Publié le jeudi 11 mars 2010 à 10H38
ASSEMBLÉE. La première séance de session extraordinaire s’est ouverte hier. Sur le secours à apporter aux sinistrés d’Oli, les textes de financement ont été étudiés et voté à l’unanimité. Avec quelques tacles au passage.
L’ESSENTIEL
- Suite au cyclone Oli, le budget des comptes spéciaux et le budget général ont été modifiés pour tenir compte du financement de la reconstruction
- Gaston Flosse regrette l’ancien système, la dissolution de “son” GIP et que le CAVC ait été “dépouillé”
- Les représentants planchent aujourd’hui sur l’énergie et notamment sur la question des sites photovoltaïques
Le quorum étant atteint, la première séance de la session extraordinaire s’est ouverte hier matin à l’assemblée de Polynésie française. Les représentants de l’hémicycle se sont prononcés sur une modification du budget général du Pays pour l’exercice 2010. Le texte préparé par la commission des finances dresse le bilan matériel du cyclone Oli et de la dépression tropicale “08F” qui a frappé les Tuamotu centre et ouest. La commission évalue à 7,1 milliards de Fcfp le montant des réparations. Des dommages qui concernent les équipements publics et les infrastructures économiques (tourisme et agriculture uniquement), mais aussi les habitations des personnes. Pour financer la reconstruction, le texte prélève dans les 15,2 milliards de Fcfp d’excédent du budget des années précédentes, la somme de 9,3 milliards de Fcfp. Il ne reste donc plus que 5,9 milliards Fcfp dans l’excédent de 2009. Ces modifications budgétaires visent également à renflouer le compte d’aide aux victimes des calamités (CAVC) et à compenser les dépenses de carburant et de nourriture qu’a engagé en urgence la flotille administrative. Au total, des modifications qui s’élèvent à 910,7 millions de Fcfp.
L’unité a été de mise chez les représentants de l’assemblée avec une approbation unanime du texte. Du moins sur le papier. Car cette harmonie devant un débat aussi rassembleur que la solidarité envers les sinistrés, n’a pas empêché les élus de se lâcher. L‘ex-maires de Tubuai, Chantal Tahiata la première. “Tubuai fait l’objet de convoitises politiques”, a-t-elle martelé. Elle dénonce des “pratiques clientélistes”, exemple à l’appui. “Les vrais sinistrés, pour quelques-uns ont encore leur toit non réparé et qui ne demandent que des tôles et du bois, mais au lieu de cela, on leur propose une nouvelle construction de type MTR. À côté, certains se voient agrandir leur maison, leur garage… On donne du matériel même à des personnes qui ont juste des abris démolis, et on propose à d’autres de rénover entièrement les toitures de leur maison non détruite, on propose des MTR à des gens qui n’avaient pas du tout de logement, juste pour faire du social”. À cela le ministre de l’Équipement, Tearii Alpha, a répondu : “Madame Tahiata, en étant membre de la commission d’attribution, il faut qu’elle apporte toute l’objectivité, qu’elle soit le relais de Tubuai au sein de la commission. Et Louis Frébault l’a dit, s’il y a des erreurs ou des manquements dans la liste d’attributaires proposée par la commune, la commission a toute latitude pour corriger, ne pas accorder et refuser l’attribution. Rien n’est acquis”.
Le président du Pays a proposé lui de diffuser publiquement la liste des attributaires. “Nous voulons que tout se fasse dans la transparence”, a expliqué Gaston Tong Sang, qui nie des manoeuvres clientélistes. Quoi qu’il en soit Nicolas Bertholon a souligné : “C’est pour venir en aide aux sinistrés de ce type de phénomènes climatiques d’envergure que fut créé le CAVC. Un compte de secours aux populations, et non de secours au Pays lorsque les caisses sont vides et qu’il convient de les renflouer ! Mais je ne saurai revenir sur les pratiques des derniers mois qui ont concerné tant le CAVC que le FRPH, qui se sont vus attribuer le rôle de tirelire magique au lieu de servir leur destination d’origine !” Gaston Flosse, a également pointé du doigt la “mauvaise” gestion du CAVC, pour ensuite regretter le GIP. Sans oublier de critiquer de manière générale, la façon dont les autorités ont géré la crise durant le cyclone Oli (lire encadré). D’autres comme Maina Sage de Ia Ora te Fenua, préfèrent anticiper et se demander si le Pays pourra faire face en cas de nouvelles catastrophes ? “On attend les crédits pour… Mais normalement non” a simplement lâché Gaston Tong Sang.
JH et AS
Gaston Flosse à l’offensive
Dans une longue intervention, l’ancien président du gouvernement Gaston Flosse semblait regretter sa propre gestion des situations post-cycloniques. “Avons-nous vraiment été capables de répondre efficacement et rapidement aux besoins de la population aussi rapidement que nous le faisions il y a 10 ou 12 ans ? Franchement je ne le crois pas.” S’il excuse le gouvernement actuel, qui a “utilisé au mieux les moyens dont il disposait”, Gaston Flosse tire à boulets rouges sur le leader indépendantiste, Oscar Temaru, regrettant la dissolution de “son” GIP créé en 1998, et l’assèchement des caisses de “son” CAVC (Compte d’aide aux victimes des calamités) mis en place en 1992. “Aucune explication claire et satisfaisante n’a été donnée pour justifier la destruction du GIP et le détournement des fonds du CAVC. Mais nous savons bien qui est responsable de ces deux décisions dont nos populations paient les conséquences : c’est Oscar Temaru”. Le CAVC qui avait été purgé de son 1,2 milliard de Fcfp sous le gouvernement Temaru, n’avait pour autant jamais été renfloué par la majorité de Gaston Tong Sang. Mais pour le vieux Lion : “Si nous avions eu ces sommes à notre disposition le jour où le cyclone Oli a ravagé les Australes, si nous avions eu le GIP, nous aurions pu agir immédiatement sans perdre de temps à chercher des financements et à rassembler des hommes et du matériel mal préparés à des missions de secours”.
Le sénateur s’est ensuite attaqué au bilan de la politique du chef du Tavini. “Je vous rappelle que depuis 2004, vous avez été à la tête du Pays pendant plus de trois ans. Quelle action concrète avezvous entreprise pour faire avancer votre indépendance ? Aucune ! (…) Soyez lucide M. Temaru, vous n’êtes pas un indépendantiste vraiment motivé. En réalité, le discours sur l’indépendance, pour vous, ce n’est pas un projet politique, c’est juste un fonds de commerce électoral.”
Pour finir son intervention, Gaston Flosse a fait quelques propositions. La première étant de garantir que le CAVC dispose d’un fonds de roulement de deux milliards sans qu’il ne soit possible d’y toucher. La seconde serait de créer un service “que vous appellerez comme vous voudrez qui aura la mission et les moyens de secourir les populations sinistrées”. La troisième est de créer une cellule de veille et enfin de créer une seule cellule de crise en cas de sinistre. Gaston Tong Sang, sur l’ensemble des mesures a répondu au sénateur “être d’accord sur le fonctionnement du CAVC”. Pour le reste, il concède : “On peut proposer un corps de volontaire avec des maçons et autres ouvriers qui pourraient intervenir plus vite en cas de sinistre”. C’est un début.
L’UPLD attend des preuves de l’engagement de l’État
L’assemblée s’est penchée l’après-midi sur la modification des comptes spéciaux pour 2010 suite aux dégâts du cyclone. Le texte portant essentiellement sur le financement du CAVC a été voté à l’unanimité par les élus. Un seul point d’achoppement, la “section habitat” et le 1,2 milliard de Fcfp, promis par l’État et la ministre Marie-Luce Penchard, destiné à la construction de 200 fare MTR. L’UPLD a choisi de s’abstenir. Jacqui Drollet s’appuie sur les déclarations de la ministre de l’Outre-mer, qui avait expliqué que cet argent ne transitera pas par le Pays. Si le président Tong Sang a parlé d’un engagement de l’État, l’opposition demande à voir.
Enfin, un dernier texte a été voté à l’unanimité. Celui définissant les conditions et critères d’attribution des aides financières et d’octroi des garanties d’emprunt aux personnes morales autres que les communes. Ce matin, les élus planchent sur un dossier concernant l’énergie. Plus précisément sur la convention de financement Ademe- Polynésie relative au programme photovoltaïque.







