Les députés d’outre-mer travaillent-ils ?

2 contributions

Publié le lundi 20 avril 2009 à 10H37

ASSIDUITÉ. L’Assemblée nationale tient à jour quotidiennement des statistiques sur le travail des députés. Elles permettent de se faire une idée du travail de ceux qui représentent l’outre-mer.

Les députés d’outre-mer font-ils leur travail ? Représentent-ils correctement leur circonscription mais aussi la nation ? Ces questions méritent d’être posées alors que Roger Karoutchi s’est emporté en début de semaine contre l’absentéisme au Parlement. Le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement n’a pas digéré le rejet du projet de loi intitulé création et Internet à l’Assemblée nationale, le 9 avril, par 21 voix contre 15, faute d’une mobilisation suffisante de l’UMP. Le site de l’Assemblée nationale “comptabilise” le travail des députés. L’on y trouve le nombre de questions posées, celui des propositions de loi signées ou cosignées, les interventions en séance et en commission, le nombre de rapports. En revanche, pas de “flicage” sur les présences en séance. De toute façon un député peut très bien être en séance et ne pas dire un mot.

Les statistiques permettent de constater que les représentants des Collectivités d’outre-mer (Com)* et de Nouvelle-Calédonie** ne brillent pas par leur activisme. Exception faite de deux petits nouveaux : Gaël Yanno (Nouvelle-Calédonie, UMP) et Annick Girardin (Saint-Pierre-et-Miquelon, socialiste). Les statuts des collectivités n’y sont certainement pas étrangers. Mais l’excuse est facile. En presque deux ans de mandat, les députés polynésiens et le député de Wallis-et-Futuna ne sont pas intervenus une seule fois en commission (c’est aussi le cas dans les Dom, d’Éric Jalton (Guadeloupe, socialiste), Louis-Joseph Manscour (Martinique, socialiste) et Alfred Marie-Jeanne (Martinique, gauche démocrate et république)). C’est pourtant là que se fait l’essentiel du travail parlementaire. Certains députés, du même bord et d’une même collectivité, se sont répartis les tâches. Ainsi, Pierre Frogier (Nouvelle-Calédonie, UMP) laisse les textes de loi à son collègue. À Paris, il joue essentiellement un rôle de lobbyiste politique pour son territoire auprès du gouvernement.

Du côté des Départements d’outre-mer (Dom)*, ce n’est pas une surprise, le député socialiste de Guadeloupe, Victorin Lurel (170 amendements déposés sur la loi de développement économique des outremers) et Christiane Taubira (Guyane, apparentée socialiste) font feu de tout bois. Les Réunionnais apparaissent comme les rois des questions écrites au gouvernement. Jean-Claude Fruteau (La Réunion, socialiste) en a posé à lui tout seul 210, René-Paul Victoria (La Réunion, UMP) n’est pas bien loin avec 165. Les députés d’outre-mer se sentent-ils représentants de la nation ? Le député de l’Aisne, René Dosière (socialiste), grand connaisseur de l’outre-mer, souligne qu’il arrive que des “députés métropolitains ne travaillent que pour leur circonscription, mais ce phénomène est presque caricatural concernant les députés d’outre-mer”. Parfois, ceux-ci donnent l’impression de ne se consacrer qu’à leur collectivité. Pourtant, certains suivent de près d’autres textes selon leur sensibilité. Ainsi, Huguette Bello (La Réunion, communiste) et JeannyMarc (Guadeloupe, apparenté socialiste) ont déposé des propositions de loi n’ayant pas de lien direct avec leur collectivité.

De notre correspondant à Paris, David Martin

* Les Dom : Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Martinique Les Com:Mayotte, Polynésie française, Saint-Pierreet- Miquelon, Wallis et Futuna ainsi que Saint- Barthélemy et Saint-Martin qui n’ont pas encore de député

** La Nouvelle-Calédonie n’est ni un Domni un Com, mais une collectivité suis generis

Zoom

Un règlement inappliqué

Le rejet par l’Assemblée nationale du projet de loi Hadopi sur Internet le 9 avril fait des vagues. Le secrétaire d’État aux relations avec le Parlement, Roger Karoutchi, a prôné “des sanctions financières” contre les députés “en cas d’absences répétées”, tandis que le patron de l’UMP, Xavier Bertrand, demandait la même chose contre les “députés invisibles”. Le règlement de l’Assemblée nationale prévoit pourtant des sanctions. L’article 162 stipule que les députés ayant participé à moins des deux tiers des scrutins publics se voient retenir un tiers de l’indemnité de fonction. L’article 42 rend quant à lui obligatoire la présence des députés en commission. Aucun des deux n’est appliqué. En raison de la réforme de la Constitution, le règlement intérieur sera modifié en séance publique le 5 mai. Un député reçoit 623 000 Fcfp nets par mois (5 219,17 euros).

STATISTIQUES

Les 22 députés d’outre-mer ont été élus pour cinq ans en juin 2007. Voici un tableau récapitulant le travail des députés du Pacifique à l’Assemblée nationale.

  • Michel Buillard (Polynésie française, UMP) : questions, 3 sur la Polynésie française ; questions écrites, 3 ; question au gouvernement : 0 ; question orale sans débat : 0 ; proposition de loi et de résolution : 0 ; rapport : 0 ; interventions en séance : 6 ; intervention en commission : 0.
  • Bruno Sandras (Polynésie française, UMP) : questions, 0 ; propositions de loi et de résolution : 126 ; proposition de loi : 0 ; propositions de loi cosignées : 126 ; rapport : 0 ; interventions en séance : 5 ; intervention en commission : 0.
  • Gaël Yanno (Nouvelle-Calédonie, UMP) : questions : 5 ; questions écrites : 2 ; questions au gouvernement : 2 ; question orale sans débat : 1 ; propositions de loi et de résolution : 7 ; proposition de loi : 0 ; propositions de loi cosignées : 7 ; rapports : 3 (un rapport sur le projet de loi pour le développement économique des outremers (2009) et deux rapports d’information sur les enjeux des nouvelles normes comptables (2008) et sur les niches fiscales (2008)) ; interventions en séance : 16 ; interventions en commission : 15.
  • Pierre Frogier (Nouvelle-Calédonie, UMP) : questions : 6 ; questions écrites : 6 ; question au gouvernement : 0 ; question orale sans débat : 0 ; propositions de loi et de résolution : 6 ; proposition de loi : 0 ; propositions de loi cosignées : 6 ; rapports : 0 ; interventions en séance : 4 dont une concernant la Polynésie ; intervention en commission : 1.
  • Apeleto Albert Likuvalu (Wallis et Futuna, apparenté socialiste) : questions : 5 ; questions écrites : 0 ; questions au gouvernement : 3 ; questions orales sans débat : 2 ; propositions de loi et de résolution : 9 ; proposition de loi : 0 ; propositions de loi cosignées : 9 ; rapport : 0 ; interventions en séance : 12 ; intervention en commission : 0.
Le travail des autres députés d’outre-mer peut être consulté sur www.assemblee-nationale.fr

  • RENÉ DOSIÈRE, député de l’Aisne, apparenté socialiste

“Décoloniser la fonction de député d’outre-mer”

Voyez-vous une différence entre le travail des députés d’outre-mer et ceux de métropole ?

“Le rythme. Un député a une dimension nationale et il a un rôle local. Le député métropolitain a un rythme hebdomadaire. Mardi, mercredi et jeudi, il est à Paris et le reste du temps dans sa circonscription. Les députés d’outre-mer ne peuvent pas avoir ce rythme. Dès lors, quand ils viennent en métropole, il est moins évident pour eux de s’investir sur un texte. Ils ne viennent souvent que pour suivre des textes concernant l’outre-mer. Il est vrai que l’on a quelques députés métropolitains qui ne travaillent que pour leur circonscription, mais ce phénomène est presque caricatural pour l’outre-mer. C’est sans doute lié à l’éloignement et l’insularité. C’est tout à fait regrettable. Les députés d’outre-mer sont autant députés de la nation que les autres. Je me demande s’il ne faudrait pas décoloniser la fonction de député outre-mer. Ils ont une relation avec la métropole tout à fait spécifique. Il faudrait qu’ils puissent considérer qu’ils peuvent intervenir sur tous les sujets. Les Com ont d’avantage d’autonomie et de nombreuses questions se traitent dans leur collectivité. Le cumul des mandats renforce aussi le fait que les parlementaires préfèrent s’occuper de leurs mandats locaux. C’est le même phénomène en métropole, mais c’est accentué en outre-mer.”

Quels sont les plus actifs ?

“Victorin Lurel s’est souvent manifesté dans d’autres débats. En 2002, quand il est arrivé à l’Assemblée, il s’est proposé de défendre l’exception d’irrecevabilité sur l’amnistie du président de la République. On lui a fait comprendre qu’il fallait peut-être un ancien. Gaël Yanno donne le sentiment de vouloir s’investir. Mais c’est un peu tôt pour juger. Aimé Césaire n’était pas très souvent à l’Assemblée, mais il avait une influence forte. Jacques Lafleur non plus. Cela ne les empêche pas d’avoir des relations avec les ministères.”


  • FRÉDÉRIC LEFEBVRE, porte-parole de l’UMP

“Les élus ultramarins sont assez présents”

Voyez-vous une différence entre le travail des députés d’outre-mer et ceux de métropole ?

“Pas vraiment. Je suis d’ailleurs plutôt admiratif car beaucoup des parlementaires ultramarins de l’UMP sont assez présents alors qu’ils ont souvent des distances à parcourir pour venir siéger dans l’hémicycle beaucoup plus grandes. Ils se concentrent beaucoup sur les questions qui concernent leurs circonscriptions, mais finalement c’est ce que font la plupart des élus. Il est vrai aussi que les projecteurs se braquent sur eux au moment des textes concernant l’outre-mer.”

Quels sont les plus actifs ?

“Je ne suis pas là pour donner des bons points, mais globalement, on a des parlementaires assez présents.” Gaël Yanno (Nouvelle-Calédonie, UMP), Michel Buillard (Polynésie française, UMP) et Bruno Sandras (Polynésie française, UMP) dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

Imprimer Recommander Wikio Facebook Twitter digg

Les dernières contributions


Commentaires anonymes

21/04/2009 à 08h01

Etre député en outre-mer, c'est avant tout un symbole, celui de l'attache de l'outre-mer à la République. C'est vrai que nos députés ne sont pas très actif au parlement, mais bon, dans l'autre sens, on pourrait dire que la métropole ne se soucie guère de l'outre-mer que lorsque le torchon brûle. On l'a bien vu à propos de la crise sociale aux Antilles, où le gouvernement national a été complètement dépassé par les évènements. Combien de métropolitains - même dans le milieu estudiantin - confondent Tahiti et Haïti ? Peut-on alors blâmer nos parlementaires d'être plus préoccupés par les problèmes locaux que par les débats nationaux - qui de toute façon n'auront pratiquement aucune répercussion en Polynésie du fait de notre statut d'autonomie - ? Alors, oui il y a des efforts à faire, mais dans les deux sens, en outre-mer comme en métropole.

Commentaires anonymes

21/04/2009 à 06h33

Pas très glorieux le travail de nos députés. Ils sont engraissés à ne rien faire....même pas de conscience moral alors qu'ils sont payés chèrement par le contribuable. Et lorsque de temps en temps ils parlent en métropole en 1ere classe SVP, c'est surtout un voyage d'agrément. J'aimerai que M. Buillard nous fasse le bilan de sa dernière mandature ainsi que M Flosse. Et on nous propose un 3ème député.....encore un super planqué. Un député et un sénateur suffisent amplement pour la Polynésie.On ne peut pas jeter entièrement la pierre sur nos parlementaires, on sait que les élus de la nation sont des superprivilégiés et protège leur acquis (ex : les avantages scandaleuses de leur retraite par rapport à la masse laborieuse). A quand l'abolition définitive des privilèges de nos hommes politiques. Ils ont hélas remplacé les nobles. En parallèle, nous avons nos 57 privilègiés à Tarahoi et nos 17 autres avenue pouvana'a.
Dis je peux être parlementaire à plus de 850000francs par mois plus tous les avantages en nature. Et puis je ne suis pas tenu par une obligation de résultat, je peux donc me la couler douce dans ma "belle" polynésie.

Légal

  • Droits de reproduction
    et de diffusion réservés
    © 2007-2011
    Les Nouvelles de Tahiti

  • Recommandations LNT

    Gardons Contact !

     

    Tous nos fils RSS   Contactez-nous !   La FanPage des Nouvelles de Tahiti   Suivez LesNouvelles.pf sur Twitter !   Le Channel Youtube des Nouvelles de Tahiti