Publié le mercredi 16 décembre 2009 à 11H06
C’EST REPARTI ! Hervé Morin a reporté sa visite en Polynésie au mois prochain. Des membres de son cabinet viennent quand même ce mois-ci. La grande manifestation de samedi est maintenue et devrait mobiliser plusieurs milliers de personnes.
La saison des grandes manifestations est revenue. L‘appel est maintenu, et la mobilisation promet d’être large. Le ministre de la Défense Hervé Morin, dont la visite en Polynésie était prévue à partir de vendredi prochain, a reporté son voyage au mois de janvier (lire l’encadré), mais la machine à manif est en route. Son directeur adjoint de cabinet, Hervé Oudin, va quand même effectuer le déplacement. Le délégué à la sûreté nucléaire, Marcel Jurien de la Gravière, est déjà là et rencontre le haut-commissaire ce matin. Ils vont avoir du spectacle.
C’est reparti comme en 14, ou plutôt comme en 2004, voire même comme neuf ans plus tôt, quand la violence avait parlé. Le Tavini mobilise ses troupes depuis plusieurs jours. Ça bouge. Antony Géros veut que la manifestation de samedi marque la France… espérant qu’elle a retenu la leçon des émeutes survenues lors de la reprise des essais nucléaires. “En 1995, un signe fort a été donné quand plus de 12 000 personnes sont descendues dans les rues de Papeete pour manifester leur hostilité à la reprise des essais. Malheureusement, rien n'a été fait par Paris, donc est arrivé ce qui est arrivé. Je pense que cette foisci, une mobilisation identique permettrait à Paris d'être beaucoup plus regardant sur la façon dont ils traitent ce dossier par rapport aux Polynésiens. Il est important que Paris sente que le Polynésien a mal dans ses tripes quand on parle du nucléaire”.
Quelque 3 000 à 4 000 personnes sont attendues. Les associations Moruroa e Tatou et le collectif No To’u Fenua vont mobiliser avec l’Église protestante. Ils tiennent une conférence de presse commune ce matin pour appeler à la mobilisation. Dès hier soir dans un communiqué, ils rappelaient que cette “marche pacifique et citoyenne” était “contre le projet de la loi Morin relatif à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français” qui sera “mis au vote du Parlement le mardi 22 décembre”. Un projet jugé “insuffisant”. Au poids lourd que représente l’Église Maohi s’ajoute celui du Tavini qui en appelle non seulement aux militants mais aussi à la population. L’appel s’élargit et le débat s’agrandit. Outre le fait nucléaire, la moralisation de la vie politique, entre les affaires judiciaires en cours et l’instabilité chronique, s’ajoute progressivement aux motivations de ce grand rassemblement. Des thèmes sur lesquels l’Église protestante a déjà souligné sa désapprobation le mois dernier.
Que Paris sente que le Polynésien a mal dans ses tripes
Cette vague de mécontentement pourrait se transformer en véritable rouleau. En participants, en motivations comme en conséquences, la marche de samedi pourrait se révéler bien plus vaste qu’elle n’est annoncée… surtout si la politique s’en mêle, avec le ras-le-bol accumulé auprès de la population, en pleine crise économique. Le contexte est favorable à un grand mouvement.
Que veulent les manifestants ? Avant tout, une révision de la question des “secteurs géographiques” précisés dans la loi Morin parce qu’ils “ne nous confinent pas à la réalité”, a répondu Antony Geros hier. “Ensuite on nous confie un sujet trop confiné par rapport à la réalité des dégâts et on zappe les désordres économiques. Tout cela nécessite réparation. La loi Morin ne peut pas répondre à tout mais l'État peut apporter sa contribution au travers d'autres lois qui viendraient réparer par morceau dans les domaines respectifs où se présentent les difficultés : économie, mode de vie, régression des habitudes traditionnelles… avec cette modernisation tombée en 30 ans dans la figure, on perd nos repères”. Le vice-président du Tavini voit loin.
Oscar Temaru voit encore plus loin. Il a repris son bâton de pèlerin. Successivement aux deux journaux télévisés hier soir il a passé son message, interpellant, au-delà de la loi Morin, à la confiance envers des élus “mis en examen”, à “l’instabilité” due au nouveau statut avec une dissolution à la clef… Il était surtout là pour appeler cette fois-ci “toute la population” à la mobilisation. Le rendez-vous est donné à 8 heures au stade Willy Bambridge de Tipaerui côte Ouest et à la gare routière de Vaitavatava pour ceux la côte Est. Ces deux groupes se rejoindront place Tarahoi en passant par le centre-ville de Papeete. L’Église protestante maohi “souhaite que cette marche se fasse sans distinction confessionnelle, politique et associative, à l'exception de Mururoa e Tatou, elle demande à ce qu'aucune banderole, ni fanion, ni tee-shirt… ne soit brandi ou porté à ce jour”. Un souhait qui risque de ne pas être exaucé.
Lara Dupuy
Le communiqué officiel du ministère de la Défense
“Hervé Morin, ministre de la Défense, devait se rendre en Polynésie française du 19 au 24 décembre 2009. La présentation, le 23 décembre 2009, en conseil des ministres de plusieurs textes importants intéressant le ministère de la Défense, dont le projet de loi relatif à la reconversion des militaires, a conduit le ministre de la Défense à repousser ce déplacement au début de l’année 2010. Dans cette attente, Hervé Morin a demandé à plusieurs membres de son cabinet de se rendre à Papeete aux mêmes dates afin de rencontrer les élus polynésiens ainsi que les représentants des différentes associations qu’il avait prévu de recevoir pour évoquer notamment la loi relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires”.
Réactions
ANTONY GÉROS
“Nous payons le tribut des erreurs qu’ont portées nos aînés”
L'annulation du voyage d'Hervé Morin remet-elle en question votre manifestation de samedi ?
“Nous maintenons les manifestations. Peut-être que lui ne viendra pas mais une équipe de son cabinet et Marcel Jurien de la Gravière (délégué à la sûreté nucléaire) seront présents. Donc ce sera l'occasion pour nous de présenter nos doléances et de formaliser le ressenti de la population polynésienne.”
Allez-vous rencontrer Marcel Jurien de la Gravière ?
“Certainement. Mais le mot d'ordre va être à la mobilisation pour que l'on puisse faire prendre conscience à Paris de l'importance de la loi en Polynésie”.
L’Église protestante n'a pas pour habitude d'appeler à manifester. Que pensez-vous de sa mobilisation ?
“Il y a des moments où il est important que des prises de position de formations religieuses se fassent pour sensibiliser l'ensemble de la population sur la question.”
Vous estimez que la réparation n'est pas suffisante ?
“De plus en plus, l'histoire nous apprend que nous nous sommes fait bafouer dans notre dignité et dans notre capacité à pouvoir décider en connaissance de cause. Aujourd'hui, nous payons le tribut des erreurs qu'ont portées nos aînés dans les décisions politiques qui ont été prises.”
Vous espérez que cette manifestation va permettre de revenir sur la loi pour en discuter ensemble avec les élus polynésiens à Paris ?
“On peut reconnaître un pas positif dans cette démarche : enfin l'État a pris conscience de la nécessité d'une réparation. Elle ne correspond pas aux prétentions de la Polynésie. Il est important dans un 2e temps que l'État s'accorde avec les autorités de la Polynésie pour porter le niveau de ces indemnisations à la hauteur de ce que demandent les Polynésiens.”
PHILIP SCHYLE
“Il était très préoccupé par les associations”
Pensez-vous qu'Hervé Morin est vraiment retenu pour un conseil des ministres ou plutôt qu’il a repoussé sa venue de crainte que les manifestations ne prennent trop d'ampleur ?
“Hervé Morin avait déjà évoqué la raison de ce conseil des ministres pour que sa visite puisse être reportée lors de mon dernier séjour, comme elle avait déjà été reportée une 1re fois.”
Ne pensez-vous pas que c'est un prétexte fallacieux ?
“Je ne pense pas, puisqu'une délégation vient quand même et que la visite est reportée à quelques semaines.”
Hervé Morin ne vous a-t-il pas évoqué des craintes concernant les manifestations ?
“Non. Par contre, c'est vrai qu'il était très préoccupé par les associations défendant la cause de l'anti-nucléaire et se demandait de quelle manière les recevoir : dans le cadre du Coscen ou d'entretiens particuliers…”
L'instabilité politique ne l'aurait-elle pas refroidi ?
“C'est sûr que ça le préoccupe puisqu'il me pose la question de temps à autre, au même titre que les autres ministres que j'ai rencontrés à Paris, et même au niveau de l'Élysée.”
Ne craignez-vous pas que l'opposition saisisse l’occasion de récupérer politiquement l’événement ?
“J'aurais tendance à répondre de manière laconique : toutes les occasions sont bonnes !”








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Commentaires anonymes
18/12/2009 à 23h11
Je trouve qu'ils en font de trop contre MORIN qui, enfin, enfin, a montré de bonnes intentions.
Ma iti parce qu'il n'est pas venu, pourquoi? parce que simplement on ne prend pas des mouches avec du vinaigre et qu'un négociation diplomatique aurait été de mise.
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17/12/2009 à 22h39
etn,
Je ne sais où tu vois que "Morin fait face(..) ouvre une porte(..) aborde une question". Enfile tes binocles et lit.
"Une manif, sans Morin". Il se taille vite fait, bien fait.
Comme son gourou du Bristol. Lui pas vouloir payer un, puis deux, puis trois faux-malades de leur bombe innofensive... et puis quoi encore. Lui et porte-malette Woerth juste bons récolter dans poches généreux donateurs-bénéficiaires du bouclier fiscal. INTERET GENERAL, pas enrichissement personnel.
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17/12/2009 à 10h14
Exellent raportage Lara. En effet, la religion a toujours joué un rôle important dans la société traditionnelle polynésiennes d'autrefois. On évoquait les dieux pour tel et telle activité. Religion et vie social, polique et économies font un tout, en langue théologique: "wholeness théologie", où les dieux et les humains s'intercédaient mutuellement, sans heurt ni condamnation, ni enfer (croyance chrétienne). L'enfer pour eux, c'est la séparation, la coupure avec la communauté humaine dont l'individu tire son bien être et sa vie, d'où le partage, l'accueil, l'hospitalité etc étaient des qualités dans cette société ancienne.
Il n'y a pas de dualisme, de séparation, entre le blanc et le noir, le haut et le bas, le chaud et le froit. Tout est lié, tout est un.
Par conséquent, cette manifestation se traduit dans cette ligne de pensée polynésienne parfaitement justifiée d'autrefois, quoique nous vivons au 21èeme siècle. L'esprit de la mondialisation peut être qualifiée dans cet esprit de partage et de lien à l'échelle planétaire. Nous formons une seule humanité habitant une seule et même planète, donc, unis par le meme destin.
Il faut voir dans cette manifestation, un tout, quoique le problème du nucléaire en serait la piece maitresse, mais en général, il s'agit de cet ensemble de la vie, de l'homme, de sa vie maintenant et son demain, donc la participation active des associations et meme des politques, à cette démarche, se traduisent dans cette logique polynésienne. Cet qui fait sa force et sa volonté, c'est en fonction de cette logique que Morin devra faire face, le nucléair est lié à l'ensemble des proéoccupations de la collectivité polynésienne qu'il faudra que l'Etat se rend compte le nucléaire n'est pas un cas isolé. Donc il faudra ouvrir cette potre de négociation dans cette logique. C'est cela le sens des paroles d'Antony Géros.
Dans ce cas, il ne peut y avoir des troubles sociaux importants comme on l'a vu aux Antilles. Je souhaite que ce sera dans cette logique que Morin abordera cette question du nucléaire, dans son tout, et non dans des cas particuliers.
Faaitoito!
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17/12/2009 à 08h41
La chanson de Lara qui y va sur la pointe des pieds.
"L'appel est maintenu...", "Le Tavini mobilise ses troupes.."
Et pas une allusion à Temaru (même pas cité) qui a réquisitionné RFO et TNTV pour diffuser son message rempli de haine et d’esprit de vengeance.
Avec votre politique du « TOUT SAUF FLOSSE », vous avez, en connaissance de cause, encouragé et frictionné celui que vous saviez dangereux, attisant le feu qui a fini par prendre. Vous êtes arrivés à vos fins.
LES CASSEURS SONT DE RETOUR. Et Morin se débine. Il ne pouvait en être autrement et vous le saviez. Eh bien, dansez maintenant. Ou plutôt, dansons maintenant parce que c’est encore nous qui allons écoper. Encore heureux que nos jeunes n’aient pas appris à brûler les immeubles et voitures.
Bien dit JCG, il ferait mieux de s'occuper de ses caniveaux où nos gamins vont crever. A quand sa mise en examen?
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17/12/2009 à 03h19
Alors les mous du zob ...
ça veut bouger ?
ça veut gueuler et se montrer dans les rues ?
histoire de l'ouvrir bien grande votre boîte à fromage ?
ça vous dirait pas plutôt de défiler sur Faa'a ?
Défiler pour sécuriser les caniveaux et que les enfants des quartiers difficiles n'y meurent pas noyés ...
Défiler pour instruire la responsabilité des services municipaux devant la Justice ...
Quoi ? Personne ?
Comme quoi il est plus facile de trouver une mouvance religieuse "mobilisée" (contextuellement : protestants) pour enterrer les âmes, que pour les empêcher de mourrir (ou les inciter à vivre, comme vous le sentez) !
La Polynésie est vraiment magnifique ...
un vrai dépotoire d'humanité !
++ tout le monde