Publié le jeudi 29 juillet 2010 à 10H26
ÉDOUARD FRITCH. Dans une longue interview accordée au site internet Tahiti Today, le vice-président du Pays s’inquiète du grand écart pratiqué par le parti dont il est le président délégué. Une jambe au gouvernement avec l’alliance Fritch-To Tatou Ai’a, une autre à l’assemblée avec l’alliance Flosse-l’UPLD. Extraits.
L’ESSENTIEL
- Édouard Fritch n’est “plus sûr” que le groupe Tahoeraa vote à l’assemblée en “fonction de l’intérêt général”
- Il estime que le parti orange et l’UPLD ont “détruit” le collectif budgétaire en commission “de manière irraisonnée”
- Concernant les réserves de l’assemblée, il considère que “l’UPLD préfère dormir sur son trésor plutôt que de l’investir dans l’économie locale”
Édouard Fritch ne fait plus semblant et constate que le Tahoeraa est en train de se diviser en deux, entre fritchiens et flossiens. “Ce qui me préoccupe, c’est l’unité du Tahoeraa. Nos militants ont effectivement du mal à s’y retrouver. Ils ne comprennent plus quelle est la ligne de conduite du parti. (…) J’avais cru comprendre que le Tahoeraa à l’assemblée orienterait ses votes en fonction de l’intérêt du Pays. Je ne suis plus très sûr que ce soit le cas”, déclarait hier le vice-président du Pays sur le site Tahiti Today. “Les ministres Tahoeraa et moi-même rencontrons régulièrement Gaston Flosse et les élus du Tahoeraa. Je ne sais pas si nous sommes bien entendus quand nous parlons. J’ai déjà dit en commission des Finances que l’amendement du Tahoeraa pour supprimer les crédits aux mesures présentées par Teva Rohfritsch allait à l’encontre de l’intérêt général. Tout cela est très préjudiciable à l’image du Tahoeraa qui est déjà bien écorné”. S’il y a encore un mois, Édouard Fritch essayait à la fois d’être “solidaire” du gouvernement et du groupe Tahoeraa à l’assemblée mené par Gaston Flosse, il a désormais choisi son camp, celui de Gaston Tong Sang. Avec qui d’ailleurs il compte mener une liste d’union autonomiste aux prochaines élections, comme il l’affirmait sur les ondes de Radio, récemment, lors de la mission gouvernementale aux Tuamotu.
La “flatterie de l’UPLD”. Mais le président délégué cherche tout de même à défendre le président du Tahoeraa, rappelant la traîtrise de Gaston Tong Sang pour l’élection du président de l’assemblée, et dénonçant l’attitude de l’UPLD : “La semaine dernière à l’assemblée, nous avons vu un vote où certains élus du Tahoeraa ont voté avec le Tavini, tandis que d’autres Tahoeraa se sont abstenus. C’est une première et cela dénote une perte de cohésion. Et c’est ce que cherche le Tavini pour nous affaiblir. J’entends aujourd’hui les élus UPLD flatter Gaston Flosse à longueur de discours en commission. C’est tout juste s’ils ne disent pas que c’est le meilleur et que tout ce qu’il a fait était bien. Le discours est complètement renversé. (…) Pour autant, si j’ai bien compris, Oscar Temaru n’est pas prêt à céder à M. Flosse le haut de l’avenue Bruat”. Pour Édouard Fritch, le problème reste le même : les deux formations n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le nom du candidat à la présidence à inscrire sur la motion de défiance : “Aucun groupe politique n’est en mesure de renverser le gouvernement de Gaston Tong Sang parce qu’ils n’arrivent pas à s’entendre sur le nom du calife”.
Le collectif. Dans l’interview, Édouard Fritch revient également sur le collectif numéro 4 qui a été remodelé de fond en comble par le Tahoeraa et l’UPLD. “Le gouvernement va essayer de reconstruire le collectif qui a été détruit en commission de manière totalement irraisonnée. Par exemple, un amendement a supprimé les crédits de carburant pour la flottille administrative pour le ramassage scolaire. Il faudra bien les remettre, sinon les élus devront aller expliquer aux parents qu’ils n’ont qu’à se débrouiller seuls. À chacun d’assumer ses responsabilités”. Enfin, il reprend l’idée émise la veille par Gaston Tong Sang de mettre à contribution l’assemblée (dont les réserves sont de 800 millions de Fcfp, NDLR) dans l’effort global de solidarité : “En ces temps de crise, il serait effectivement bien perçu que l’assemblée mobilise une partie de ses réserves. Le président de l’assemblée l’a refusé lors du collectif numéro 2 pour abonder les mesures en faveur de l’emploi. Je crois qu’il n’a pas changé d’avis. L’UPLD préfère dormir sur son trésor plutôt que de l’investir dans l’économie locale. Chacun ses priorités”.
“Gamineries”par communiqués interposés
Dans un premier communiqué, le groupe To Tatou Ai'a soutient la sortie médiatique faite par Gaston Tong Sang la veille au sujet de l'UPLD et du Tahoeraa : “Eh bien qu'ils prennent le gouvernement. Qu'ils déposent une motion de défiance et qu'ils viennent à ma place gérer le Pays”. Revenant sur l'étude du collectif en commission des Finances, TTA lance : “Nous avons assisté à un exercice de contorsionniste impressionnant dans lequel les groupes UPLD et Tahoeraa ont démontré leur volonté, non pas d'aider le Pays, mais bien de déstabiliser le gouvernement pour provoquer sa chute”. La réponse du Tahoeraa n'a pas tardé. Dans un second communiqué, le parti orange demande ni plus ni moins à Gaston Tong Sang de démissionner. “Il aurait presque fait pitié le président du Pays s'il n'avait été question de problèmes de survie pour le Pays. Le Tahoeraa affirme qu'il n'est pas question de prendre la place de Gaston Tong Sang, et fait remarquer que c'est lui qui n'est pas à sa place. Les exemples édifiants de son incapacité ne manquent pas”.
L'UPLD n'est pas non plus restée muette et a également demandé la démission du président du Pays : “Les Polynésiens mesurent chaque jour un peu plus l’impuissance du président Tong Sang à régler les urgences du Pays. Mais plutôt que de se remettre en cause, il préfère accuser l’opposition de sabotage et de ‘gamineries’”. En revanche, quand l'UPLD lui impute le retard de l'ouverture de la session extraordinaire, la coalition bleue fait preuve de mauvaise foi. Le président du Pays a envoyé la lettre de convocation dans les temps. En revanche, le Tahoeraa et l'UPLD ont fait traîner comme à leur habitude la commission des Finances malgré l'urgence demandée, tout comme la rédaction du rapport de ladite commission. Résultat, les délais d'information des représentants ont nécessité le report de l'ouverture de la session à mardi au lieu d'aujourd'hui.







