Publié le mardi 09 mars 2010 à 08H12
Une journée internationale pour une cause. N'en déplaise aux détracteurs des “journées de” qui critiquent l'intérêt de telles célébrations annuelles, aussi futiles soient-elles, ces journées représentent l’occasion de soulever des problèmes ou de souligner des inégalités. Sauf qu’en Polynésie française, les disparités sont gentiment enrobées de propos sirupeux pour éviter d’avoir à s’en inquiéter. Dimanche à la présidence, les femmes étaient accueillies pour faire la fête à l’occasion de leur journée. Hier à l’assemblée, ce sont surtout des élues qui ont évoqué la parité, qui permet à bon nombre d’entre elles d’être là, vu que sinon les femmes seraient largement minoritaires, comme l’illustre la composition du gouvernement qui n’en compte que deux. On ne peut pas dire que les femmes politiques ont évoqué les réels problèmes que les femmes rencontrent au quotidien, qu’il s’agisse d’inégalité de salaire, de misogynie dans la vie professionnelle, de machisme dans la vie privée, de violences conjugales ou de surcharge de travail... tout simplement parce que malgré leur bonne volonté, elles ne sont pas très représentatives de l’ensemble de la population féminine.
Comme tous les ans le 8 mars, les discours de la gent masculine ont dégouliné de clichés plein de bonnes intentions avec des odes à la femme qui sait cumuler vies professionnelle, privée et rôle de mère. Mais en fin de journée, cric crac tout est fini, on range ses tablettes et personne ne tente de ruer dans les brancards pour changer la situation presque charmante ou du moins confortable pour bien des tane. Il existe tant de pays ou la femme est traitée comme un être inférieur que les maux dont souffrent certaines femmes polynésiennes semblent en comparaison de bien piètre importance. Il existe pourtant de nombreuses petites injustices qui mériteraient que l'on se batte pour qu'elles cessent, tout comme le citoyen doit se battre pour non seulement conserver son droit de vote, mais aussi pour qu'il ne soit pas usurpé.
Comme dans beaucoup de pays occidentaux, en Polynésie française les femmes ont souvent un meilleur niveau scolaire que les hommes et sont dotées d'une bien plus grande adaptabilité à force d’être exercées à multiplier les tâches. Une étude sur les femmes chef d'entreprises vient de démontrer qu'elles ont “une productivité plus élevée, une politique de financement sage, un positionnement stratégique adapté en permanence à la conjoncture”. Il est donc prouvé que les entreprises gérées par des femmes sont plus performantes et licencient moins. Mais aucune étude ne changera les mentalités. D’autant que la plupart des femmes étant moins ambitieuses que leurs homologues masculins, elles cèdent volontiers à leurs caprices de virilité qui doit les laisser croire qu’ils dominent. C’est tellement plus simple de respecter les apparences quand la cause ne mérite pas de se rebeller.
C’est peut-être pour ça qu'il y a si peu de femmes à la tête d'un pays ou d'un parti, mais aussi beaucoup moins de femmes en prison.
Lara Dupuy






