Publié le lundi 30 août 2010 à 11H25
BUDGET DU PAYS. Parmi les nombreux satellites du Pays, les établissements publics industriels et commerciaux font parties des mieux lotis. Certains d'entre eux perçoivent des taxes affectées, d'autres sont régulièrement subventionnés par le Pays. Des subventions qui se montent tout de même à 2,5 milliards de Fcfp en 2010. Pourtant, les Epic sont censés vivre principalement sur leurs fonds propres…
L’ESSENTIEL
- Les établissements publics industriels et commerciaux ne relèvent pas de la comptabilité publique et doivent, en principe, vivre sur leur fonds propre
- Certains pourtant touchent de l'argent public que ce soit en subventions ou en taxes affectées
- “Des outils de suivi et des indicateurs de gestion devront être mis en place pour sortir des mécanismes de subvention et d'intervention “à l'aveugle” et justifier l'attribution de financements publics”, notait le rapport Bolliet
Ils sont 14 et ont pompé 2,5 milliards de Fcfp dans le budget du Pays pour l’année 2010, rien qu’en subventions. Pourtant, ils devraient fonctionner principalement sur leurs fonds propres. Les Établissements publics industriels et commerciaux font partie de ces satellites du Pays qui vivent grassement et aux frais de l’argent public, avec l’avantage d’échapper aux règles de contrôles administratifs auxquelles sont assujettis les autres établissements. L’assemblée porte approbation du compte financier et la Chambre territoriale des comptes analyse les chiffres et relève les anomalies.
Chaque Epic négocie sa propre grille salariale, comme une entreprise privée. Sauf que pour une entreprise privée, la sanction économique tombe si elle est mal gérée. En revanche, les Epic mal gérés peuvent rééquilibrer leurs comptes avec les subventions du Pays : 2,5 milliards en 2010. “Le contrôle administratif a un sens et est utilisé quand il n’y a pas de sanction économique. Les Epic ont des subventions pour des programmes particuliers demandés par la puissance publique. Mais quand il y a des interventions régulières, c’est bien pour équilibrer des budgets et finalement payer du personnel.” Pour un financier, l’avantage du statut est clair : “On peut embaucher qui on veut au tarif qu’on veut et dépenser l’argent que l’on veut.” Certains Epic trouvent leur financement grâce aux taxes affectées. Mais rigueur oblige, le Pays s’est réaffecté certaines d’entre elles qui alimentaient notamment l’EAD et le FDA, dans le collectif 4. Une coupe sombre qui devait être palliée par des subventions, mais pas pour l’EAD qui avait “un fonds de roulement et une trésorerie suffisante pour couvrir ses besoins jusqu’à la fin de l’année”, précisait le document budgétaire.
Résultat ? Le Pays fini par perdre de l’argent : à l’exemple de l’Epic Vanille qui a reçu 300 millions de Fcfp de subventions cette année alors qu’en 2008, les exportations de vanille représentaient 196 millions de Fcfp (ISPF). D’autant plus que c’est le Service du développement rural qui devrait faire ce travail de promotion de la vanille. “Il faut complètement revoir l’organisation de l’intervention publique”, explique un financier. Plusieurs services existent, voués aux mêmes charges et ça coûte de l’argent au Pays. Une situation relevée par les états généraux : “De nombreuses sociétés du secteur public sont fortement déficitaires et n’atteignent pas les objectifs qui leur ont été assignés. Ces faibles performances peuvent selon les cas être expliquées par le caractère peu rentable de leur secteur d’activité, par l’existence d’organismes publics concurrents qui entraînent une déperdition de moyens, ou d’une manière plus générale par une mauvaise gestion. Des situations de sureffectifs perdurent et semblent être tolérées par la collectivité d’Outre-mer qui finance les pertes des sociétés les plus déficitaires. Par exemple, une Sem ainsi qu’un établissement public s’occupent d’aménagement (EGT et Sagep) ; un établissement public ainsi qu’une Sem sont chargés de l’habitat social (OPH et FDA), etc.”
Pourtant, on continue à monter des Epic, à l’image de la Maison de la perle, créée par l’arrêté du 1er septembre 2009. Le syndicat professionnel des producteurs de perles dénonçait que ce nouvel établissement “ne sert pas à grand-chose” : “La Maison de la perle est une ineptie.” La création de l’Epic suscite des réactions : “Pourquoi cette manie de faire des établissements pour des choses qui concernent le privé ? Aux producteurs de vendre leur production.” Le Conseil d’État, dans son rapport de 2009 concernant les établissements publics, apportait une réponse : “Le recours à la formule de l’Epic peut aussi être, dans les faits, moins motivé par la nature de l’activité en cause que par la volonté d’échapper aux règles de droit commun régissant l’activité de l’administration.”
LR
L'OPT et le Port autonome : de vrais Epic
Seuls deux de ces Epic ont une place à part dans le “paysage satellitaire” du Pays : l'OPT et le port autonome. Ces deux-là sont de vrais Epic puisqu'ils vivent sur leur fond propre. Mais ils ont aussi la belle vie puisqu'ils sont en situation de monopole et ne se sont pas privés d'en profiter. “Tout le monde a besoin des services de l'OPT et du Port autonome, ils sont sur des marchés captifs. S'il y a une grève au port, nous sommes dans une sacrée panade. Nous sommes donc relativement obligés de leur lâcher le bout de gras”, explique un fonctionnaire. Résultat : certains ont obtenu des avantages exorbitants. “La grille salariale de l'OPT présentait un différentiel de 200 000 Fcfp en plus, pour la même charge de travail que dans un autre établissement public. Cet écart se chiffre en milliard par an. Qui va financer ? La population, en payant son téléphone, sa connexion Internet…” interpelle le même fonctionnaire.
Extraits des rapports de la Chambre territoriale des comptes
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OPT : UNE GESTION DÉFAILLANTE
- EGT : LE STATUT D'EPIC N'EST PAS JUSTIFIÉ
L’établissement public des grands travaux (EGT) a été créé en 2001 pour assurer la maîtrise d’ouvrage directe ou déléguée des grands travaux décidés par la collectivité de la Polynésie française. Son statut initial d’établissement public administratif (EPA) a été abandonné dès 2002 au profit de celui d’établissement public industriel et commercial (Epic). La chambre estime que, compte tenu de l’origine des ressources de l’établissement (les recettes proviennent essentiellement de taxes affectées) et de son activité, le statut d’Epic n’est pas justifié et présente plus d’inconvénients que d’avantages. En effet, l’Epic est aujourd’hui soumis à l’impôt sur les sociétés pour l’aménagement de la zone industrielle de Faratea et envisage de recourir à des montages pour défiscaliser une partie de son résultat. Le statut d’EPA chargé d’une mission d’intérêt général aurait permis d’éviter cette complexité inutile. Le rôle de l’EGT a beaucoup évolué. Son changement de statut en octobre 2002 lui a ouvert la possibilité d’assurer des prestations de service, alors qu’il n’était au départ compétent qu’en matière de réalisation d’ouvrages pour des opérations structurantes. Ses missions ont ainsi été étendues à la gestion et à l’exploitation d’ouvrages, de bâtiments, aménagements et équipements, à l’acquisition de biens meubles et immeubles, à la conduite d’opérations de défiscalisation, et même à la prise de participation en capital dans des sociétés commerciales. Le risque de cette évolution, au fil des circonstances et en fonction des opportunités du moment, serait de voir l’EGT devenir un “établissement public à tout faire”, orientation peu compatible avec le principe de spécialité. Parallèlement à cette évolution, les ressources de l’EGT provenant des taxes affectées ont crû dans des proportions très supérieures aux besoins de l’établissement. Au fil des ans, l’Epic s’est trouvé en possession d’une réserve de plus de 9 milliards de Fcfp qui résulte, d’une part, du prélèvement et de l’affectation de taxes sans étude préalable sur le niveau des recettes nécessaires à l’établissement et d’autre part, du faible taux de réalisation du Plan Pluriannuel d’investissement. Il serait utile, pour l’avenir, de réfléchir à la véritable vocation de l’EGT qui devrait être, en conformité avec les objectifs ayant présidé à sa création, d’assurer, pour le compte de la collectivité de Polynésie française, la maîtrise d’ouvrage déléguée des grands travaux, notamment ceux financés par la DGDE. Les modalités de financement de l’EGT devraient dès lors être mises en cohérence avec les orientations retenues, le niveau de ses ressources devant être nécessairement ajusté au montant prévu des dépenses annuelles de fonctionnement et d’investissement de l’établissement public.
ÉTATS GÉNÉRAUX
“Redéfinir le périmètre de l'action publique”
La redéfinition de l'interventionnisme du secteur public dans l'économie était une des questions posées par les états généraux qui le présentaient comme un enjeu pour la Polynésie. “Aujourd'hui, la Polynésie française occupe, avec ses établissements publics, par ses sociétés d'économie mixte (Sem) ou autres sociétés commerciales, une place majeure dans l'économie locale : 10% du PIB pour 60 milliards de chiffres d'affaires.” “La collectivité d'Outre-mer n'a aucune obligation d'intervenir dans des secteurs comme la fabrication d'huiles, la téléphonie mobile, l'Internet, le multimédia, l'informatique, le transport aérien, la promotion et la gestion immobilière, l'immobilier d'entreprise, les activités touristiques.” “Son intervention dans ces secteurs peut même être jugée illégale dès lors qu'ils ne sont pas marqués par une carence patente de l'initiative privée.” “De nombreuses sociétés du secteur public sont fortement déficitaires et n'atteignent pas les objectifs qui leur ont été assignés. Ces faibles performances peuvent selon les cas être expliquées par le caractère peu rentable de leur secteur d'activité, par l'existence d'organismes publics concurrents qui entraînent une déperdition de moyens, ou d'une manière plus générale par une mauvaise gestion. Des situations de sureffectifs perdurent et semblent être tolérées par la collectivité d'Outre-mer qui finance les pertes des sociétés les plus déficitaires. Par exemple, une Sem ainsi qu'un établissement public s'occupent d'aménagement (EGT et Sagep) ; un établissement public ainsi qu'une Sem sont chargés de l'habitat social (OPH et FDA), etc.”
“Y a-t-il véritablement carence de l'initiative privée ? Est-ce bien au nom de l'intérêt général que la collectivité publique entre dans le capital de telle ou telle entreprise privée ?” “La Polynésie française continue, avec ses établissements publics, d'occuper par ses Sem ou autres sociétés commerciales une place très importante dans l'économie locale. On ne compte pas moins de 13 Sem et trois autres sociétés à participation majoritaire de la Polynésie française, sans compter six sociétés majoritairement détenues par ses établissements publics, certains d'entre eux ayant un caractère industriel et commercial très affirmé (l'OPT notamment). (…) Tous secteurs confondus, la participation de la Polynésie française dans des entreprises du secteur privé représente plus de 19 milliards de Fcfp. Par ailleurs, le chiffre d'affaire annuel des entreprises appartenant majoritairement au secteur public (y compris le groupe OPT) dépasse 60 milliards de Fcfp en 2007, soit 10% du PIB.” Les états généraux proposaient de “redéfinir le périmètre de l'action publique en limitant l'interventionnisme du secteur public à des secteurs économiques dits “d'intérêts généraux” ou rentables, et s'en retirer quand l'initiative privée n'est pas absente”.
Subventions accordées à certains Epic (budget 2010)
- Office polynésien de l'habitat (OPH) : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .1 228 500 000 Fcfp
- Institut Louis Malardé (ILM) : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .303 870 000 Fcfp
- Epic Vanille (EVT) : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .300 millions de Fcfp
- Etablissement public Heiva Nui (HN) : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .246 742 250 Fcfp
- Etablissement de gestion et d'aménagement de Teva (Egat) : . . . . . . . . . . . . . . .100 millions de Fcfp
- Maison de la perle (MDP) : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .100 millions de Fcfp
- Fonds de développement des archipels (FDA) : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .99 millions de Fcfp
- Agence tahitienne de presse (ATP) : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .71 millions de Fcfp
- Institut de la communication audiovisuelle (ICA) : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .58 300 000 Fcfp
- Etablissement d'aménagement et de développement (EAD)
- Groupement des établissements de Polynésie pour la formation continue (Grepfoc)
- Office des postes et télécommunications (OPT)
- Port autonome de Papeete (PAP)
- Etablissement d'achats groupés (EAG)
- Total des subventions versées par le Pays à certains Epic : . . . . . . . . . . . . . . . . . .2,5 milliards de Fcfp








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Commentaires anonymes
01/09/2010 à 17h36
Les epics comme les suremploi communaux n'étaient que des réserves de voix électorales , mais les temps ont changés .
Essayez de surprendre un ou une employé epic ou municipal en train de travailler , à envoyer sur you tube.
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01/09/2010 à 04h30
Il n'y a pas photo!
Que ces privilégiés en poste dans ces EPIC, soient lâchés dans le secteur privé. Et on verra si vraiment ils sont si performants, en milieu concurrentiel.
Ils ne vont plus se cacher derrière le fameux bouclier du SERVICE PUBLIC ou de l'INTERET GENERAL.
Ce pays croule sous le poids de l'Administration ou de ses services para-publics, et on exige le privé de payer toujours plus de taxes et d'impôts pour financer ces gabegies.
Voilà une grande responsabilité de tout ces politiciens que l'on a connus. Ils s'en foute; c'est le "peuple qui paye".
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31/08/2010 à 11h49
Et la 1 ère page qui rappelle que ces fonctionnaires des (dortoirs) EPIC ont en plus l'avion payé à Paris (comme les tickets "millionaire" gagnants) et pas prêts de les perdre malgré la décision de Président !
Vont ils faire "grève générale de congés" en protestation ?
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31/08/2010 à 10h25
ON VIENT DE DECOUVRIR LA ROUE !
Ce qui a été toujours évident auparavant, apparaît aujourd'hui comme une mauvaise surprise et tout le monde s'indigne de cette "révélation" !
Nombreux EPIC et de SEM du pays peuvent très bien fonctionner sur leurs fonds propres mais la plupart des comptes administratifs ou comptes financiers ont été "plombés" afin que l'Assemblée leur attribue plus de subventions ! Le pire, c'est que les subventions ne servent qu'à équilibrer les comptes et finalement, contribuent au fonctionnement de ces services, soit, principalement, les salaires !
De plus, les représentants à l'Assemblée ne voient que les résultats de l'année à étudier, et si l'on se penchait sur le report à nouveau ou le fond de roulement de ces Epic et Sem, on s'apercevait qu'il y avait un petit magot qui dormait mais... CHUUUTTTT ! Fallait surtout pas y toucher mais "pleurer" pour avoir encore plus de "galette" !
J'avais personnellement dénoncé cette gabegie mais aucun des représentants ou des ministres n'ont voulu me suivre ou me croire ! Normal ! Tout ce qui a été "mis en place" à l'époque sert de référence pour tous les politiciens... hélas, de tout bord, et personne n'ose remettre en question ce système !
Je m'étonne quanq même que l'on veuille enfin faire le ménage maintenant, bien que cela soit nécessaire ! Mais sachant que tout n'est pas gratuit, il y a, à n'en pas douter, de sombres desseins derrière tout ça ! A moins que je me trompe, auquel cas, BRAVO !
Il y a tant de choses à rectifier, à arrêter dans les services du pays qu'il faudrait du courage aux politiciens... qui le veuillent bien !!!
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31/08/2010 à 06h55
Chacun sait que ces dortoirs à fonctionnaires ont simplement été créés pour caser des fetii incapables.
A une autre échelle la Polynésie est à l'image de l'Union soviétique : dictature contrôlée par une nomenklatura toute puissante émargeant sur l'argent public, effondrement du système, reconversion difficile vers une économie de marché ...
Commentaires anonymes
31/08/2010 à 04h53
C'est la faillite du système de l'Economie Mixte, chère à François MITTERAND qui lui-même s'en était rendu compte voilà plus de 20 ans.
On sait à quoi sert nos EPIC : à placer les mêmes personnes qui gravitent autour du pouvoir en place; c'est notre NOMEMKLATURA à la sauce locale. Cette élite donneuse de leçons qui est incapable de trouver un boulot dans le secteur privé. Aucune entreprise privée, acculée par la concurrence, ne voudra les embaucher.