Publié le samedi 04 septembre 2010 à 12H26
Rien de très révolutionnaire dans le rapport de la mission Barthélemy transmis hier à Paris aux partis politiques et aux médias. Les Nouvelles vous en avaient révélé les grandes lignes mercredi, le détail n’est pas plus euphorisant. De “l’administrativement correct” qui retient trois possibilités de mode de scrutin, et rafistole çà et là le statut de 2004, corrigé des données de la loi Estrosi, pour rendre plus difficiles les renversements de gouvernement sans les empêcher, et tenter de poser les jalons d’une stabilité retrouvée. Sur le papier, ça semble efficace, mais l’on sait depuis la loi Estrosi qu’il ne faut jamais sous-estimer la capacité de nos élus à contourner l’obstacle pour retrouver le chemin du pouvoir.
Mesure phare de ce plan “anti-instabilité” : “Réduire les possibilités et conditions d’adoption de la motion de défiance en prévoyant que la motion ne puisse être déposée qu’à la majorité absolue des membres qui devraient en être signataires. Elle serait votée à la majorité des 3/5e, afin d’éviter les alliances de circonstances.” Éviter les alliances de circonstances ? Concrètement, si l’on applique le système des 3/5e à l’assemblée de ces trois dernières années, soit 34 représentants sur 57, on n’aurait pas évité le renversement du gouvernement Tong Sang fin 2007, par “l’alliance de circonstance” du pacte Flosse-Temaru (44 voix pour Temaru), ni le renversement toujours du gouvernement Tong Sang en février 2009, par “l’alliance de circonstance” Flosse-Temaru- Bouissou (37 voix pour Temaru), ni le changement de majorité sans renversement d’avril 2009, par “l’alliance de circonstance” Temaru- Tong Sang-Bouissou (majorité à 45). En revanche, GTS n’aurait pu mener à bien ses deux dernières motions : celles d’avril 2008 pour renverser Flosse (29 voix pour GTS), et la dernière, la “motion de trop” pour renverser Temaru qui s’est jouée aussi à la stricte majorité absolue des 29.
Si la mesure des 3/5e met effectivement des bâtons dans les roues de la motion, elle ne l’empêche pas pour autant de tourner... La preuve aussi par un cas d’école actuel : si Flosse et Temaru décidaient aujourd’hui de refaire un bout de chemin ensemble, les 22 de l’UPLD + les 12 du Tahoeraa, cela nous ferait bien... 34, sans compter les girouettes alentours. Le nouveau système enrayera peut-être les balançoires, mais il ne pourra empêcher les grandes bascules.
Le mode de scrutin alors ? Les trois propositions retenues par le rapport Barthélemy (lire en page 6-7) ne sont là encore pas d’une grande innovation. Scrutins de listes, sans possibilité de panachage. Impossible donc pour l’électeur de rayer les noms de ceux qu’il ne juge pas dignes de le représenter. Ce sont les chefs de parti qui décideront toujours. Après, sous des dehors de grands principes démocratiques, on reste dans le champ politicien des comptes d’apothicaire. Retour à la prime majoritaire, qui reste à définir, et pas de grand changement : l’UPLD n’aura pas sa circonscription unique, le Tahoeraa n’aura pas non plus ses îles du Vent coupées en quatre, et Tong Sang n’aura pas son président élu au suffrage universel, ni même un président automatiquement désigné dès lors que sa liste est sortie en tête des urnes.
Pas de présidence du Pays désignée par les urnes pour la durée du mandat donc, mais en revanche, une présidence “inamovible” de l’assemblée, pour les 5 années de mandature. On y gagne au moins un perchoir stable, même si la majorité a basculé.
Pas de grande ambition de renouveau du modèle institutionnel donc dans ce rapport Barthélemy. Du rafistolage à la Estrosi, avec le risque notable que tout cela ne se finisse par un : “aux mêmes causes, les mêmes effets”. Mais, comme on dit à Paris, “on répond aux demandes des élus locaux”, sachant que s’ils avaient une autre grande ambition pour le Pays que celle de décrocher la prime majoritaire aux prochaines élections, le pays s’en porterait nettement mieux.
Et quid des élections justement ? Outre le fait qu’un retour aux urnes anticipées en 2011 est l’assurance, surtout avec les modes de scrutin proposés, de “rependre les mêmes pour 5 ans et recommencer”, le calendrier n’est pas non plus très aisé à caler. La tradition républicaine veut qu’il n’y ait pas d’élections organisées dans l’année précédent une présidentielle (mai 2012), et l’adoption de cette réforme électorale par le Parlement français ne peut guère s’envisager avant la fin 2010. Ne resterait donc que mars ou avril 2011 pour le retour aux urnes anticipé. Voilà qui risque notablement de faire désordre, sachant que dans le même temps, du 18 avril au 26 mai, tous les regards seront tournés vers le palais de Justice où se tiendra le plus grand procès politico-financier de l’Histoire de la Polynésie : le jugement en correctionnelles des “94 emplois fictifs” des présidences Flosse. Avec le Vieux lion en tête d’affiche bien sûr, mais aussi à la barre toute une brochette d’exorange : les deux députés Michel Buillard et Bruno Sandras, mais aussi Jean-Christophe Bouissou, ainsi que des toujours orange : Pascale Haiti, René Kohumoetini, Henri Flohr, Monique Richeton...
Drôle d’ambiance pour une campagne...
Muriel Pontarollo
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Commentaires anonymes
06/09/2010 à 09h35
Quand les élus locaux donnent leur avis !
Après 15 jours, ils en changent :
"On ira pas à Paris"
"Finalement, on va aller voir Marie-Luce."
etc.
Si on mettait des indemnités aux représentants équivalente à 200.000 XPF par mois, on verrait les personnes véritablement motivées !
Après, il n'y aura plus qu'à bourrer ...
... les urnes.
Vive l'Anarchie !
Vive la république !
Et vive la [s]Polynésie ![/s] Tahiti Nui !
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05/09/2010 à 12h03
Il fallait s'y attendre, du rafistolage comme toutes les réformes de Sarkoléon.
Il était inutile de chercher si loin. Sarkoléon doit se rendre à l'évidence, c'est son rejet de monsieur Flosse et sa chasse à l'homme qui ont encouragé les bascules et fait l'instabilité. Il en est le seul responsable. D'ailleurs, votre regard plein d'espoir et inévitablement tourné vers ce procès des emplois présumés fictifs en dit long.
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04/09/2010 à 23h36
... la dernière, la “motion de trop”
C'est écrit noir sur blanc et il n'y apas d'autres mots pour décrire ce dernier changement qui n'a finalement plus coûté au pays, financièrement, qu'à la population qui n'a plus qu'à supporter cette situation qui, il est vrai, aurait pu être évitée.
Y a-t-il de réels changements, de concrets par rapport à ce que l'ancien gouvernement avait proposé ? NON !!!
... “on répond aux demandes des élus locaux"
Comment peut-on croire encore aux déclarations de l'Etat quand on sait ce qu'il nous a imposé ? En plus, la loi Estrosi y est clairement citée, surtout son inefficacité !
Quand on sait que tout ce qui concerne la loi organique du pays est décidé par l'Etat, on ne peut que rester pantois quant à ce qu'on essaie de nous faire croire ! Les élus locaux donnent leur avis qui, en général, n'est nullement pris en compte par les décideurs métropolitains ! Finalement, pourquoi donner son avis ?