On part d’une antenne fixe pour aller vers des lieux de réception mobiles, comme pour une connexion Wifi longue distance.”
Le nouvel opérateur Viti a donc choisi cette technologie ?
“Oui, ils se sont positionnés sur du WiMax mobile. C’est la fameuse technologie 4G !”
Quelle est la différence concrète entre 3G et 4G ?
“La notion de 4G intervient uniquement dans les services. On considère qu’une technologie est 4G à partir du moment où elle est capable de supporter quatre types de services : la voix, l’image, le son et les datas. Ce que permet le WiMax. La 3G le fait aussi mais avec un débit bien inférieur puisqu’il passe par le réseau traditionnel de téléphonie GSM. Le débit au niveau du WiMax est évalué entre 6 et 8 Mbit/s. Pour la 3G et 3G+, le mieux qu’ils aient réussi à faire c’est 1 voire 3Mbit/s au maximum. Mais il existe aussi la nouvelle technologie LTE (long term evolution) qui peut aller jusqu’à 10 Mbit/s. C’est une version améliorée du transport sur le réseau GSM. Dans le cas du WiMax, il n’y a pas la possibilité de faire de la voix traditionnelle, qui passe par le GSM. On ne peut que passer par Internet pour parler. Aujourd’hui, la LTE est le concurrent majeur du WiMax.”
Aujourd’hui, est-ce que Mana travaille avec le WiMax ?
“Non, ils ont fait le choix de ne pas y passer.”
Le cadre juridique est-il déjà mis en place pour le WiMax ou faut-il en créer un ?
“Alors là, c’est la question qui fâche. Il faut savoir que depuis 2003, il n’y a pas eu d’évolution majeure du code des postes et télécommunications. Malheureusement, il y a bien eu une évolution technique. Ce code ne prend pas en compte la technologie WiMax. Il est plus orienté sur les services. Par exemple, il est possible de créer des ‘réseaux privés indépendants’. Et c’est le cas de la vidéosurveillance. Mais pour transporter des données Internet pour le public, il faut une licence.”
En 2007, il y a eu un projet WiMax mené à Rangiroa pour permettre un accès Internet à tout l’atoll. À l’avenir, pourrait-on généraliser cette expérience sur les atolls ?
“Mais bien sûr ! C’est la technologie qu’il faut. À l’origine, le WiMax était pour des applications en milieu rural. Ensuite, on l’a adapté au milieu urbain. “
Dans ce cas, il faudrait passer par le réseau ADSL existant en Polynésie française ?
“Oui bien sûr. Mais même si les structures permettent de recevoir du 8 Mbit/s, le particulier n’aura à l’arrivé que du 512 Kbit/s comme sur toute la Polynésie.”
Avec l’arrivée du câble Honotua, pourra-t-on avoir les mêmes performances qu’en métropole ?
“J’espère bien ! Logiquement, on serait capable d’avoir du 5 à 10 Mbit/s. Au vu de la capacité annoncée, on en sera capable. Il ne restera que le cadre juridique à faire évoluer avec la question qui se pose aujourd’hui sur la légitimité de la licence par rapport à la situation géographique de la Polynésie française. Aujourd’hui, si la licence est valable sur toute la Polynésie française, on gagne de l’argent uniquement sur Papeete. Aux Marquises, où il n’y a pas d’Internet du tout, on pourrait très bien imaginer qu’on paye une licence uniquement pour l’archipel, dont le coût serait moindre.”
Combien coûte cette licence pour la Polynésie française aujourd’hui ?
“Elle est de 600 millions de Fcfp pour 9 ans d’activité.”
Et au niveau des coûts de mise en place, le WiMax est-il moins cher que le réseau câblé ?
“Évidemment. L’installation des stations antennes émettrices revient bien moins cher puisqu’il n’y a pas de travaux de génie civil à effectuer.”
L’éclairage
WiMax :mode d’emploi
Apparue en 2002 en Europe, la technologie WiMax (Worldwide Interoperability for Microwave Access) est un réseau de transmission de données sans fil par ondes hertziennes sur grandes distances : 70 Mbit/s de débit pour 50 km de portée. C’est le principe même d’un Wifi à grande échelle.
À partir d’une station principale, le WiMax permet un accès Internet pour les foyers couverts disposants d’une antenne de réception. Il permet également un accès au web haut débit pour les rares téléphones portables adaptés. Cette technique a notamment permis de développer la téléphonie “4G” : voix, image, vidéo et Internet haute définition sur un portable.
Toutefois, l’efficacité du Wimax est à relativiser dans la pratique. Les utilisateurs enregistrent plutôt des débits de 8 Mbits/s pour des portées allant de 10 à 20 km en fonction des obstacles (collines, bâtiments...). Un trop grand nombre de connexions sur une même antenne peut également faire baisser les performances du WiMax. On reste encore loin des performances de l’ADSL en Polynésie qui plafonne aujourd’hui à 512 Kbit/s pour les particuliers.
Un projet piloteWimax tué dans l’oeuf aux Tuamotu
En mars 2007, James Panie présentait un innovant “Projet Wimax” à Rangiroa (schéma cicontre). À l’occasion du Congrès du parti des “Iliens”, il avait osé l’installation d’une station d’émission sur l’atoll et prouvé les avantages d’une telle technologie avec une unique antenne réceptrice accolée à la mairie. Le projet était censé améliorer l’activité des PME et PMI installées dans les îles. Les atolls se prêtant très bien à cette technologie. Peu d’obstacles car pas de collines ni de zones urbaines trop denses. Et un coût de mise en place du WiMax qui représente 1/10e de celui de l’ADSL. En effet, pas besoin de travaux lourds de génie civil avec la technologie sans fil.
Si le projet avait alors convaincu les membres du gouvernement présents sur l’île, il a pourtant fini par se perdre dans les cartons du ministère. “C’est le contexte politique en 2007 qui a bloqué les perspectives pour le WiMax” explique James Panie. “Mais c’est aussi le cadre juridique qui nous a freinés. Le code des postes et télécommunication était obsolète et ne permettait pas à l’époque d’attribuer une licence pour l’utilisation d’Internet par le biais de cette technologie”.







