Publié le vendredi 08 janvier 2010 à 10H59
DÉCÈS. Philippe Séguin a fait ses premiers pas en tant qu'agent d'État au fenua dans le cadre de son stage de l'Ena en 1968. En 2002, pour le premier tour des élections présidentielles, il représente Jacques Chirac et en profite pour faire une escale sur l'atoll de Tupai. Il y a un an, il avait assisté à l'audience solennelle de la CTC, sous la casquette de premier président de la Cour des comptes.




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“Les hommes politiques polynésiens étaient friands du jeu politique mais peu sensibles au jeu économique”, analysait Philippe Séguin en 1968 alors qu'il effectuait son stage de l'Ena au fenua. Son dernier grand séjour à Tahiti remonte réellement à l'année 2002. Deux semaines avant le premier tour des élections présidentielles, il vient en tant que messager de Jacques Chirac. Philippe Séguin, en chemise orange, confirme les engagements du président-candidat et annonce comme attendu la “pérennisation” du Fonds de reconversion. Mais de façon plus surprenante, il met en avant l’engagement de Jacques Chirac à mettre en place un nouveau statut pour la Polynésie. Pendant ce séjour, Philippe Séguin est aussi décoré Commandeur de l’Ordre de Tahiti Nui. Le 7 janvier 2009, il est revenu en Polynésie, avec cette fois une casquette bien différente, celle de premier président de la Cour des comptes, pour assister à l'audience solennelle de la CTC. Dans son discours, après avoir mis en avant la nécessité de la bonne gestion de l'argent public, en présence de Gaston Flosse dans le public, il souligne : “Oserais-je dire (…) qu'au-delà des vicissitudes et des contingences, la reconnaissance publique est promise à ceux qui auront été les artisans de ce premier développement ? Leur contribution doit, en effet, être équitablement reconnue. Et on laissera à l'histoire –l'histoire de la Polynésie– le soin de faire, le moment venu, la part entre les mérites et les erreurs ou les excès, s'il apparaissait qu'ils ont été inspirés par d'autres motifs que la volonté d'aboutir.”
Un registre de condoléances sera tenu aujourd'hui à la disposition des personnes souhaitant lui rendre hommage au siège de la Chambre territoriale des comptes, rue Édouard-Ahnne, immeuble UUPA, 3e étage de 7 h 30 à 16 heures.
MT
GASTON TONG SANG : “Un grand serviteur de la République”
“Il y a un an, jour pour jour, Philippe Séguin était à nos côtés, pour assister à la séance solennelle de la Chambre territoriale des comptes de Polynésie française. Ce jour, il prononça un discours mémorable, nous rappelant, ô combien l’argent public, celui qui appartient à tous, doit être dépensé avec soin, prudence et respect. C’est avec une tristesse immense que j’ai appris son décès, ce jeudi matin, à son domicile parisien, à seulement 66 ans. Au nom de mon gouvernement et de la Polynésie française, j’adresse mes plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches.
Je salue ce républicain, fidèle serviteur de la Nation, un homme au parcours professionnel et politique exceptionnel, qui lui a valu la reconnaissance et le respect des plus grands, et dont la brutale disparition laisse un grand vide chez beaucoup d’entre nous. Oui, ce gaulliste convaincu va nous manquer. On retiendra de lui qu’il fut un grand maire, un parlementaire à la rhétorique unique et au style enflammé, un président de l’Assemblée nationale brillant et un ministre engagé et fort de ses convictions. Il fut un homme qui, après avoir imprégné de sa marque singulière la politique nationale, a su donner toutes ses lettres de noblesse à l’institution dont il avait la charge depuis 2004, la Cour des Comptes, restant l’homme qu’on écoute, tant ses positions pertinentes et percutantes appelaient la conviction et le respect. De cet homme remarquable et d’une grande culture, je retiendrai également son amour pour la Polynésie. En 1968, alors qu’il est jeune élève à l’École nationale d’administration, il effectue en stage en Polynésie française, en qualité de chef de la circonscription administrative des îles du Vent par intérim. Il reviendra à plusieurs reprises, notamment en 2002, pour soutenir la campagne présidentielle de Jacques Chirac, et en 2009, comme premier président de la Cour des comptes. Je salue enfin ce Commandeur de l’Ordre de Tahiti Nui, qui a su, par son caractère et sa personnalité unique, aimer avec passion la France et la Polynésie. Que Philippe Séguin, notre ami, repose désormais en paix.”
TAHOERAA HUIRAATIRA : “Le départ d’un ami”
“C'est avec beaucoup d'émotion et de tristesse que le Tahoeraa Huiraatira, et notamment le sénateur Gaston Flosse, a appris la brutale disparition de Philippe Séguin. Dire de Philippe Séguin qu'il a été un ami de la Polynésie est une évidence. C'est dans notre pays, stagiaire de l'Ena à peine âgé de 25 ans, qu'il a débuté sa carrière administrative en tant que chef de la circonscription des îles du Vent. Le virus était contracté. Lors de son discours devant la chambre territoriale des comptes, en janvier 2009, Philippe Séguin avait d'ailleurs rappelé qu'il avait “avec la Polynésie un rapport très ancien et très particulier, fait d'affection sincère et de fidélité indéfectible”. Cette amitié et son engagement en faveur de notre pays lui avaient valu d'être décoré de l'Ordre de Tahiti Nui par le sénateur Gaston Flosse. Au-delà de cette amitié, Philippe Séguin a toujours porté un regard politique sur la Polynésie française, celui des valeurs du gaullisme à l'égard de l'outre-mer, ces valeurs de solidarité. Il a toujours voulu que l'on n’oublie pas la contribution de la Polynésie française à la libération nationale et à la construction de l'indépendance stratégique de la France.
Ces valeurs du gaullisme, ce sont celles qu'il est venu défendre en 2002 aux côtés du Tahoeraa Huiraatira pour la réélection de Jacques Chirac à la présidence de la République. Sa dernière visite, et sa dernière intervention publique en Polynésie, c'était il y a un an, jour pour jour, en tant que président de la Cour des comptes. Lors de son intervention, pleine de lucidité, il n'avait pas manqué de rejeter “le discours de ceux qui voudraient ranger la Polynésie parmi les républiques bananières”, affirmant avec justesse que “la Polynésie n'a aucune envie de ressembler à la caricature qu'on fait trop souvent d'elle”. C'est aussi cela être l'ami de la Polynésie française Cette caricature qui fait oublier à certains que “la Polynésie n'a évidemment pas réglé tous ses problèmes, mais elle a su discerner le chemin de leurs solutions et des avancées considérables ont été accomplies”. C'est aussi cela être l'ami de la Polynésie française ! Le Tahoeraa Huiraatira présente ses sincères condoléances à sa femme, à ses enfants et à tous ses proches.”
GROUPE UDSP : “Un grand serviteur de l’État”
“Ce n’est pas tous les jours qu’un grand serviteur de l’État et de la République française démarre sa longue carrière sous nos latitudes. Philippe Séguin, jeune énarque avait alors choisi d’assumer la fonction de chef de la circonscription administrative des îles du Vent par intérim. Chacun a pu voir le parcours de cet homme, jusqu’à la présidence de l’Assemblée nationale et enfin de la Cour des comptes. À sa famille, à ses amis mais aussi aux membres de la Chambre territoriale des comptes de Polynésie française, le groupe UDSP voudrait adresser ses plus sincères condoléances. Gageons que son successeur conduira avec la même détermination lesmissions de cet organe essentiel de contrôle au sein de notre démocratie. A fa’aitoito et ia rahi te aroha.”








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Commentaires anonymes
11/01/2010 à 13h37
"Et on laissera à l'Histoire le soin de faire la part entre les mérites, ou les erreurs ou les excès, s'il apparaissait qu'ils aient été inspirés par d'autres motifs que la volonté d'aboutir..."
Loin de se poser en juge des turpitudes politiques de Paris à Tahiti, il laisse le soin à l'Histoire des deux pays de juger les errances éventuelles mais s'est porté, en permanence, le très digne comptable des deniers de l'Etat et par extension de ceux du Pays contre tous ceux qui contrevenaient aux règles de l'intégrité, n'ayant de cesse de le rappeler et, récemment devant la CTC, cet organe essentiel de contrôle au sein de notre démocratie"
S'il n'hésitait pas à rappeler à l'ordre les plus hauts dignitaires de l'Etat et en l'occurence le chef de l'Etat lui-même qui dans un souci compréhensif de maintien du rang de la France ou de l'UE outrepassait parfois les limites de la bienséance en matière de finances, il faut tout de même rappeler qu'à chaque fois l'Etat sous l'impulsion de ce dernier a remboursé jusqu'au dernier denier prélevé... Et que ce n'est en rien une raison pour crier à l'inégalité en termes de gabegie à l'encontre d'un certain sénateur qui aura en cas de condamnation à rembourser l'argent de l'Etat français destiné à l'aide publique en faveur des Polynésiens et non de son propre argent finalement (celui de la France) comme lorsque c'est l'Etat français qui se fait épingler, la nuance est sans appel pour ceux qui y verraient une inégalité de traitement en matière de dilapidation des fonds publics de part et d'autre du Pacifique...
Commentaires anonymes
09/01/2010 à 10h49
http://www.lesnouvelles.pf/index.php?option=com_content&task=view&id=5202&Itemid=114
Ghislaine Ottenheimer, rédactrice en chef à Challenges (qui a par ailleurs publié mon commentaire), jeudi 7 janvier 2009 écrit:
"... alors qu'il affrontait François Mitterrand dans un duel télévisé de légende, il s'était montré d'une exceptionnelle finesse face au président de la République malade et affaibli. Il confiait même qu'il n'avait pas été au bout de ses arguments en faveur du "non". Par respect pour la fonction. Par respect pour celui qui incarnait, à cet instant, la France. Alors qu'il aurait sans doute pu, une fois de plus dans sa vie, faire basculer l'opinion. C'était Philippe Séguin."
http://www.challenges.fr/actualites/politique_economique/20100107.CHA0410/adieu_lartiste_.html
Ce "respect" pour la fonction, de surcroît envers quelqu'un d'affaibli et que rien ne forçait à s'accrocher à cette fonction - et a contrario son corollaire, l'irrespect vis à vis de tous les autres citoyens français ne pouvant se prévaloir de ladite fonction - ressemble ni plus, ni moins à une une auto-censure.
Or mettre en balance son retrait par "respect" à une personne affaiblie qui n'était pas obligée de s'accrocher à sa fonction, plutôt que de faire valoir sa cause touchant des millions d'individus démontre à mes yeux non pas une quelconque "finesse", mais une "servilité": mot qui d'ailleurs a été repris par beaucoup d'intervenants.
En peu de mots: il y a un an, lors de son passage à TAHITI, le statut de "la Polynésie française" était déjà, depuis février 2004, celui d'un "pays d'outre-mer". Feu Philippe SEGUIN ne pouvait ignorer que dans un pays il ne peut y avoir de cour "territoriale".
Il ne pouvait pas ignorer non plus qu'aucune pièce ni aucun billet de banque n'est libellé ne porte la mention "XPF" alors que la cour "territoriale" des comptes est régie exclusivement par cette monnaie de singe créée en décembre 1998 par l'actuel président du FMI Dominique STRAUSS-KAHN.
Il ne pouvait ignorer le passage de gouverneur (de son temps) à haut-commissaire.
Il s'est abstenu de mentionner les mots "Péï", "pays" ou "Pays" dans son allocution, se retranchant derrière le générique "Polynésie" et faisant abstraction de "française".
Alors: finesse, respect? Que nenni, petit comploteur de bas étage.
Serf vil.
Avec Honneur
Le président de « la Polynésie française », des françaises et de français,
René, Georges, HOFFER
rollstahiti@gmail.com
tél 77 71 70
skype: renehoffer
(Merci de bien vouloir laisser mes coordonnées apparentes en cas de publication.)
Commentaires anonymes
08/01/2010 à 20h41
Incontestablement un grand bonhomme et, ces derniers temps, un vrai serviteur de l'Etat très regardant sur les dépenses publiques plus ou moins justifiées, mais, car il y a un mais....chemise orange,émissaire du grand frère, passage à Tupai, commandeur de l'ordre de Tahiti Nui...brrrr, que de vilaines taches sur la belle carte de visite. Tout le monde à droit à l'erreur et tout le monde peu évoluer mais à quand le règne des "grand hommes" intègres d'un bout à l'autre de leur carrière????
Marc Naulet le popa'anésien.