Publié le jeudi 25 février 2010 à 11H27
KING TAMATOA. Le président Gaston Tong Sang a pris un arrêté hier qui va permettre au navire de bénéficier du Fonds de régulation du prix des hydrocarbures (FRPH). À la demande de Bill Ravel. Documents à l’appui, le gouvernement a tenté de démontrer que ce dernier, qui clamait il y a peu qu’il ne voulait rien du pays, veut tout.
L’ESSENTIEL
- Le King Tamatoa ne pouvait pas être exclu du FRPH à moins de modifier la législation en vigueur
- Bill Ravel a adressé un courrier au ministère du Développement des archipels, “à titre d’information”, où il présente un devis pour les travaux des ports des îles Sous-le-Vent à 944 millions de Fcfp
- Il pourrait faire immatriculer son bateau à Wallis-et-Futuna, ce qui lui permettrait une plus grande “souplesse” dans sa gestion salariale
Quand le King Tamatoa vole la vedette aux milliards d’emprunts du Pays, c’est un peu le film qui s’est joué hier à la présidence. Le président Gaston Tong Sang y avait convoqué les médias pour faire un bilan de sa mission à Paris et les milliards qu’il y était venu chercher, 28,5 précisément, auprès de l’État et des bailleurs de fonds du Pays. Et le bilan fut fait (lire ci-contre). Mais au détour d’une des “questions d’actualité” que les journalistes ont l’habitude de poser à l’issue des conférences de presse, le président du Pays et son gouvernement ont sorti l’artillerie lourde pour contre-attaquer sur la polémique du King Tamatoa. La question, la voici : “Que pensez- vous de la proposition de loi faite par Jean-Christophe Bouissou pour le King Tamatoa ?”
“640 millions de Fcfp d’économie pour le King”. En guise de réponse, Gaston Tong Sang a expliqué qu’il avait pris un arrêté le matin même en conseil des ministres afin que le King Tamatoa puisse bénéficier des mêmes avantages financiers que tous les autres armateurs, “pour qu’il puisse opérer rapidement dans les eaux polynésiennes, conformément à sa licence d’armateur. Maintenant, la balle est dans son camp. Cela va lui permettre de réaliser 640 millions de Fcfp d’économie”. Et d’ajouter : “Je crois que quelqu’un l’année dernière disait qu’il n’aurait droit à rien.” Un sous-entendu rapidement dissipé par un Édouard Fritch tout sourire, assis à côté de Gaston Tong Sang, qui a lancé, “je crois que c’était Oscar Temaru”. Effectivement, devant l’émoi provoqué dans sa majorité d’alors par l’octroi de la licence d’armateur à Bill Ravel –Gaston Tong Sang et les îliens s’y opposaient–, le président Oscar Temaru avait précisé le 18 septembre dernier que le bateau n’aurait pas droit à l’agrément fiscal ni au FRPH. Il déclarait à l’époque : “C’est vraiment une position tranchée du gouvernement et nous ne reviendrons pas dessus”. Gaston Tong Sang est revenu, à tout point de vue, et a donc octroyé au King Tamatoa les mêmes avantages fiscaux qu’aux autres navires de la desserte. Mais, en ce faisant, le président du Pays, contrairement aux apparences, ne fait pas une fleur au King Tamatoa, il ne fait que suivre la procédure légale, si chère à lui. En effet, pour pouvoir exclure le King Tamatoa du FRPH, il aurait fallu modifier la législation en vigueur.
Le King Tamatoa va payer l’essence moins cher qu’Air Tahiti. Gaston Tong Sang est revenu également sur la demande insistante de Bill Ravel, de payer l’essence au même prix qu’Air Tahiti. “Air Tahiti paye 70 Fcfp le litre, c’est plus cher que les armateurs qui payent 60 Fcfp le litre donc nous voulons bien qu’il paye plus cher s’il le souhaite.” Aux côtés de Gaston Tong Sang, le gouvernement jubile, Édouard Fritch ponctue : “C’est une histoire de fou”. En tout cas, tous les coups sont permis, le président du Pays va même jusqu’à rajouter, “vous savez, il y a des mauvaises langues qui me disent que 640 millions de Fcfp, ça fait pas mal de fare MTR”. Et un coup en dessous de la ceinture.
Les désirs du King font pschitt
940 millions de travaux. Puis c’est Louis Frébault qui a enfilé à son tour les gants. Il a d’abord agité la lettre dans laquelle Bill Ravel demande à bénéficier du FRPH, même si elle a été faite dans le cadre de la procédure de l’octroi de la licence d’armateur selon Guillaume du Fontenioux, directeur général du King Tamatoa. Il a ensuite exhibé un courrier dans lequel Bill Ravel lui “adresse la facture” des travaux pour les ports des îles Sous-le-Vent de… 944 millions de Fcfp. En septembre dernier, Bill Ravel annonçait 20 millions de travaux qu’il était prêt à prendre à sa charge, cherchez l’erreur. En fait, en regardant de plus près ce courrier, on peut lire “je vous transmets à titre d’information le devis estimatif des infrastructures à envisager…” Il s’agit d’un courrier “informatif” et non d’une facture. Et pour ce qui est de la différence abyssale de coût, Guillaume Fontenioux explique que 944 millions, c’est ce qu’il faudrait dans l’idéal, mais que les 20 millions de Bill Ravel suffiront. Qui ne tente rien n’a rien. Certainement l’adage préféré de l’armateur. Allez une dernière pour la route. C’est encore Louis Frébault qui agite un courrier. Il s’agit d’une demande d’immatriculation du bateau à Mata Utu à Wallis-et-Futuna. Pourquoi ? Eh bien selon le directeur du King Tamatoa, il s’agit d’obtenir une certaine souplesse en matière salariale, traduction : contourner le Code du travail polynésien. Décidément, le King Tamatoa réserve bien des surprises. Au fait, concernant la proposition de loi de Jean-Christophe Bouissou, Gaston Tong Sang a bien fini par répondre : “On verra bien, c’est dans le circuit”.
CV
Entretien Gaston Tong Sang, président du Pays
Pourquoi avez-vous pris un arrêté pour le King Tamatoa ?
“Nous ne faisons que mettre en application la décision qui a été prise de lui accorder une licence d’armateur pour desservir les îles Sous-le-Vent, et comme tous les armateurs, nous lui avons accordé à sa demande un volume de carburant –d’ailleurs c’est lui qui nous a fourni les chiffres– de 17 millions de litres, qu’il estime consommer au cours de l’année 2010. Il pourra d’ores et déjà remplir son bateau de ce carburant, mais au même prix que tous les armateurs de Polynésie, à savoir 60 Fcfp le litre.”
Donc il n’y aura pas de détaxe ?
“Je ne peux pas. Je n’ai pas de texte m’autorisant à lui accorder des mesures de faveur. Je serai immédiatement censuré par les tribunaux. Je sais qu’il y a des projets dans le tuyau pour pouvoir accorder la détaxe et même l’exonération d’impôt pendant dix ans. Laissons le débat s’instaurer à l’assemblée, et on verra les suites qui seront accordées à ce texte. Il passera par le haut conseil, qui verra si ce texte n’est pas entaché d’illégalité.”
Vous avez fait une série de mises au point vis-à-vis de Bill Ravel. Le ton monte ?
“Non, je l’ai rencontré avec M. Jean-Christophe Bouissou d’ailleurs. Vous voyez, je ne suis pas quelqu’un de rancunier. Ce que j’ai dit à la presse est ce que je lui ai dit exactement. Ce n’est pas la guerre. Je suis le président de la Polynésie française, j’applique des textes, je ne peux pas faire autrement. Je pense qu’il n’a plus aucune raison de ne pas mettre en service son bateau. Maintenant il faut le faire, la population des Raromatai attend.”
Quels sont les objectifs du collectif qui va être proposé prochainement à l’assemblée ?
“Pour faire face à un besoin de reconstruction après le passage du cyclone Oli et de la dépression, on a une obligation de reconstruire l’habitat pour 2,8 milliards et les ouvrages publics pour 2,7 milliards. Donc il faut financer ce programme de reconstruction. Moyennant un prêt supplémentaire de 2 milliards et en même temps un redéploiement du budget d’investissement du Pays pour mettre l’argent en priorité sur la reconstruction.”
Vous annoncez 1,2 milliard de l’État. Sous quelle forme ? Seront-ils reversés directement au budget du Pays ?
“J’attends plutôt confirmation. Je ne veux pas annoncer quelque chose qui n’est pas abouti. Il faut respecter l’État. J’espère quand même qu’il donnera rapidement des réponses sur sa participation.”
Zoom
Une session extraordinaire pour le nucléaire
Le conseil des ministres a annoncé hier la tenue d’une session extraordinaire de l’assemblée de la Polynésie française jeudi 4 mars. Cette séance a été convoquée pour débattre du projet de décret d’application de la loi Morin sur l’indemnisation des victimes des essais nucléaires. Saisi par l’État, le conseil des ministres, même s’il est compétent en la matière, a souhaité élargir le débat à l’ensemble des formations politiques de l’assemblée. Pour autant, il s’est déjà positionné sur un avis défavorable pour ce décret. “On ne retrouve pas la démarche polynésienne”, explique Gaston Tong Sang, qui défend un élargissement de la zone géographique concernée par l’indemnisation. “Pourquoi Taravao serait concerné et pas Hitia’a ? Je ne savais pas qu’il y avait des barrières pour empêcher les nuages de passer.” (1) Le gouvernement dénonce également des manques dans la liste des maladies reconnues comme liées aux essais et prises en charge par le décret. “Nous en avons obtenu dix-huit, il en manque encore trois.” Le ministre de la Santé, Jules Ienfa, a énuméré ces maladies : “Il s’agit du cancer du sein et de la thyroïde sans distinction, ainsi que des myélomes-lymphomes.”
(1) Sauf que dans le projet de décret, Hitia’a fait bien partie de la liste des zones de l’île de Tahiti prises en compte.
10 milliards de Fcfp“acquis”
Même si la polémique sur le King Tamatoa a pris beaucoup de place lors de la conférence de presse tenue hier par le président du Pays, le sujet principal était bien le bilan de sa mission à Paris. Et cette mission consistait principalement à trouver 28,7 milliards de Fcfp d’emprunts en investissement pour 2010 (19,7 milliards de Fcfp au titre de cette année et 9 milliards pour 2009 qui n’ont pas été débloqués par les partenaires financiers). Dont 3 milliards de Fcfp pour le compte d’aide aux victimes des calamités quasiment à sec. Gaston Tong Sang n’est pas revenu avec 28,7 milliards de Fcfp. “Nous avons l’assurance d’avoir plus de 10 milliards de Fcfp sur les 19,5 milliards que nous avons prévus au budget d’investissement. Les 9,5 milliards restant sont probablement acquis mais nous attendons la réponse de l’AFD à qui nous avons demandé 9,2 milliards. Nous devrions avoir la réponse avant le mois de juin.” Pour ce qui est de l’aide de l’État, Gaston Tong Sang a annoncé qu’elle devrait être à hauteur de 1,2 milliard de Fcfp. Le président du Pays utilise le conditionnel car la demande est toujours sur le bureau du Premier ministre. En somme, le président du Pays n’a obtenu que 10 milliards sur les 28,7 nécessaires, et encore sans préciser auprès de quels bailleurs de fonds. “La situation financière est tendue pour la Polynésie française”, a-t-il constaté. Effectivement. Les réformes de l’administration et de la fiscalité sont apparemment très attendues par les bailleurs de fonds du Pays ; “les banques attendent des gestes forts du Pays”, a-t-il précisé, avant de conclure optimiste : “J'espère annoncer d’ici quelques semaines que nous aurons bouclé le budget du Pays”.
La concession pour l’aéroport de Faa’a en avril
Le séjour de Tong Sang à Paris a été marqué par la première réunion du Comité d’orientation stratégique (Cos). Ce comité est destiné à définir le plan de développement de la future plateforme qui devrait être baptisée ADT : “Aéroport de Tahiti”. “Sur le modèle de ADP, Aéroports de Paris” a jugé bon de préciser Gaston Tong Sang. Une plateforme qui sera détenue à 49% par le Pays et à 49% par la société privée Egis. Les 2% restant étant réservés à “l’arbitrage” de l’Agence française de développement. Le gouvernement souhaite que d’ici 30 ans –durée de la concession– l’aéroport soit capable d’accueillir chaque année cinq fois plus que les 200 000 passagers actuellement. Concernant les infrastructures, il souhaite amener plus au nord tous les services techniques et au sud l’accueil et le terminal. Le président du Pays a déclaré qu’il a “défendu les intérêts de la commune de Faa’a, qui est membre du Cos, mais qui n’était pas là”. Concernant les aérodromes d’État de Raiatea, Rangiroa et Bora Bora, leur transfert au Pays est prévu par les statuts de 2004. Et le gouvernement y est favorable si ce transfert s’accompagne également d’une remise à niveau des aérodromes et d’un transfert de moyens. Gaston Tong Sang, une fois n'est pas coutume, pose ses conditions. Enfin, l’idée d’un aéroport international à Bora Bora qui resterait lié à la plateforme aéroportuaire de Tahiti-Faa'a a germé. Gaston Tong Sang, maire de la commune, estime que l’accueil des jets privés peut se faire sans travaux sur la piste, et il n’exclut pas d’ouvrir plus tard l’aéroport aux long-courriers de petite capacité. Selon lui, l’État a accepté ce principe d’un développement lié entre Faa’a et Bora Bora.








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Commentaires anonymes
26/02/2010 à 08h39
Le grand n'importe quoi. L'hôtellerie, alors même qu'elle est un avatar du colonialisme, années 50, ne doit pas disparaitre. Pourquoi? Avant tout car elle emploie des centaines de personnes et que faire disparaitre les revenus au demeurant modestes des personnes qui y travaillent ont pour conséquence la paupérisation de leur famille.
D'autre part, l'hôtellerie est avant tout l'accueil de celui qui vient.
Conclusion, que le Pays prenne, nationalise dirait-on en pays de France, la gestion de ces(ses) hôtels en main et réinvente ce qui fut le propre de la Polynésie, à savoir l'accueil et la distance.
Commentaires anonymes
25/02/2010 à 15h11
...Bientôt [i]"le retour du Jedi"[/i], avec dans le rôle du Jedi : GTS.