La “famille autonomiste” part sans consensus

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Publié le mercredi 01 septembre 2010 à 11H24

PARIS. Trop tard, trop peu, trop politique… Chacun y est allé de son couplet hier dans le “camp dit autonomiste” pour constater l’échec des réunions visant à apporter à Paris une vision globale et commune de la nouvelle loi électorale en préparation. L’autonomie oui, mais chacun pour soi et les voix seront bien gardées…

L’ESSENTIEL

  • C’est donc en ordre dispersé que les “autonomistes” se rendront dès cette fin de semaine à Paris pour rencontrer la ministre de l’Outre-mer Marie-Luce Penchard concernant la réforme électorale
  • Pour Bruno Sandras, “dans notre pays, dès que quelqu’un veut faire quelque chose, tout de suite, on essaie de politiser à outrance”
  • Le président du Pays devrait également rencontrer la direction de l’AFD afin d’opérer “un changement de la politique locale de l’AFD”, espère-t-il

Déjà qu’ils n’étaient pas tous d’accord pour se réunir tel que prévu par le président du Pays, le peu de formations, qui a toutefois répondu à l’appel présidentiel hier, n’a pas pour autant abouti à un consensus ouvertement recherché. Quand un éléphant accouche non pas d’une souris mais d’un souriceau, le résultat en dit long sur la capacité des “autonomistes” à s’entendre. D’ailleurs Bruno Sandras n’a pas mâché ses mots quand il estime “qu’encore une fois, nous avons montré notre incapacité à nous retrouver sur des sujets essentiels”. Ce qui peut-être explique pourquoi il y a un parti politique pour 9 000 habitants en Polynésie française. Le président délégué du Tahoeraa, Édouard Fritch, n’a pu que constater lui aussi l’absence de consensus en mettant en avant pour sa part le manque de temps, reconnaissant au passage “qu’on s’y est pris un peu tard”. Toutefois Édouard Fritch veut voir dans ce rassemblement ce qu’il appelle “les prémices” du rassemblement autonomiste qu’il souhaiterait voir se former et qui pourrait peser en cas d’élections. Des élections qui n’ont, par ailleurs, jamais été annoncées et n’auraient pas le vent en poupe si l’on en croit certaines indiscrétions depuis Paris.

Mais c’est toujours ça de pris pour second-forever, sauf que le résultat reste bien maigre, et n’a enthousiasmé personne, à commencer par le sénateur Flosse qui s’est discrètement éclipsé de la réunion au cours de laquelle il n’aurait pas pipé mot si l’on en croit les observations du député Sandras. “Dans notre pays malheureusement dès qu’on essaie de faire des choses en commun, ça ne marche pas.” Le président du Pays en tant qu’initiateur du projet a pour sa part décelé un début d’idée commune : “Il y a un message commun que j’ai tiré de cette réunion : il ne faut surtout pas de liste unique ni de circonscription unique pour préserver les archipels”, a-t-il déclaré. En d’autres termes, on ne touche pas à la représentation des précieux archipels. Ce manque flagrant de consensus dans une même “famille” politique ne décourage pas pour autant les aficionados de la “réunionite” puisque dès le retour de la mission d’autres réunions sont prévues avec sans doute l’ambition de caresser l’espoir qui paraît inaccessible du consensus. Mais la non-entente sur le thème de la loi électorale pourrait bien passer au second plan car l’un des enjeux majeurs du déplacement présidentiel est de tenter ni plus ni moins qu’une réorientation de la politique locale de l’Agence française de développement (AFD). Gaston Tong Sang devrait, à ce titre, rencontrer la direction de l’AFD à Paris car il estime “que le représentant local de l’AFD n’accompagne pas le Pays dans sa volonté de se prendre en main, de se développer”. Et le président du Pays d’enfoncer le clou : “Quand on refuse le financement de projets hôtelier moi je dis : “Non ! On n’a rien compris de la Polynésie française” (...)”. Ambiance…

PL

DÉCRYPTAGE

Quelques points forts du déplacement à Paris du 6 au 10 septembre

  • Lundi : entretien de la ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, avec le président du Pays, Gaston Tong Sang en présence notamment du haut-commissaire, Adolphe Colrat ; réunion de Gaston Tong Sang avec la direction de l’AFD.
  • Mardi : entretien entre Marie-Luce Penchard et les deux députés, Michel Buillard et Bruno Sandras.
  • Mercredi : Gaston Tong Sang doit rencontrer le secrétaire d’État aux Transports ; rencontre entre la ministre de l’Outre-Mer et le groupe To Tatou Ai’a.
  • Jeudi : Marie-Luce Penchard devrait rencontrer le Tahoeraa Huiraatira, Ia Ora te Fenua et No Oe e te Nunaa ; entretien du président du Pays avec la direction générale de Standard and Poor’s
  • Vendredi : réunion de travail sur la mission Bolliet avec la ministre de l’Outre-mer, le président du Pays en présence notamment du haut-commissaire et de Mme Bolliet.

L’éclairage

Le Tavini fustige les “toutous de la République”

Le Tavini reprend des couleurs et s’en prend à ce qu’il nomme “les toutous de la République”. “Après avoir fièrement affirmé que les problèmes de la Polynésie française devaient se régler en Polynésie française devant les populations polynésiennes françaises, estime le parti bleu ciel, les groupes autonomistes avaient décidé de ne pas répondre à l’invitation de Mme Penchard de se rendre à Paris. Autres raisons du refus, il faut faire des économies et un changement de gouvernement est annoncé. Voilà que soudain nos matamores autonomistes révèlent leur médiocrité.” Évoquant le futur remaniement ministériel à Paris, le Tavini se demande : “Avec qui le président Tong Sang discutera-il des problèmes de l’aéroport ?” Ou encore : “Lorsque les nouveaux membres du gouvernement seront en place, quelle attention prêteront-ils à ceux qui ont gaspillé les fonds de la “manne” nucléaire…?” “Le Tavini Huiraatira, l’UPLD et leur président, peuton encore lire, restent sur leur proposition et leur conviction. C’est sur place, devant tous les Polynésiens, en toute transparence, que doivent être entendus tous les acteurs de la vie publique et discutées les propositions du nouveau mode de scrutin”.

GASTON TONG SANG, président du Pays

“Le représentant local de l’AFD n’accompagne pas le pays”

Vous vous êtes entendu pour un retour aux urnes ?

“Cette décision n’appartient à personne. La position du président de la République est très claire : d’abord une nouvelle loi électorale permettant de donner à la Polynésie française les conditions d’une stabilité dans son fonctionnement, et c’est la situation politique du moment qui lui dictera oui ou non s’il faut une élection ou pas”.

Et est-ce le cas ?

“Personnellement je vais demander ce renouvellement par anticipation, bien sûr, pas avec la loi électorale actuelle. D’abord tous les partis ne sont pas près donc il faut un temps minimum pour pouvoir préparer tout le monde à la campagne électorale.”

Vous ne partez pas en tout cas avec un message commun de cette réunion ?

“Si, il y a un message commun que j’ai tiré de cette réunion : il ne faut surtout pas de liste unique ni de circonscription unique pour préserver les archipels et leur identité, leurs valeurs. Ça, ça a été clair et net. Sur le nombre d’élus à l’assemblée, bien sûr les avis sont partagés. On peut les réduire à condition encore une fois qu’on ne touche pas numériquement à la représentation des archipels… Voici des grandes lignes, c’est déjà pas mal. Il faut maintenant savoir vers quel mode de scrutin on se dirige”.

Vous allez rencontrer la direction de l’AFD à Paris, on ressent un changement de politique locale de l’Agence française de développement, qu’allezvous attendre concrètement de la part de l’AFD ?

“Un changement de la politique locale de l’AFD ! J’estime que le représentant local de l’AFD n’accompagne pas le Pays dans sa volonté de se prendre en main, de se développer. Quand on refuse le financement de projets hôteliers, moi je dis : “Non ! On n’a rien compris de la Polynésie française. Au motif qu’il y a moins de touristes, sauf que dans deux ou trois ans, il n’y aura peut-être pas assez de chambres ! J’irais expliquer et lever tous les quiproquos entre la direction de l’AFD et la Polynésie”.

Il y a également le sujet du prêt prévu au budget 2010 de l’AFD…

“Tout à fait, nous avons prévu pour financer le budget 2010, 5 milliards de Fcfp de prêt à l’AFD au budget général d’investissement qui représente 49,5 milliards de Fcfp. Mais pour l’instant, l’AFD n’a pas donné la moindre réponse. La ministre Lagarde m’a écrit en disant que ce prêt de 5 milliards sera accordé à condition que les recommandations du rapport Bolliet soient adossées au déblocage du prêt. J’ai expliqué à l’AFD les propositions que je fais pour le budget 2011. Au collectif, on ne peut pas prendre en compte l’ensemble des recommandations.”


BRUNO SANDRAS, député

“Nous avons montré notre incapacité à nous retrouver”

Êtes-vous parvenu à un consensus sur la réforme électorale à l’issue de cette réunion ?

“Non, parce qu’encore une fois nous avons montré notre incapacité à nous retrouver sur des sujets essentiels. À titre personnel, je ne me sens pas mandaté par qui que ce soit à Paris la semaine prochaine. Cependant, je vais aller écouter puisque tel était le sens de la lettre que j’ai reçue de Madame Penchard. Elle va nous donner les pistes d’orientation du rapport Barthélemy. Par contre, j’ai plaidé aujourd’hui pour un nouveau retour, très rapidement, une nouvelle réunion afin de faire en sorte que toutes les formations politiques viennent avant que Madame Penchard revienne nous voir. Car franchement, ça c’est un sujet où il n’y a pas de raison de faire de la politique politicienne. Mais, malheureusement, par l’absence de beaucoup aujourd’hui, nous avons démontré notre incapacité et je trouve que c’est ça qui est dommage.”

Quels sont les points de divergence ?

“On n’a même pas parlé de points de divergence et de points de convergence, on était trop peu ce matin. J’ai initié la démarche en janvier, j’ai vu que peu sont venus, trois fois. J’ai pensé que parce que c’était le président, d’autres allaient venir, mais pas plus, encore moins. Et donc c’est dommage. La semaine prochaine, bien malin celui qui devant le ministre va vouloir s’exprimer au nom de toutes les formations politiques. Moi, je ne suis même pas invité en tant que président de mon parti mais en tant que parlementaire. Je vais donc écouter et très rapidement au retour, travailler sur les propositions et sur les pistes, c’est ça qui me paraît important. Je pense qu’il faut que l’on arrête à un moment donné de tirer la couverture à soi. Dans notre pays malheureusement dès qu’on essaie de faire des choses en commun, ça ne marche pas.”

Qu’avez-vous fait au final ce matin pendant deux heures si vous n’avez pas parlé de convergence ou de divergence ?

“ Chacun s’est exprimé à nouveau en regrettant qu’aujourd’hui, quelques jours seulement avant le départ, certains ont voulu se démarquer. Ceux qui ne sont pas là aujourd’hui. On n’était que sept formations politiques sur 26. Vous faites donc le compte de ceux qui n’étaient pas là. C’est dommage.”

Et ceux qui étaient là, ils ne voulaient pas non plus se démarquer à leur façon finalement ?

“Je ne parle qu’en mon nom. Je ne sais pas quelle est la position des autres qui vont partir. Ce que je viens de vous dire c’est ce que je viens d’annoncer devant tout le monde. À un moment donné, ce texte viendra à l’Assemblée nationale, en tant que député, je ne vais pas plaider pour mon parti mais je vais essayer de déposer des amendements qui reflètent la position de la majorité. Encore faut-il qu’ils viennent tous aux réunions !”

Vous n’avez pas peur que Paris impose un nouveau mode de scrutin ?

“Si tout le monde continue à ramer tout seul dans son camp, on ne pourra pas m’empêcher d’avoir essayé trois fois de suite de rassembler tout le monde. Alors certains regrettent aujourd’hui des initiatives un peu tardives, mais il fallait le faire depuis janvier. Évidemment, dans notre pays, dès que quelqu’un veut faire quelque chose tout de suite on essaie de politiser à outrance. On part avec aucune une idée consensuelle ni générale.”

Le sénateur Gaston Flosse, il est venu aujourd’hui ?

“Oui, il est venu et il est parti. Il ne s’est pas exprimé.”


ÉDOUARD FRITCH, président délégué du Tahoeraa, vice-président du Pays

“On s’y est pris un peu tard”

Que retenez-vous de cette réunion qui devait atteindre ce qui avait été présenté comme la recherche d’un consensus ?

“… Le souci était de tenter ensemble d’avoir au moins une même vision des orientations de cette nouvelle loi électorale avant que nous nous déplacions à Paris. Même si ce déplacement à Paris n’aboutit pas à des propositions. La ministre veut nous consulter sur le rapport qui a été fait. Malgré cela, nous avons quand même souhaité essayer de regrouper nos visions : un tour ou deux tours, six circonscriptions ou dix circonscriptions, etc. Ce qui sort de la réunion d’aujourd’hui, d’abord c’est un peu dommage tout le monde n’ait pas répondu à cette invitation, c’est malgré tout, pour ceux qui sont venus, ce souci qu’une position commune est réelle.”

Y êtes-vous arrivé à cette position commune ?

“Non, parce que nous n’avions pas le temps. À vrai dire, je crois qu’on s’y est pris un peu tard. Nous attendions le feu vert de Paris sur le début des discussions là-dessus. On s’y est pris un petit peu tard, il faut le reconnaître, mais l’ensemble pratiquement a demandé et s’est mis d’accord sur le fait que dès le retour de Paris, une deuxième réunion puisse se tenir avec d’autres informations qui seront celles de la commission Barthélemy. Et puis à ce moment-là, voir comment nous pourrions converger tous vers une proposition.”

Le bilan de toutes ces réunions est donc un peu faible…

“Non, pour ce qui me concerne, je suis agréablement surpris sur certaines volontés communes. La première étant de faire cesser cette instabilité dans notre pays. Tout le monde a accepté. Tout le monde n’a pas la solution, c’est difficile parce que ça va faire la troisième modification de cette loi électorale depuis 2004. (…) C’est assez mitigé mais positif sur la démarche. Je crois qu’on vient de faire un pas important. Vous connaissez ma position sur ce regroupement vers lequel on devrait tendre et aboutir. J’ai envie de dire que ça, ce sont les prémices.”

Patrice Lafforgue
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Commentaires anonymes

01/09/2010 à 14h57

A-t-on réellement les représentants qu'on mérite ???

Bleus, oranges, rouges, jaunes, verts, mauves, ils sont tous marrons !

Légal

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