Recherche d’une formule stable

Publié le vendredi 17 avril 2009 à 10H59

COMMISSIONS. L’élection des présidents de commissions hier, à l’instar du choix des ministres, résulte du fruit d’un savant mélange d’ingrédients qui, bien équilibrés, pourraient engendrer une formule chimique stable. Oscar Temaru se fait alchimiste.

L’ESSENTIEL

  • L’élection des membres des commissions hier sont autant de signes de la composition bigarée du gouvernement
  • Les sacrifices de certains augurent des places au sein du gouvernement
  • Oscar Temaru continue de jouer les apprentis sorcier pour proposer une formule inédite, espérée aujourd’hui

“Comment la répartition des membres des commissions s’est-elle opérée ? Y a-t-il une clef de répartition? On peut l’interpréter comme une sanction du Tahoeraa”, a questionné Édouard Fritch, alors que Béatrice Vernaudon venait d’être élue présidente de la commission permanente, avec Robert Tanseau comme vice-président. “Les commissions sont établies suite à l’accord des responsables des groupes politiques”, lui a répondu Philip Schyle. Peu de commentaires, une séance étrange hier, sur fond d’attente du remaniement ministériel. Les présidences des commissions, certes en rapport avec la représentativité des groupes, prennent toujours la forme de cadeaux, d’échange ou de lots de consolation. Si le nom des ministres reste encore top secret, l’élection des membres des commissions semble confirmer que le gouvernement sera particulièrement pluriel, et qui va gagner ou perdre des portefeuilles.

Les “accords” que Philip Schyle a évoqués, c’est ce qui se trame entre les partis depuis plusieurs jours. Un travail d’alchimiste et d’équilibriste en même temps. Un savant dosage, des combinaisons de chiffres qui ne doivent rien au hasard. 4.3.2.1. La combinaison des présidences de commissions s’effectue de manière dégressive. Quatre TTA (To Tatou Ai’a), trois UDSP (où seule l’UPLD est représentée), deux Ia Ora te Fenua et un seul Tahoeraa. Les représentants orange sont pourtant restés particulièrement conciliants. Le vote de la plupart des commissions dépassait la barre des 45 voix pour. Personne n’a voté contre, la seule protestation est passée par l’abstention ! L’oscillation des votes positifs dépendait davantage des egos de certains –à l’instar de Sandra Lévy-Agami– qui ont fait varier les votes de trois à quatre voix.

Régnait une ambiance calme et étrange à la fois, avec les ministres Tahoeraa toujours au gouvernement. La répartition des présidences dans les commissions s’est révélée particulièrement délicate puisque la composition du futur gouvernement –tant attendue et espérée aujourd’hui– y est intimement liée. Le Tahoeraa n’a hérité que de la présidence de la commission de la communication et du patrimoine qui revient à Édouard Fritch (le seul vote unanime). Par contre Ia Ora te Fenua bénéficie non seulement de la présidence d’une commission (aménagement) mais aussi de la commission permanente. Aucun hasard là-dedans. C’est comme une composition chimique. Avec des mélanges instables, pour que le résultat final ne soit pas explosif, il faut que la dose de chaque ingrédient soit pesée au milligramme près. L’oeuvre d’un laborantin expérimenté qui s’est déjà fait sauter plusieurs mélanges à la figure mais qui veut cette fois-ci réussir et donc prend son temps et toutes les précautions, quitte à revérifier plusieurs fois au niveau de chaque ingrédient que le dosage est bon par rapport à l’autre.

La seconde combinaison, 5.5.3.2, c’est la formule qui pourrait permettre de sortir un gouvernement d’une couleur qui n’a jamais existée jusqu’alors : (a priori) cinq UPLD, cinq TTA, trois Tahoeraa et deux Ia Ora te Fenua. Pas étonnant que le groupe de Jean- Christophe Bouissou hérite de la présidence de la commission permanente. L’UDSP n’a la présidence que de trois commissions, dont celle des finances... mais elle détient par ailleurs la présidence et la viceprésidence du Pays. Peu à peu, le dosage se précise. Encore hier soir les leaders des partis discutaient, sans piper mot sur leur formule d’essai, afin d’éviter les réactions épidermiques. Comme l’a répété Gaston Tong Sang, même si l’annonce du gouvernement se laisse désirer, mieux vaut que la solution finale soit réussie pour qu’il tienne.

Enfanter un gouvernement bigarré, qui réussisse à satisfaire durablement les uns et les autres, ça met forcément plus de temps. Hier après-midi, l’élection des représentants au sein des 134 commissions extérieures n’a repris (de 17 h 30 à 18 heures) que pour fournir la longue liste des élus. “Cela a pris plus de temps que prévu”, a concédé Philip Schyle. C’est comme la formation du gouvernement, de la précision dépend la stabilité… après 5 ans de solutions instables, il est vrai qu’on est plus à un jour près. Aujourd’hui, le gouvernement tant attendu devrait pouvoir enfin être révélé. Une formule inédite, mais pas magique.

Lara Dupuy

Analyse

Les routes s’éloignent

Jusqu’à récemment, Gaston Flosse et Tahoeraa ne faisaient qu’un. Sur le site officiel du parti, on retrouvait souvent les mêmes critiques que sur le blog du sénateur. Hier soir à l’issue de la séance, le parti orange a mis en ligne l’un des communiqués les plus plats et objectifs de son histoire : “Cette séance était présidée par Philip Schyle récemment élu qui s’est excusé pour son retard. Elle avait pour ordre du jour l’élection et la mise en place des différentes commissions et principalement la commission permanente. Les représentants étaient pratiquement tous présents. Le sénateur Gaston Flosse et les élus du Tahoeraa Huiraatira ont, bien entendu, pris part à cette élection. À noter que les ministres du parti orange siégeaient sur les bancs du gouvernement”. Une absence de commentaire impressionnante. Sur le blog de Gaston Flosse, on lisait par contre que “le Tahoeraa Huiraatira obtient la portion congrue au sein des commissions. On est très loin de l’ouverture prônée par Oscar Temaru ou Gaston Tong Sang. Au vu des résultats de ces élections et surtout des appétits des membres de la nouvelle majorité, on peut être certain que le combat ‘des chefs’ n’est pas terminé et que l’avenir nous réserve des surprises”. Le son de cloche n’est en effet pas le même pour le sénateur qui parle encore de luttes, de surprises à venir… Carrément décalé ! Ainsi les chemins se séparent.

Entretien Édouard Fritch

Le grand conseil avait décidé que si vous perdiez le perchoir, les ministres Tahoeraa démissionneraient ce qui n’a pas été le cas. Aujourd’hui, les ministres Tahoeraa vont-ils continuer à participer au gouvernement ?

“Je ne sais pas ce qui va se passer au niveau du gouvernement, on a des bruits par la presse, mais je ne m’avancerai pas au moment où je vous parle. Ce qui est certain, c’est que le Tahoeraa est bien dans l’opposition, et nous oeuvrerons dans l’opposition, ça c’est clair.”

Pourtant, il y a toujours des ministres orange et la consigne a été donnée de ne pas démissionner et hier soir certains d’entre eux étaient à la présidence…

“Il y a toujours des ministres orange comme vous le dites. Ces ministres orange aujourd’hui attendent le sort que leur réserve Oscar Temaru et nous verrons demain comment les choses vont évoluer. Mais il est certain que la consigne qui a été donnée par le grand conseil du Tahoeraa, vous la connaissez : videz le président Tahoeraa de son perchoir équivaut à marquer une rupture de la confiance entre les deux partenaires qui ont fondé cette majorité et cette consigne existe toujours. Autrement dit, depuis que la sanction a été prise à mon égard, nous ne sommes plus dans la majorité. De toute façon, tout cela a été fait dans notre dos parce que depuis quelque temps déjà, les négociations étaient menées avec To Tatou Ai’a donc il n’y a pas de surprise à ce niveau-là.”

Mais si Oscar Temaru décide de les “garder”, ils devraient démissionner si on suit le grand conseil…

“Si on suit le grand conseil, ils vont démissionner. Ceci dit, nous allons les rencontrer et discuter avec eux.”

Parce qu’ils pourraient décider d’aller contre cette décision…

“Les lois sont les lois, les hommes sont différents et entre eux-mêmes, ils sont différents. Je ne veux pas m’avancer pour eux, on va attendre de les rencontrer et leur rappeler les consignes.”

Les ministres du Tahoeraa qui décideraient malgré tous de rester au gouvernement risqueraient-ils une exclusion du parti ?

“C’est le bureau exécutif qui devra décider.”

Lara Dupuy
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Légal

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