Publié le jeudi 18 février 2010 à 10H03
CEPF. Bruno Bellanger cède sa place à la présidence du Conseil des entreprises de Polynésie française ce soir. Le viceprésident Luc Tapeta devrait lui succéder. Avant Bruno Bellanger, c'était Jacques Billon-Tyrard qui présidait la confédération.
L’ESSENTIEL
- Bruno Bellanger s'inquiète de la montée du chômage avec l'arrivée des jeunes sur le marché du travail
- Il estime que la réforme de la PSG est urgente, et déplore que le nouveau gouvernement n'ait pas gardé la proposition de réforme d'Armelle Merceron
- Pour lui, la Polynésie est à la fin d'un cycle, en termes de fonctionnement économique, institutionnel, politique… et de justice également
Luc Tapeta, qui devrait vous succéder, n'est pas issu d'un grand groupe comme vous qui êtes du groupe Martin. Son profil va-t-il changer la vision du CEPF ?
“C'est une position où l'on doit prendre du recul par rapport à ses intérêts propres. Luc les prendra de la même manière.”
Être à la tête du CEPF peut-il servir à se faire davantage entendre, notamment pour un grand groupe ?
“Quand on est président, on est obligé de connaître les informations. On pourrait les connaître de la même manière en étant derrière, plus discret, mais on a un rôle social à jouer.”
Oui mais la société que vous chapeautez n'en tire-t-elle aucun bénéfice ?
“Non, ce n'est pas forcément un avantage, puisqu'on peut avoir le même pouvoir de lobbying sans faire de bruit.”
Oscar Temaru avait le tapis rouge, mais il a un problème de gestion
Cette double casquette vous a-t-elle été défavorable ?
“La double casquette permet de discuter avec les syndicats sur d'autres sujets qu'au sein de l'entreprise, donc elle élargit le champ de réflexion. C'est pareil avec les syndicats comme les politiques, ça se gère.”
Quelles ont été vos relations avec les nombreux gouvernements ?
“J'ai dû vivre au moins cinq gouvernements. J'ai participé avec le CEPF à la réflexion sur le Contrat de projets, au pacte économique et social, au plan de relance, à la réforme de la PSG…beaucoup de dossiers qui ont été totalement abandonnés. C'est extrêmement frustrant, surtout avec ce climat économique avec 10 à 15% de l'emploi salarié en moins, une baisse du PIB qui doit être au moins de 5% en deux ans.”
Quel gouvernement avez-vous cru durerait le plus longtemps ?
“En février 2008, il y avait un regroupement des autonomistes… J'espérais un gouvernement stable. Maintenant, je suis inquiet.”
Portez-vous davantage d'espoir dans ce gouvernement suite à la visite de Marie- Luce Penchard ?
“De l'espoir, mais je n'ai aucune conviction. Quand je vois que Jean-Christophe Bouissou pourrait être président de l'assemblée : pourquoi pas, tant qu'on a une large majorité. Mais Oscar l'avait largement aussi ! Oscar Temaru avait le tapis rouge, mais il a un problème de gestion. Le statut de la Polynésie risque d'être fortement mis en cause. La Polynésie a cherché à avoir de plus en plus d'autonomie, mais n'a plus les moyens de l'assumer. Il y a plus de deux ans, il y avait un monde économique à deux vitesses : les politiques dans leur bulle et le monde du privé. Maintenant, il y a une scission entre les gens qui ont du boulot et ceux qui n'en ont pas, et ça va poser un problème. Il y a toujours l'ambivalence de la cherté de la vie, de l'emploi local. Les trois maîtres mots du développement de la Polynésie, c'est emploi, emploi et emploi. On a une structure autonome avec une fonction publique pléthorique rouillée sur certains systèmes. Le privé s'essouffle, bouffé par cette énorme machine.”
Marie-Luce Penchard a annoncé les réformes institutionnelles. Y croyez-vous ?
“Il n'y a pas le choix !”
Justement, n'êtes-vous pas déçu par la suspension de la réforme lancée par Armelle Merceron ?
“J'étais assez amer parce que pour des intérêts particuliers, on n'a pas été au bout d'une réforme indispensable. C'était une forme de partage. Le but était d'arrêter l'hémorragie. Mais on alourdit le déficit en ponctionnant dans les retraites.”
La PSG incarne-t-elle vos principales inquiétudes ?
“Bien sûr ! Ça peut menacer les retraites, mais aussi le système social en général !”
Estimez-vous que c'est pour des intérêts particuliers notamment que Teura Iriti s'est révélée particulièrement conciliante avec le corps médical ?
“Elle a été très gentille avec le corps médical. La précédente ministre a sûrement commis des erreurs de communication, mais on ne pouvait pas balayer d'un revers de main tout ce travail vu l'importance du dossier.”
Pensez-vous que la PSG pourrait être redressée avant que ne coule le système ?
“La politique est engluée dans un système ancien. La culture polynésienne qui a été totalement bouleversée par l'arrivée du CEP et par l'État français. Ce qu'on obtient aujourd'hui, c'est le résultat de 40 ans de politique de l'État. On est à la fin d'un cycle.”
Les maîtres mots du développement de la Polynésie, c'est emploi, emploi et emploi
Comment pensez-vous que l'on pourrait sortir de cette crise ?
“Il faudrait économiser 30 milliards sur les frais de la fonction publique pour arriver à une pression fiscale similaire à celle de la France. Notre pression fiscale est évaluée à 38% du PIB alors qu'elle est à 43% en France, dont 10% de régaliens qu'on n'a pas à financer. Donc on devrait être à environ 33% ; et 5% de PIB (de plus de 500 milliards), ça fait presque 30 milliards. Ces 30 milliards, c'est ce que pouvaient amener le tourisme et la perle à l'époque où ça marchait bien. Ce sont des petits montants, mais ce sont eux qui bloquent. Il faudrait les retrouver, mais ce n'est pas évident, parce qu'on a perdu 6 000 emplois et en même temps il y a 7 000 personnes qui sont arrivées sur le marché du travail.”
La montée du chômage vous inquiète-telle ?
“Oui ! On estime à 4 500 le nombre de personnes qui arrivent sur le marché du travail, à 1 000 ceux qui en partent… donc il faut créer entre 3 000 et 3 500 emplois par an. Et 6 000 ont été détruits en deux ans, ce qui fait un différentiel de 12 000 : c'est énorme !”
Pensez-vous qu'il faudrait envisager une solidarité locale comme une sorte d'indemnité chômage ?
“Je ne sais pas, mais il ne peut pas y avoir de statu quo. On ne peut pas continuer à ne pas insérer les jeunes dans la société : c'est une bombe sociale ! Donc la meilleure des solutions, c'est de donner du travail. On ne travaille pas assez dans le primaire, on ne produit pas nos ressources, mais c'est le réflexe de 40 ans d'assistanat.”
Le CEPF a-t-il été davantage écouté par certains gouvernements ?
“Certains politiques ont un pouvoir de nuisance qu'ils utilisent dès qu'on dessert l'intérêt de l'un ou de l'autre. On peut avoir des discussions constructives, mais les finalités de ces débats seront biaisées à l'assemblée pour des jeux politiques. On a vu des dossiers sur lesquels il y avait des consensus avec la société civile, salariés et patrons, mais qui bloquaient à l'assemblée pour des raisons d'hommes politiques !”
Pensez-vous qu'une modification des institutions peut suffire si les élus restent les mêmes ?
“Là aussi on est à la fin d'un cycle. Il y a des comportements générés par des habitudes, ça changera mais c'est long.”
Pensez-vous que les états généraux serviront ?
“Ça restera le livre de chevet des propositions dans les cinq années à venir. Les états généraux doivent servir de base, tout comme le travail qu'avait fait Christian Vernaudon dans les années 92 pour le pacte de progrès a servi de base à la mise en place d'une vraie stratégie de développement.”
Que pensez-vous des affaires de justice en ce moment qui concernent les élus ?
“Là aussi, on est à la fin d'un cycle, d'une façon de se comporter avec la Polynésie pour l'État français. Ce qui se passe avec la justice, c'est la suite des choses : elle peut maintenant intervenir sur des dossiers concernant des hommes politiques ici, comme elle l'a fait en France sur certains cas. C'est sûr que ça va changer certains comportements. Ça ne doit pas être marrant d'aller à Nuutania !”
Propos recueillis par Lara Dupuy
Lara Dupuy







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Commentaires anonymes
19/02/2010 à 09h36
Juste pour saluer amicalement Bruno,
trop implique dans le systeme pour pouvoir etre reellement objectif...
Au point que le groupe Martin forme aujourd hui les ministres..
Ce n est pas l homme qui fait la fonction, c est la fonction qui fait l homme....
Fin de cycle , on est d accord.....L autonomie est morte, les politique l ont tue.
Les 30 milliards!! on les trouvent ou.?On ne veut meme plus nous les preter.
Quand on pense que l europe met un pays comme la grece sous tutelle et qu ici on ne cesse de renouveller les fonctions et les responsabilites qui vont avec, au memes clowns qui n ont plus a prouver leurs incompetences...
Elle a bon dos la dette nucleaire..L etat a bonne conscience et 20% des locaux continue a se gaver pendant que le reste de la population agonise..
Independance ou departementalisation..On y est aujourd hui.
Et vu l etat du pays autonomiste, l independance me fait de moins en moins peur.