Publié le mardi 31 août 2010 à 11H43
ÉCONOMIES. Au début du mois de juillet, le président du Pays paradait en annonçant ses bonnes idées pour faire des économies, et notamment, la suppression des congés administratifs pour 2011. Sauf que pour supprimer ce privilège accordé aux fonctionnaires, une simple circulaire de sa part ne suffit pas. Et certains attendent de voir leur demande refusée pour attaquer le Pays devant le tribunal administratif. L’économie de 170 millions de Fcfp annoncée pourrait coûter chère.
L’ESSENTIEL
- Gaston Tong Sang a annoncé la suppression des congés administratifs, avant même de passer par les étapes nécessaires à cette dernière
- La lettre de cadrage du budget de 2011 annonce la fin de ce privilège pour la même année
- Une délibération à l’assemblée et des négociations avec des syndicats sont nécessaires pour supprimer cet acquis. Et rien n’est encore fait
C’était au début du mois de juillet. Dans sa réponse à la question orale de Teiki Porlier, Gaston Tong Sang dévoilait son plan pour faire des économies. Et parmi ces quelques mesures, la suppression des congés administratifs était censée engendrer une économie de 170 millions de Fcfp. Quelques jours plus tard, la lettre de cadrage du budget arrivait dans les différents services avec cette note : “Les congés administratifs seront supprimés à compter de 2011. (…) Les demandes de cumul en vue d’un congé administratif seront rejetées à partir de ce jour. Les demandes déjà en cours devront être annulées”. Toutefois le délai annoncé a surpris beaucoup de monde. “Pour les fonctionnaires territoriaux, c’est une délibération qui a mis en place les congés administratifs donc ils ne peuvent être supprimés que par une délibération. Pour les Anfa (*), c’est encore plus simple, c’est une convention collective qui les a mis en place donc sauf à renégocier la convention collective, le président du Pays ne peut rien changer. Et pour les fonctionnaires d’État, c’est encore plus simple, ce n’est pas de sa compétence”, précise Yves Laugrost, d’A Ti’a i Mua, que cette façon cavalière de faire a fait bondir. Du côté de la présidence, on nuance la portée de la circulaire en expliquant qu’il fallait bien mettre une date. “S’il fallait attendre d’avoir tout étudié, les premières mesures budgétaires auraient été prises en 2012, 2013.” Cependant, “l’ensemble de la mesure est à l’étude”.
Un groupe était constitué pour plancher sur les réformes à mettre en place pour moderniser et rationaliser l’administration et ainsi faire des économies. Il avait préparé les réformes, en proposant un calendrier avec les différentes phases par lesquelles il fallait passer. Notamment une délibération pour modifier celle instituant les congés administratifs pour les fonctionnaires territoriaux et des négociations avec les syndicats pour modifier la convention collective régissant les Anfa. Le processus amenait à 2012. Mais Gaston Tong Sang a brûlé les étapes. “Cette façon de procéder est irrégulière, explique un fonctionnaire territorial proche du dossier. Ils s’y sont pris comme des manches et en plus, ils sont contents. Ce n’est pas de la compétence du président de revenir sur une délibération ou une convention. Cette circulaire ne vaut pas un clou.” Yves Laugrost, syndicaliste et fonctionnaire, a fait sa demande de congé administratif, espérant qu’on la lui refuse. L’occasion pour lui d’attaquer le Pays. Mais “on refuse de me la refuser”. “S’il fait appliquer cette circulaire, le Pays devra payer, et aussi s’acquitter des dommages et intérêts et des frais d’avocats”, s’énerve le syndicaliste d’A Ti’a i Mua. L’économie annoncée pourrait finalement coûter cher. La plupart reconnaissent que ces congés sont un privilège et qu’il est sans doute temps de revenir dessus. Yves Laugrost explique qu’A Ti’a i Mua est prêt depuis longtemps à négocier et remettre en question les congés administratifs. Il est vrai que ce privilège accordé aux fonctionnaires a coûté la bagatelle de 161 millions de Fcfp à la collectivité en 2009. Mais l’annonce de Gaston Tong Sang a coupé court aux éventuelles négociations avec les syndicats. Le plan du président du Pays pour faire des économies ne marchera sans doute pas comme annoncé.
LR
(*) Anfa : statut qui continue à régir une part importante des agents de l’administration de la Polynésie française, dans la mesure où le statut de la fonction publique territoriale (FPT), qui constitue désormais le cadre de recrutement général, est de création récente (1995). Avant la mise en place de la fonction publique, l’ensemble des agents de l’administration était recruté sur la base de la convention collective des Anfa, statut de droit privé reposant sur le code du travail.
Entretien Yves Laugrost, A Ti’a i Mua
Qui peut prendre des congés administratifs ?
“Cela concerne les fonctionnaires territoriaux, des fonctionnaires d’État mis à disposition du Pays et les ANFA, les contractuels du Pays. Pour les fonctionnaires territoriaux, c’est une délibération qui a mis en place les congés administratifs donc ils ne peuvent être supprimés que par une délibération, la circulaire est donc un excès de pouvoir du président. Pour les Anfa, c’est encore plus simple, c’est une convention collective qui les a mis en place donc sauf à renégocier la convention collective, il ne peut rien changer. Et pour les fonctionnaires d’État, c’est encore plus simple, ce n’est pas de sa compétence. C’est le statut général des fonctionnaires d’État et la convention qui met à disposition ces fonctionnaires de l’État au Pays qui prévoit que leurs congés administratifs soient pris en charge par la Polynésie. C’est tout. Il n’a pas le pouvoir de faire ça tout seul dans son coin.”
Où travaillent les Anfa ?
“Jusqu’en 1995, il n’y avait que des ANFA dans l’administration territoriale. En 1995, on a mis en place le statut de la fonction publique territoriale, et on a commencé petit à petit, au fur et à mesure qu’ils partaient à la retraite, à les remplacer par des fonctionnaires territoriaux. Un certain nombre d’ANFA ont choisi de devenir fonctionnaires territoriaux.”
L’annonce de Gaston Tong Sang ne vaut donc rien ?
“À titre personnel, j’ai fait une demande de congé administratif, j’ai demandé à ce qu’on me la refuse et on refuse de me la refuser. On refuse de me refuser ma demande de congé administratif. Je m’attendais à ce que les fonctionnaires qui traitent ma demande se conforment à la circulaire puisque les fonctionnaires sont chargés d’appliquer les circulaires. Ça veut dire que des fonctionnaires ne font pas leur travail ou alors ils ont conscience que j’allais directement au tribunal administratif pour exposer le territoire. Et ils veulent faire attention aux deniers publics. Ils ont bien raison.”
Y a-t-il déjà des contentieux ?
“Pour l’instant, non, car il n’y a pas encore de refus. Pour les fonctionnaires, ça ira devant le tribunal administratif et pour les contractuels devant le tribunal du travail.”
L’économie de 170 millions de Fcfp prévue est loin d’être atteinte ?
“S’il veut économiser 170 millions, il me trouve 170 millions à l’assemblée sur les salaires des ministres et des conseillers des ministères.”
Le Pays va perdre de l’argent si cela va devant le tribunal administratif ?
“S’il fait appliquer cette circulaire, non seulement il aura à payer, mais aussi à régler éventuellement les dommages et intérêts, les frais d’avocats, et compagnie. Ça risque de coûter plus cher au final que l’économie souhaitée.”
Si jamais il y a des négociations pour modifier la convention collective, allez-vous y participer ?
“Cela fait des années que A Ti’a i Mua est prêt à négocier là-dessus. Depuis 1995, on propose de négocier sur les congés administratifs. Mais pas une négociation de dupes.”
La fin des congés administratifs annoncée comme ça, les négociations risquent d’être tendues ?
“Voilà.”
L’éclairage
Ce qu’en dit le rapport Bolliet
Un des points du rapport Bolliet concerne la maîtrise de la masse salariale et des dépenses de fonctionnement courant du Pays sur le moyen terme. Et pour y parvenir, il est notamment proposé de “supprimer les congés administratifs, qui ont représenté en 2009 une dépense de 161 millions Fcfp (1,34 million d’euros) pour la collectivité. Les mesures retenues devraient concerner tout le monde, agents sous statut et agents sous convention collective. À la CPS, la suppression de ces congés, qui ont coûté 40 millions Fcfp (335 000 euros) en 2009, nécessite la renégociation de la convention d’entreprise”.
Le texte de référence
Délibération n°95-220 AT du 14 décembre 1995, relative aux congés, à l’organisation du comité médical et aux conditions d’aptitude physique des fonctionnaires
Chapitre II – Les congés administratifs
Art. 7 - (...) Les agents titulaires des catégories A et B ont droit à un congé dit administratif en métropole ou en Nouvelle-Calédonie lors de la troisième année de service effectif à condition d’avoir cumulé au cours des trois années précédentes un minimum de 50 jours ouvrés de congés. Chaque année, les intéressés bénéficient d’un congé annuel égal au moins à 5 jours ouvrés consécutifs.
Art. 8 - Les agents des catégories C et D ayant au moins 5 ans d’ancienneté cumulée ont droit à un congé dit administratif en métropole ou en Nouvelle-Calédonie s’ils réunissent 3 ans de service effectif et ont cumulé pendant cette période 75 jours ouvrés de congés. Chaque année, les intéressés bénéficient d’un congé annuel égal à 5 jours ouvrés consécutifs. Les agents des catégories C et D ayant bénéficié d’un congé dans les conditions des alinéas précédents ne peuvent prétendre à un nouveau congé administratif au plus tôt 10 ans après la prise effective de ces congés.
Art. 9 - Pour l’application des articles 7 et 8 ci-dessus la durée du voyage aller-retour par voie aérienne n’est pas imputée sur la durée du congé. Elle est fixée forfaitairement à : 2 jours pour la métropole ; 1 jour pour la Nouvelle-Calédonie.
Art. 10 - Les fonctionnaires relevant des dispositions du statut général de la fonction publique du territoire de la Polynésie française et appartenant aux établissements d’enseignement et aux centres de formation scolaires ou universitaires doivent inclure la période de leur congé administratif dans celle des grandes vacances scolaires ou universitaires.
Art. 11 - Les services accomplis par les fonctionnaires mentionnés aux articles 7 et 8 avant la date d’effet de la titularisation de l’agent ou de sa nomination en qualité de stagiaire n’entrent pas en compte dans le calcul des durées de service requises pour ouvrir droit au congé administratif.
Art. 12 - Les fonctionnaires mentionnés aux articles 7 et 8 bénéficient de la prise en charge par le territoire des frais de voyage de congé dit congé administratif dans les conditions suivantes : les frais du transport aérien sont pris en charge en classe économique entre le lieu d’affectation sur le territoire et la métropole ou la Nouvelle-Calédonie et retour ; les frais de transport à l’intérieur de la métropole ou de la Nouvelle-Calédonie ne sont pas pris en charge ; l’agent est remboursé des frais de transport qu’il a exposés au titre de sa famille dans les mêmes conditions que pour luimême. Par famille, il faut entendre : le conjoint, les enfants à charge au sens prévu par la législation sur les prestations familiales.
Art. 13 - Dans le cas d’un ménage de fonctionnaires où chaque conjoint a, la même année, droit à un voyage administratif vers des destinations différentes, les deux agents peuvent opter pour l’une ou l’autre des destinations. Dans le cas où les agents ne bénéficient pas de congé administratif selon des périodicités identiques, les agents ne peuvent réclamer le bénéfice d’un alignement sur la périodicité la plus favorable. Les dispositions prévues en matière de report à l’article 14 ci-après permettront de faire coïncider les dates de départ si les intéressés le souhaitent.
Art. 14 - Les bénéficiaires d’un congé administratif ont la possibilité de différer la date d’exercice du droit au congé administratif et la prise en charge des frais de voyage si les obligations de service ne s’y opposent pas, jusqu’à une année supplémentaire maximum de service effectif.
Art. 15 - Les fonctionnaires qui relevaient avant leur intégration dans les corps de la fonction publique du territoire, de la convention collective des agents non fonctionnaires de l’administration du territoire conservent les droits acquis en matière de période d’activité prévue aux articles 7 et 8 de la présente délibération.








Les dernières contributions
Commentaires anonymes
31/10/2010 à 07h56
bravo yves laugrost - le refus du refus et le "voila" final - t'es un chef
Commentaires anonymes
03/09/2010 à 10h22
Personnellement, je ne vois pas l'intérêt de ces billets administratifs pour un fonctionnaire polynésien. Pour un fonctionnaire d'Etat en mutation en Polynésie, ça peut se comprendre, le critère de l'éloignement, et en plus, c'est pas le même budget qui est ponctionné. Mais pour un fonctionnaire polynésien, j'avoue que je ne vois pas ce qui le distingue d'un salarié du privé qui doit faire sa demande, sous condition de ressources, auprès de la continuité territoriale. Ou alors, il faudrait payer des billets administratifs à tous les Polynésiens, sans exception, et ce sera la grande fiesta jusqu'à ce qu'on dépose le bilan. C'est pas top comme solution???
Commentaires anonymes
02/09/2010 à 17h20
La suppression du congé administratif inscrit dans le statut des fonctionnaires doit passer par une délibération de l'APF donc ce n'est pas gagné!
Le congé administratif est un avantage dont peut bénéficier tous les fonctionnaires (même les catégories C et D!) et à ce titre c'est eux qui perdraient le plus dans la suppression de cet avantage en terme de diminution du pouvoir d'achat avec l'inflation et le prix des transports aériens qui restent élevés ici.
Il permet aussi de se rendre en Nouvelle-Calédonie.
Il y a des économies à faire autrement (regardez du coté des dépenses de l'APF...) c'est encore le salarié lambda qui va trinquer!... hausse des cotisations sociales prévues, retraites hasardeuses, CST (qui est un impôt sur le revenu), gel du point d'indice, gel des postes, gel des concours de recrutement, etc, etc...
Bravo à Y Laugrost (quel malin celui là! On refuse de lui refuser très bien joué ça!) et vive les syndicats.
Commentaires anonymes
01/09/2010 à 18h10
Y a t il plus colonio-nationaliste que ces billets d'avion payés sur Paris ? encourageant ses fonctionnaires à dépenser leur argent ailleurs que dans l'hôtellerie locale, et profiter du frêt gratuit pour le shopping à l'extérieur (ce n'est jamais rappelé ce frêt avion gratos éhonté!).
LDPDT sache que Peaucellier avait fait une note de service précisant que les véhicules de service "D" n'étaient pas assurés en dehors des heures de travail ... et laissait des papiers de convocation à son bureau sur ceux rencontrés sur les parkings les week-end !
Commentaires anonymes
01/09/2010 à 15h20
Ils ont englouti les milliards laissés par monsieur Flosse.
Ils ont vidé les caisses et raclé les fonds de tiroir jusqu'à faire démissionner ceux qui les géraient.
Ils s'en prennent maintenant aux travailleurs dont les salaires ne sont pas payés, dont les emplois sont menacés, les horaires réduits... (quoique nous ne nous plaindrons pas de la suppression des privilèges octroyés aux fonctionnaires, totalement abusifs according to the French System).
Pour faire quoi de tout ce fric raclé de droite et de gauche ? That's the main question. Après la dernière révélation de Te Ti'a Ara relative à l'embauche du nouveau DG de la TEP par Rohfrisch/Tong Sang, c'est visiblement la "rupture" sarko-style. Ces messieurs n'entendent plus redistribuer aux petits mais privilégier encore les plus riches, en douce, et malgré les caisses vides!
System Flosse, you used to say? Au moins, la population en a dignement profité. What about Sarko/Woerth System ? Pas joli du tout, à en croire l'Express of yesterday ; et ne comptez pas sur las Novelas pour en parler, they're mute on the subject.
Ahlala, les belles leçons de dignité, d'honneur, de responsabilité and so on.
Commentaires anonymes
31/08/2010 à 22h35
N'oubliez pas non plus que le coût des congés administratifs s'explique par des tarifs d'avion élevé entre Tahiti et la métropole... Et cet avantage en "nature" accordé aux fonctionnaire retombe dans l'escarcelle d'Air Tahiti Nui en grande partie... Donc le pays en accordant des CA, finance en quelques sorte la compagnie tahitienne et l'économie du transport qui va avec....
Cette mesure offre aussi une possibilité de désenclavement pour tous les salariés et notamment ceux des archipels les plus éloignés qui ont un peu plus à "payer" que les autres pour le transport...
C'est une mesure démagogique et j'espère que les syndicats de fonctionnaires vont défendre l'affaire dans le respect du droit.
Commentaires anonymes
31/08/2010 à 17h11
Bravo GTS la tu perds de l'électorat c'est sur Alors continue par tes ministres et les employés CPS qui ne payent pas de CPS et bien d'autres encore
Supprimes tous les véhicules de fonctions qui servent à faire le tour de l'ile, les courses , la plage, etc....
T'as pleins de trucs comme cela pour économiser des sous
Mais hélas , je sais GTS que tu ne lis pas nos critiques, c'est bien domage... cela te sauverait de la 2ème chutte....
Commentaires anonymes
31/08/2010 à 14h44
Pompons le sang de la bête jusqu'au bout et tant pis si elle en meurt....
Il y aura toujours une autre bête pour venir étancher notre soif...Croient-ils....