Une nouvelle ère financière

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Publié le lundi 08 février 2010 à 09H49

DU FREPF À LA DFPF. Nouveaux sigles pour nouvelles relations. “La rente nucléaire” n'est plus –elle a été remplacée par plusieurs dotations calquées sur le modèle des autres collectivités territoriales françaises– la spécificité polynésienne non plus.

L’ESSENTIEL

  • La DGDE va céder la place à trois nouveaux instruments financiers qui seront définis dans la loi de finances pour 2011
  • La DFPF (dotation de fonctionnement de la Polynésie française), la DTIC (dotation territoriale pour l'investissement des communes) et une partie contractualisée destinée à l'investissement
  • La DGDE et son ancêtre le Frepf étaient essentiellement axés sur l'investissement

C'est jeudi soir, en catimini, catastrophe naturelle oblige, que le président du Pays Gaston Tong Sang et la ministre de l'Outre-mer Marie-Luce Penchard, ont signé une déclaration commune “entre l'État et la Polynésie française portant réforme de la dotation globale de développement économique” (lire le texte intégral ci-contre). En quelques mots, L'actuelle DGDE (dotation globale de développement économique), issue d'une convention signée en octobre 2002, va céder la place à trois nouveaux instruments financiers qui seront définis dans la loi de finances pour 2011. D'abord une dotation de fonctionnement, la DFPF (dotation de fonctionnement de la Polynésie française), dans laquelle sera versée la plus grande partie de l'enveloppe globale, soit 60%, libre d'emploi ; ensuite, une dotation pour les communes, la DTIC (dotation territoriale pour l'investissement des communes) à hauteur de 6% ; puis un troisième instrument financier, sur le mode de la convention (encadré par des contrats), destiné aux investissements du Pays, et qui représente les 34% restants de l'enveloppe. Une enveloppe dont le montant global reste à 18 milliards de Fcfp, mais qui bénéficiera désormais d'un mécanisme d'indexation comme c'est le cas pour les dotations que verse l'État aux autres collectivités territoriales.

Avant. La DGDE a été instituée par une convention conclue le 4 octobre 2002 entre le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin et le président du gouvernement de la Polynésie française, Gaston Flosse, pour se substituer au Fonds de reconversion de l’économie de la Polynésie française (Frepf). Ce fonds avait été créé en 1996, également par voie de convention, afin de compenser les pertes économiques et financières consécutives à l’arrêt des essais nucléaires en Polynésie. Prévu pour durer dix ans, le fonds était doté chaque année de 18 milliards de Fcfp par l’État. Le fonds a été remplacé par la DGDE dès 2003 avec des modalités de fonctionnement beaucoup plus souples que celles du fonds. À l'origine, cette dotation était censée soutenir prioritairement l'investissement du Pays et non son fonctionnement, mais dès 2004, les premiers avenants seront signés pour affecter de plus en plus de crédits au fonctionnement du Pays, notamment en faveur de l'aide à l'emploi. Depuis, la part de la dotation utilisée en fonctionnement par le Pays n'a cessé d'augmenter, d'où l'instauration de la DFPF.

Après. Premier changement de taille, la convention cède la place à une loi, plus solide juridiquement pour les partisans de la réforme, comme To Tatou Ai'a et l'UPLD, plus facilement remise en question que la parole donnée par le chef de l'État pour les détracteurs de la réforme comme le Tahoeraa ou Rautahi. Deuxièmement, l'introduction d'un mécanisme d'indexation. Depuis sa création, la DGDE n'a jamais été réactualisée et selon les calculs d'Antony Géros lorsqu'il était encore vice-président du Pays, le montant de l'enveloppe devrait atteindre aujourd'hui 20,3 milliards de Fcfp, soit 2,3 milliards de Fcfp supplémentaires. Le Pays a bien tenté de négocier que ce manque à gagner soit pris en compte mais l'État n'a pas cédé sur ce point et l'enveloppe affiche toujours 18 milliards au compteur. Troisièmement, la création d'une dotation pour les communes. Le président Oscar Temaru n'en voulait pas et prévoyait d'affecter le produit de l'impôt foncier aux communes à la place, le président Gaston Tong Sang a dit oui. Les communes, qui se sont vues ajouter de nombreuses compétences ces dernières années (assainissement, adduction en eau potable, déchets), doivent plutôt être satisfaites. Enfin, changement notable pour ce qui est de la dotation en investissement, elle sera plus cadrée et plus surveillée. En fait, elle fonctionnera demanière contractuelle par le biais de la signature d'une convention entre l'État et le Pays sur une durée pluriannuelle. Un comité de pilotage, composé des représentants de l'État et du Pays, définira les programmes d'investissements retenus. L'État paiera au fur et àmesure de l'avancée réelle des travaux et sur présentation de pièces justificatives.

Pas de revalorisation de l'enveloppe et un investissement recadré, voilà les points où le Pays n'a pas obtenu gain de cause. En revanche, l'indexation automatique annuelle et le nouveau découpage de l'enveloppe au bénéfice du fonctionnement répondent aux attentes du Pays. En somme, c'est un bilan mitigé qui préfigure les nouvelles relations entre l'État et le Pays.

CV

ILS L’ONT DIT

ÉDOUARD FRITCH

“Il ne faut pas toucher à la DGDE”

“Nous y sommes opposés, il ne faut pas toucher à la DGDE. Que se passe-t-il aujourd'hui ? Parce que les anciennes majorités ont accepté de commencer à toucher à la DGDE, la DGDE devient un moyen pour l'État de répondre à ses obligations. Prenez l’exemple du financement du Fip, l’État dit ‘prenez dans la DGDE’. Pour le RSPF, alors que l'État participait avant à plus de trois milliards, ils sont allés redemander à Paris et on leur a dit, ‘mais prenez sur la DGDE’. La DGDE n'a pas été conçue par Jacques Chirac pour répondre aux besoins de l'État. La DGDE a été mise en place pour répondre aux besoins d'infrastructures de ce pays, avec un petit peu de fonctionnement soit, mais la DGDE, au départ, cette dette de la métropole envers la Polynésie française, c'était pour répondre à ce déficit d'infrastructures dans les archipels. C'est la raison pour laquelle la DGDE, à ses débuts, son utilisation par le gouvernement Flosse, a servi à construire des quais, à construire des routes, à construire des aérodromes.”


JEAN-CHRISTOPHE BOUISSOU

“Un marché de dupes”

“Je me méfie de la négociation sur la DGDE et sur la DGA. J’estime que c’est très certainement un marché de dupes qui aboutira sur un amoindrissement des résultats en ce qui concerne la participation de l’État. Je trouve qu’on devrait rester dans la situation qui prévalait, à savoir, la convention qui a été signée par le Premier ministre sous l’égide du président de la République. Ça marchait jusqu’à présent et je ne vois pas pourquoi cela ne marcherait pas demain. En l’occurrence, intégrer cela sous forme d’une loi de finances, c’est laisser libre cours à toute sorte de tergiversations politiques demain au niveau du Parlement.”


ANTONY GÉROS

“Reconsidérer lemontant de l'enveloppe à 20milliards de Fcfp”

“L’absence totale d’indexation sur une période de 13 ans (1996-2009) pénalise lourdement le Pays. Des calculs que nous avons faits sur la base d’une inflation de 1% par an (très inférieure à la réalité), il ressort que les 150 millions d’euros (18 milliards de Fcfp) que versait l’État à la Polynésie en 1996, ne représentent plus que 130 millions d’euros (15 milliards de Fcfp) en 2009. C’est très important… C’est ce qui nous amène à dire que la réforme de la DGDE ne peut se faire sans prendre en compte, non pas le rattrapage de tout ce qui n’a pas été versé au titre d’une telle indexation, mais sans reconsidérer le montant de l’enveloppe financière. Nous proposons de le fixer à 170 millions d’euros (20 milliards de Fcfp), ce qui serait le montant actuel de la DGDE si celle-ci avait été indexée durant la période du Frepf et de la DGDE.”

Déclaration commune entre l’État et la Polynésie française portant réforme de la dotation globale de développement économique

La convention de renforcement de l’autonomie économique de la Polynésie française signée le 4 octobre 2002 visait à pallier la cessation d’activité du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP). Elle visait également à prendre en compte les handicaps de la Polynésie française, territoire éloigné, morcelé et constituant un marché développé mais de petite taille, et situé dans un environnement économique difficile. Dans le cadre d’un partenariat rénové et confiant, l’État et la Polynésie française affirment leur volonté de construire ensemble des relations financières guidées par les principes fondamentaux que sont le respect de l’autonomie conférée à la Polynésie française, la priorité au développement économique et social, la solidité et la stabilité des relations financières ainsi que la transparence dans la gestion et le contrôle des fonds publics. La convention de renforcement de l’autonomie économique de la Polynésie française signée le 4 octobre 2002 ne répondait plus à ces exigences. Fragile juridiquement et modifiée par cinq avenants en 7 ans, la dotation globale de développement économique n’assurait plus une sécurité suffisante pour permettre à la Polynésie française d’assumer efficacement ses responsabilités. Prévue essentiellement pour concourir au financement de l’investissement, elle ne pouvait pas jouer le rôle de stabilisateur dans les périodes de stagnation ou de récession économiques. Enfin, son caractère exorbitant du droit commun ne lui conférait pas les attributs des dotations habituellement versées par l’État aux collectivités locales et plus particulièrement une indexation annuelle minimale.

L’État et la Polynésie française souhaitent donc engager une démarche destinée à stabiliser et à pérenniser les apports financiers de l’État. Le concours pérenne de l’État sera inscrit dans la loi pour sortir de la logique conventionnelle propice à des divergences d’interprétation. La loi garantira à la Polynésie française une stabilité et une progression dans les mêmes conditions que celles dont bénéficient l’ensemble des collectivités territoriales de la République.

Conformément à cette volonté commune, l’État et la Polynésie française s’accordent à supprimer la dotation globale de développement économique pour lui substituer trois nouveaux instruments financiers qui seront définis dans la loi de finances pour 2011. Le montant total des sommes versées en 2011 s’élèvera à 150,9 millions d’euros, soit 18 milliards de Fcfp, décomposé de la manière suivante :

  • 1er instrument : une dotation de fonctionnement de la Polynésie française (DF-PF) égale à 60% du montant versé.
Cette dotation sera destinée au fonctionnement de la collectivité territoriale de la Polynésie française. À l’instar des dotations de fonctionnement versées aux autres collectivités locales (communes, départements, régions), elle est libre d’emploi et a vocation à suivre les mêmes règles d’indexation que celles de la dotation globale de fonctionnement. Elle sera versée selon les mêmes modalités que la DGF versée aux communes, départements et régions, c’està- dire par douzième.
  • 2e instrument : une dotation territoriale pour l’investissement des communes de Polynésie française (DTICPF) pour 6% du montant versé.

Cette dotation sera indexée selon les mêmes critères que la dotation globale d’équipement des communes et des départements. Elle sera versée dans la section d’investissement des communes de Polynésie française via le fonds intercommunal de péréquation (FIP) de Polynésie française (dotation non affectée – investissement des communes). Elle servira au financement des projets de traitement des déchets, d’adduction en eau potable et d’assainissement des eaux usées.

  • 3e instrument : une dotation relative aux investissements prioritaires de la Polynésie française pour 34% du montant versé et qui fera l’objet d’une convention.
Cette dotation fera l’objet d’une convention. Cette dernière sera signée entre l’État et la Polynésie française sur une durée pluriannuelle. Avant sa signature au niveau local, elle devra être approuvée par le ministère chargé de l’Outre-mer. Les investissements éligibles seront déclinés en autant de secteurs correspondants, notamment aux domaines suivants d’intervention : routier, portuaire, aéroportuaire et défense contre les eaux. Les participations financières de l’État et de la Polynésie française seront déterminées pour chaque opération financée durant la période. La bonne exécution et le suivi de la convention pluriannuelle seront confiés à un comité de pilotage composé de représentants de l’État et de la Polynésie française. Ce comité définira la programmation pluriannuelle (investissements retenus) au sein de chacune des quatre enveloppes et fixera le montant et l’échéancier prévisionnel de réalisation des investissements. Des règles organisant la fongibilité au sein de chaque enveloppe seront élaborées au plan local. Les engagements s’effectueront selon un échéancier d’autorisations d’engagement précisé par le comité de pilotage, dans le respect des dispositions de la convention. Les crédits de paiement seront versés au fur et à mesure de l’avancée réelle des travaux et sur présentation de pièces justificatives. Un dispositif d’avances de trésorerie sera mis en place par le comité de pilotage. Les montants consacrés à ce 3e instrument financier feront l’objet, à l’issue de la convention, d’une indexation selon les mêmes taux que la DGE des communes et des départements et sous réserve d’une consommation des crédits d’investissement programmés à l’origine. Au-delà de cette convention pluriannuelle d’investissement, l’État s’engage à soutenir plus largement l’effort d’investissement de la Polynésie française. Il continuera à soutenir les investissements de la Polynésie française par le biais des contrats de projets, en tenant compte des conclusions des états généraux de la Polynésie française. Il accompagnera les projets prioritaires de la Polynésie française par le biais de l’Agence française de développement (AFD). En janvier 2010, pour les besoins de la Polynésie française au titre de 2009, l’AFD a octroyé un premier prêt de 40 millions d’euros, soit 4,8 milliards de Fcfp pour financer l’effort d’investissement de la Polynésie française.

L’État s’engage à appuyer favorablement les demandes de financement de la Polynésie française auprès de l’AFD pour couvrir, en complément des bailleurs de fonds privés, les besoins en financement de son budget d’investissements. Pour les demandes d’emprunts de la Polynésie française, au titre de 2011, la collectivité présentera un programme pluriannuel d’investissements détaillé en autorisations de programmes et en crédits de paiement. Elle s’efforcera, par ailleurs, de mettre en oeuvre les recommandations de la mission d’expertise et d’appui composée de l’inspection générale des finances, de l’inspection générale de l’administration et de l’inspection générale des affaires sociales. L’État s’engage à verser les restes à payer de la DGDE en deux annuités, la première avant la fin 2010 et la seconde avant la fin 2011. Les précisions sur la date de versement seront apportées lors du vote des lois de finances rectificatives respectivement pour 2010 et pour 2011. Les restes à payer devraient s’élever au maximum à 74,7 millions d’euros à la fin de l’année 2010, en cas de non levée des 5% de la réserve de précaution en cours de gestion.

Enfin, en ce qui concerne la DGDE pour 2010, les versements se feront pour 80% avant la fin février 2010 et pour les 20% restants avant la fin octobre 2010.

Caroline Vauchère
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09/02/2010 à 19h17

triste de voir que rien n'est prévu, dans tous ces dons d'argent, pour aider les familles les plus démunies.

Commentaires anonymes

09/02/2010 à 07h24

L'Etat sarkozyste fait vraiment sa loi dans ce Pays, nie les préjudices subis pour reprendre la Parole donnée, se désengager voire se resservir au passage alors que nous sommes envahis chaque jour un peu plus de ces chômeurs français qui débarquent ici comme en Calédonie, bénéficie des aides du Pays, des couvertures sociales, prennent les postes des polynésiens etc
Monsieur Fritch est un politique responsable et il a absolument raison, la DGDE n'a pas été conçue pour aider l'Etat qui lui s'est endetté pour aider les petits copains banquiers et autres sans une mesure pour les plus démunis.
L'Etat français est gonflé pour du jour au lendemain décider de supprimer sa dette nucléaire. Sur quelle planète est-il possible de gommer comme ça ses dettes? Et si chacun en faisait autant en décidant du jour au lendemain de supprimer ou même transformer sa dette à sa guise. Trop facile.

Commentaires anonymes

09/02/2010 à 06h28

c'est un peu fort de café , de vouloir oublier la dette nucléaire de la france vis à vis du peuple maohi,
pérenniser par une ou des lois , la france n'a pas de parole ,
il faut VITRIFIER la loi d'indemnisation du peuple maohi dans la constitution française ,
comme la vitrification maintes fois répétés par l'Etat Français concernant les essais nucléaires de Moruroa et Fangataufa ,
des farandoles et des grands mots cela fait 168 ans qu'on entend ce refrain de la part de l'Etat français,
Kura Ora,
lumière,
afin que les générations futures sachent ca que la france a fait dans notre pays et au peuple Maohi

Commentaires anonymes

08/02/2010 à 23h35

Tout à fait JC ! Ce n'est pas pour rien que GTS est président de la polynésie : le gouvernement central a trouvé sa marionnette et c'est sûr qu'on va se faire bouffer à toute les sauces avec GTS à la tête du pays !

On va bientôt devoir payer ce que la France doit normalement payer !

Commentaires anonymes

08/02/2010 à 20h49

Vouloir oublier l'histoire du nucléaire et la "dette" pour la Polynésie, et le risque majeur permanent, ce serait un peu, comme gommer l'Esclavagisme colonial aux Antilles ... n'est il pas ?

Légal

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