Digicel n’est pas prêt à décrocher

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Publié le jeudi 05 novembre 2009 à 11H15

TÉLÉPHONIE. Alors que Digicel attend toujours d’obtenir sa licence d’opérateur, la société prépare sa riposte et veut faire pression sur le gouvernement en informant en masse les Polynésiens sur son projet et en les faisant y adhérer. Entretien avec Gilbert Wane, directeur de la société Digicel Tahiti.

L’ESSENTIEL

  • Le gouvernement devait se positionner au plus tard le mois dernier sur la demande de licence d’opérateur de téléphonie mobile
  • “Nous constatons un silence radio du côté du ministère de l’Économie numérique”, souligne Gilbert Wane
  • “Tous les pays qui ont autorisé Digicel sont très contents du dynamisme apporté à leur secteur des télécoms grâce à l’apport concurrentiel de Digicel”, met-il en avant
Vous avez écrit au président de l’assemblée et à Hiro Tefaarere, représentant à l’APF. Pensez-vous que l’assemblée puisse faire pression sur le gouvernement pour faire avancer votre dossier ?

“L’initiative de faire porter le débat à l’assemblée est devenue nécessaire depuis que le gouvernement nous a opposé un “refus implicite” en ne donnant aucune réponse à notre dossier de demande de licence d’opérateur avant la date légale du 10 octobre 2009. L’idée première n’est pas de faire pression sur le gouvernement, mais d’apporter au public toute la lumière sur le devenir du projet de Digicel Tahiti. Digicel a démarré ses tractations auprès de Tahiti Invest en janvier 2008 ; donc voilà bientôt deux ans. Maintenant, Jacqui Drollet, ministre de l’Économie numérique, veut nous rajouter une troisième année pour l’attente de l’autorisation d’utilisation des fréquences. Pendant ces deux années passées, Digicel a observé une grande réserve en communiquant peu avec les médias par respect pour le pouvoir exécutif en place, toutes tendances politiques confondues. En regardant toutes les étapes suivies par Digicel jusqu’à présent, tout laisse à penser que le gouvernement nous mène en bateau. En tout cas, une chose est sûre, ce n’est certainement pas du côté de Jacqui Drollet qu’il faudra espérer avoir un soutien et une facilité pour investir au fenua. Sa priorité est de sauver le soldat “Tikiphone”. Si nous comprenons sa préférence dans les actes, en revanche nous nous attristons de voir son peu d’enthousiasme face à ceux qui osent investir et créer des emplois dans un secteur qui a été historiquement la chasse gardée de l’OPT. (...) Une concurrence plus saine permettra de mieux défendre l’intérêt des abonnés.”

Le gouvernement vous a-t-il expliqué pourquoi il ne s’est pas prononcé sur votre demande de licence d’opérateur ?

“Nous constatons un silence radio du côté du ministère de l’Économie numérique (...). Le service des Postes et Télécommunications qui a instruit notre dossier est actuellement notre seul interlocuteur, celui qui accepte de nous recevoir. Son chef de service fait un travail pas souvent facile, en se retrouvant entre le marteau et l’enclume. En effet, d’un côté il instruit nos dossiers de la manière la plus objective possible avec des textes réglementaires pas toujours clairs. D’un autre côté, il travaille en ayant comme supérieur hiérarchique, M. Jacqui Drollet qui siège à un poste stratégique au conseil d’administration de l’OPT, qui est propriétaire à 100% de notre concurrent direct Tikiphone. (...) Donc vous imaginez la position très délicate de l’administration (…) qui instruit notre dossier et la position assez périlleuse du conseil des ministres qui suit normalement l’orientation en théorie impartiale de Jacqui Drollet, assisté d’un conseiller spécial qui est aussi un haut cadre de l’OPT. Comprenez donc que le doute soit permis sur l’arrière-pensée de nos décideurs concurrents qui instruisent nos dossiers.”

Que peut faire aujourd’hui Digicel ?

“Digicel commencera à informer le public sur le devenir de son projet. Nous sommes convaincus que le président Temaru est un farouche partisan de l’ouverture à la concurrence. N’oublions pas que c’est sous sa présidence que les autorisations ont été données à Mara Telecom et à Pacific Mobile Telecom. D’ailleurs c’est lui-même qui nous a invités à le rencontrer le 11 février 2009, au lendemain de son premier conseil des ministres, pour nous encourager dans notre démarche. De plus notre projet est activement soutenu par Tony Géros, Vito Maamaatuaiahutapu, tous les ministres, les représentants de l’assemblée et les maires que nous avions contactés. Ce projet qui accentue l’ouverture à la concurrence est politiquement correct. Nos seuls détracteurs sont ceux qui ont une affinité avec l’OPT. Si Digicel devait attendre un prochain gouvernement pour présenter une nouvelle demande, nous le ferons. Mais, pour le moment, nous osons espérer un revirement du conseil des ministres.”

Est-ce que le groupe Digicel a connu dans d’autres pays les mêmes difficultés qu’en Polynésie ?

“Tous les pays qui ont autorisé Digicel ont leurs propres particularités. Ils sont maintenant très contents du dynamisme apporté à leur secteur des télécoms grâce à l’apport concurrentiel de Digicel. Le cas de la Polynésie française relève en effet plus d’un parcours tendant à repousser Digicel.”

Propos recueillis par MT

Zoom

Le point surMara Telecom et PacificMobile Telecom

MARA TELECOM attend aujourd’hui l’aboutissement des négociations pour le partage des sites. Selon Julien Siu, un accord aurait déjà été trouvé pour neuf sites de partage avec l’OPT. Le dossier avance pour Mara Telecom puisqu’il y a encore quelques semaines la société attendait encore de connaître les coûts de l’interconnexion de l’OPT vers les fixes et l’international. C’est désormais chose faite. Le conseil des ministres a pris un arrêté le 13 octobre dernier portant approbation du tarif de référence d’interconnexion. Ce tarif est établi après avis du comité consultatif des télécommunications, par arrêté pris en conseil des ministres. Il est valable deux ans. Julien Siu espère une commercialisation au début de l’année 2010 en janvier ou février. Selon lui, les tests pourraient commencer en décembre et un accord avec de nouveaux partenaires financiers devrait se concrétiser ce mois-ci.

Le conseil des ministres a accordé la licence d’opérateur à PACIFIC MOBILE TELECOM le 1er juillet dernier. Reste maintenant à l’opérateur à obtenir l’autorisation d’utilisation des fréquences. “C’est sur la bonne voie”, commente simplement Patrick Moux qui ne souhaite pas donner de calendrier sur une possible mise en service.

COMMENT DEVIENT-ON OPÉRATEUR ?

Un opérateur mobile qui souhaite s’installer en Polynésie doit successivement demander une autorisation d’exploiter un réseau et une autorisation d’utiliser des fréquences radioélectriques. Pour ces deux démarches, deux dossiers doivent être présentés auprès du service des Postes et Télécommunications qui donne un avis consultatif dans un rapport d’instruction. Le service des Postes et Télécommunications instruit les demandes dans un délai de trois mois à compter de la réception de la demande complète. Mais, au final, c’est le conseil des ministres qui donne ou non son accord. Le dossier pour demander une autorisation d’exploiter un réseau doit comprendre notamment une “brève description de la nature et des caractéristiques du réseau et des services et leur zone de couverture géographique, un calendrier de déploiement et de mise en service, une justification de la capacité technique ou financière du pétitionnaire à faire face durablement aux obligations résultant des conditions d’exercice de son activité”… L’opérateur doit aussi s’acquitter du paiement d’un droit d’accès de 1,5 milliard en contrepartie de l’obtention de la qualité d’opérateur de télécommunication.

Mélanie Thomas
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Commentaires anonymes

05/11/2009 à 18h20

Je souhaite de tout coeur que Digicel mene son combat jusqu'a l'obtention de sa licence d'opérateur.
Les différents gouvernements de tout bord, y compris celui qui y est en place ont toujours su garder et defendre leur poule aux oeufs d'or.
Tikiphone est une filiale de l'OPT, donc il n'est pas question d'autoriser la concurence. Et ça, je trouve lamentable. Nous sommes dans un pays démocratique et la concurence est un des facteurs.
Alors, Monsieur le ministre de l'Economie Numérique, qu'attendez vous
pour leur donner leur licence?
Sincèrement, je suis écoeuré par tout ce système de favoritisme.
Allez, a bon entendeur, je vous salue.

Légal

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