“Ce sont les élus qu’il faut changer”

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Publié le vendredi 19 février 2010 à 11H18

CEPF. Luc Tapeta a été élu hier à la tête du Conseil des entreprises de Polynésie française. Il succède à Bruno Bellanger, et annonce qu’il travaillera dans la continuité de son prédécesseur.

 

 

L’ESSENTIEL

  • Luc Tapeta espère des réformes mais surtout un changement des comportements politiques
  • Le nouveau président du CEPF peste contre le train de vie de l’administration, qui pèse sur l’économie
  • “J’ai été cocu avant d’avoir déposé mon bulletin de vote”, a-t-il expliqué

Après trois années présidées par Bruno Bellanger, allez-vous choisir la continuité ou la rupture ?

“La continuité. On a beaucoup travaillé ces dernières années sur des dossiers qui n’ont pas toujours abouti, il va falloir retravailler sur la PSG par exemple.”

Quelles réformes proposer pour la PSG ?

“Il y a deux choses : il y a des réformes structurelles de fond qu’il faut entamer. C’est d’abord une prise de conscience de tous les acteurs. C’est notre affaire à tous. Nous ne devons pas avoir seulement une approche comptable. Il faut aussi savoir que le Pays va passer d’une population jeune à une population de seniors .”

Bruno Bellanger s’est dit “amer” concernant la suspension de la réforme d’Armelle Merceron.

“Avec l’approche par quatre quarts (les cotisants, le Pays, les patients et les professionnels de santé), tous les acteurs prenaient leurs responsabilités. Le nouveau gouvernement a dit : “ok, le déficit on le laisse courir” donc ce ne sera plus 9, ce sera 15 milliards de Fcfp. Utiliser la Cades (Caisse d’amortissement de la dette sociale) pour résorber le déficit, c’est un outil. Ce n’est pas ça qui va traiter le problème de fond. Il faut entamer des réformes structurelles, au niveau du Pays : c’est quoi la politique de la Santé, celle de la Solidarité, celle de la Famille ? Comment sont organisées aujourd’hui les structures de santé ? Le besoin de la PSG n’est pas aujourd’hui de 104 milliards, il pourrait se situer entre 120 et 140 milliards, c’est-à-dire le budget équivalent à celui de la Polynésie.”

Il faut tout remettre à plat ?

“Complètement. Chacun est dans son pré carré. Aujourd’hui, c’est logique d’avoir un ministère de la Solidarité qui pilote aux destinés de la CPS mais qui n’a aucun moyen d’action sur les schémas de prévention que l’on devrait mettre en oeuvre.”

Concernant l’économie, les conclusions des états généraux parlaient de “changer de cap”, Bruno Bellanger a parlé de la “fin d’un cycle”…

“Les politiques devraient se plonger dans le diagnostic des états généraux qui est composé d’éléments factuels, produits par l’administration, en tirer des conclusions et prendre les bonnes orientations. On est effectivement à la fin d’un cycle, il faut donc être capable de présenter à la population, qui attend ça depuis 2004, un vrai projet de société, qui pourrait prendre la forme d’un nouveau pacte de progrès. Il est temps aujourd’hui d’avoir un peu de stabilité et de se lancer dans un projet de société. Il faut qu’à travers un pacte de progrès, on soit capable de se mettre d’accord et de proposer des projets au gouvernement central.”

Que faudrait-il changer dans la fiscalité ?

“Aujourd’hui, on a un taux de prélèvements, hors obligations régaliennes assumées par l’État, qui est bien supérieur à celui de métropole. Le taux de prélèvements en rajoutant les compétences régaliennes serait de 52 ou 53%. Vous produisez 100 Fcfp, on vous en prend 52. Le niveau de prélèvement est insupportable. Il faudrait moins prendre sur l’outil de production pour permettre le développement économique.”

Moins taxer les entreprises ferait repartir l’économie ?

“Pourquoi on taxe les entreprises parce qu’on a des besoins : les établissements publics, les Sem, la PSG, le train de vie… 57 représentants au Pays, on ne peut continuer comme ça pour un Pays de 260 000 habitants ? 6 000 fonctionnaires, soit 1 fonctionnaire pour 43 habitants. Il faut être raisonnable ! Tout ça pèse. Seules les entreprises produisent de la richesse, l’administration n’a jamais produit de richesse. Il faut réfléchir autrement. Un entrepreneur, si on commence à lui dire que les règles du jeu ne sont pas figées, qu’elles peuvent changer du jour au lendemain, si on lui dit qu’on va lui prendre 40% sur la fiscalité, à un moment donné il va se dire non.”

Êtes-vous pour la concurrence ?

“Oui à la concurrence, mais avec des règles du jeu qui doivent être déterminées dès le départ. Je suis pour une concurrence qui ne met pas en péril la notion de service public.”

En temps de crise, n’est-il pas temps de réformer l’administration ?

“Nous sommes en plein dans la crise et je ne vois pas les prémices d’une sortie de crise. Prenez le processus de défiscalisation. Essayez de monter un dossier et de le présenter, vous allez voir. C’est un processus administratif extraordinaire. Quand les règles de défiscalisation sont écrites non pas, par des gens qui seraient dans la logique de développement économique, mais par des fiscalistes, ne vous attendez pas à avoir quelque chose qui aille vite et bien. On pourrait bâtir des processus qui intégreraient du contrôle a posteriori et si vous avez fraudé, à ce moment-là vous n’avez pas la défiscalisation. Non, c’est du contrôle a priori. Un projet devient si compliqué à conduire, c’est fou. Le système aujourd’hui est sclérosé.”

Vous pensez que les réformes institutionnelles promises par Marie-Luce Penchard vont changer quelque chose ?

“Ce sont les hommes politiques qu’il faut changer. Regardez comment ils se précipitent tous pour aller défendre leur vision des choses. Ils ne vont pas se saborder. Il faut peut-être donner à la population la possibilité d’en éliminer dans les listes. Ceux qui ont été des nomades, par exemple. C’est invraisemblable quand même ce qu’on a vu depuis 2004. Ils sont capables d’imaginer des choses que nous-même n’imaginons même pas aujourd’hui.”

Comment travailler avec eux alors ?

“Comment faire autrement ? J’ai décidé de ne pas baisser les bras. Je veux continuer à porter le message de l’entreprise, du développement de l’économie. Leur comportement en général est insupportable. Depuis quelques années, j’ai été cocu avant d’avoir déposé mon bulletin de vote. C’est vrai parce qu’une fois qu’ils ont eu mon vote, ils ont fait ce qu’ils ont voulu.”

Avez-vous des promesses à faire en tant que président du CEPF ?

“Qu’est-ce que vous voulez promettre aujourd’hui ? On ne peut rien promettre. Ce serait malhonnête de faire des promesses. Essayer aujourd’hui de maintenir l’emploi. Ce n’est même pas une promesse, c’est essayer.”

Propos recueillis par Lucie Rabréaud

  • Lire aussi l'article "Un plan pour redynamiser l'économie" dans Les Nouvelles de Tahiti de ce vendredi 19 février, compte-rendu d'une conférence  qui s'est tenue à l'université sur l'avenir de la Polynésie.

Parcours

Après quelques années dans l’armée de l’air, puis 25 années passées à la banque Socredo à différents postes, Luc Tapeta a ouvert sa propre entreprise de consulting en maîtrise d’ouvrage déléguée où il conduit des projets immobiliers pour le compte de promoteurs. Membre du CESC, impliqué dans le conseil des entreprises, président du fonds pour la formation professionnelle continue des salariés, membre du conseil d’administration de la CPS, facilitateur dans la recherche d’un régime alternatif à l’ITR pour les fonctionnaires, administrateur SOS Village d’enfants, il qualifie son parcours “d’atypique”. Il est devenu hier le président du CEPF, après en avoir été le vice-président depuis février 2008 et le trésorier en 2005, 2006 et 2007. Bref, c’est un retraité de 57 ans bien occupé.

Nouveau bureau

  • Luc Tapeta, président du CEPF
  • Bruno Bellanger, premier vice-président
  • Jacques Billon-Tyrard, deuxième viceprésident
  • Frédéric Dock, trésorier

 

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Commentaires anonymes

21/02/2010 à 14h55

Dites donc, ça t'en fait des casquettes, Lucky Luke, toi qui veut "changer les hommes et en éliminer des listes"! Faut-il piger que ta liste est IRREPROCHABLE. So clean au CEPF, vous intervertissez les casquettes and here we go again. Il n'y a pas que les politiques qui jouent à tournicoti tournicoton.
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx.
Quand tu dis que "c'est notre affaire à tous", we do agree. Mais peut-être que si tu avais fait ta part et pesé de tout ton poids pour nous serrer un peu moins la vis en "prélèvements" pendant tes 25 longues années de Socrédo, nous aurions pu, nous aussi, contribuer "au développement économique" du Pays plutôt qu'au vôtre. Et nous n'en serions pas là. Parce que nous, c'est du sûr mais avec des handicaps que tu n'avais pas. Je crois me souvenir that you once said que nous devions cesser de nous gargariser de mots sort of "un pays grand comme l'Europe, des difficultés insurmontables du fait des distances". It's a fact and a problem. Not yours, because you had had money to go monkeying around ; it's not our case.
Sorry mais tes entreprises (et TON entreprise Lucky Luke), nous n'en savons que ce que vous voulez bien nous en dire. A part la valse des chômeurs qui n'en finit plus. Comment dis-tu? Vous ne pouvez rien PROMETTRE mais juste ESSAYER? Alors à quoi vous servez? C'est chacun sa pierre à l'édifice et là est le coeur de la vôtre.
En réalité et à bien y regarder, tes entreprises ont toujours crié famine même quand elles roulaient sur l'or. C'était déjà votre refrain du temps de Gaston Flosse malgré la pluie de "commandes publiques" qui, elles, injectent du fric et font le développement économique et la richesse. Vous, vous n'aviez qu'à vous servir. By the way, we've never heard just one of you SIRS say, thanks MAN. C'est lui le COCU, accusé de gabegie, mégalomanie, détournements quand tes entreprises ont été les premier profiteurs du "système Flosse".
Et ça n'a pas changé. Pas des suspicions (that we hate), mais vos propres paroles qui ont dû vous échapper, encore hier sur RFO. Cela fait UN BAIL que vous pleurnichez sur "vos carnets de commandes qui étaient pleins mais s'épuisent et que vous ne voyez plus rien venir à l'horizon". C'était l'horizon 2050 ?
Tu disais aussi qu'il nous fallait "changer d'état d'esprit". Quite right. Mais c'est valable pour tous. Et chacun fait son examen de conscience et ménage avant d'aller balayer devant la porte du voisin. Pour l'instant, ce qui a changé chez toi, c'est ta belle retraite et ta nouvelle boite de consulting. Mais l'état d'esprit! Ah que non.

Commentaires anonymes

20/02/2010 à 12h19

C'est pas les élus qu'il faut changer, c'est tout le Pays.

:o:o:o:P

Commentaires anonymes

19/02/2010 à 16h01

Tant que l'on verra tous ces repris de justice se pavaner dans les instances dirigeantes on ne pourra rien CHANGER en Polynésie.
Vous avez raison Mr Tapeta

Commentaires anonymes

19/02/2010 à 14h53

Si nous pouvions avoir des chefs d'entreprises avec votre volonté d'en sortir en métropole, il serait possible de faire les réformes nécessaires pour que tout le monde retrouve la joie de vivre et travaille. Malheureusement, le patronna pme/pmi, celui qui paie les impôts, crée l'emploie, ne dit rien, subit, paie, paie, paie. ceux du cac40 continuent à s'engraisser comme des porcs, et licencient chaque année un peu plus de charettes pour toujours plus aux actionnaires rentiers et fonds de pension. Bon courage à vous, surtout ne comptez pas sur les politiques, ils ne vous connaissent pas.

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