L’UDSP sort,les autonomistes votent

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Publié le lundi 08 mars 2010 à 10H57

NUCLÉAIRE. 35 voix pour un avis défavorable… L’unanimité attendue n’aura pas eu lieu sur l’avis défavorable voté samedi par l’assemblée, concernant le décret d’application de la loi Morin. Entre s’afficher en accord sur un sujet qui lui est cher avec une majorité qu’elle veut renverser, ou se radicaliser en boycottant le vote, l’UDSP a choisi la seconde option.

L’ESSENTIEL

  • Si la loi Morin donne les grandes lignes, c’est le décret d’application qui en est la substance décrétant le nombre de maladies concernées par les remboursements, les zones, les procédures…
  • Gaston Tong Sang entend former une délégation pour porter à Paris l’avis défavorable, mais surtout les modifications que l’assemblée souhaite apporter concernant le décret
  • Oscar Temaru a déclaré : “Il suffit que les 57 élus de cette assemblée déclarent ce pays souverain et indépendant et ce dossier est transmis devant la Cour internationale de justice”

Si la majorité voulait radicaliser l’UDSP, faire jaillir le clivage indépendantiste/autonomiste et en cela démarquer la formation convoitée de Jean-Christophe Bouissou en vue de sa future intégration, c’était LE sujet qu’il fallait mettre sur la table : le nucléaire. Et rien de tel qu’un petit avis à l’assemblée de la Polynésie, à peine consultatif et hors délai, qui n’était pas obligé de passer par la case assemblée et dont l’État peut très bien se contenter d’en prendre seulement acte. Car à ce petit jeu, l’UDSP s’est retrouvée enfermée dans son idéologie. La lecture des événements force à constater que la formation menée par Oscar Temaru est apparue embarrassée tout au long des deux séances à l’assemblée qui ont finalement conduit samedi au vote d’un avis défavorable concernant le décret de la loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires.

L’UDSP qui se veut la vitrine politique du discours des victimes du nucléaire s’est vue confisquer son thème favori, invitée (à peine) à venir unir ses voix pour un vote à l’unanimité annoncée. Mais c’était trop demander à l’UDSP… Samedi, la formation s’est recroquevillée sur ses fondamentaux idéologiques en critiquant lourdement les années nucléaires ainsi que l’État avant de quitter l’hémicycle pour ne pas participer au vote. Il faut dire que le choix n’était pas simple pour une UDSP dont le leader n’a de cesse de dire que la motion de défiance est toute proche : soit se contenter de se mêler aux voix d’une majorité qu’elle veut renverser, soit utiliser l’hémicycle comme une tribune avant de boycotter le vote. La seconde option a prévalu.

Tout a commencé jeudi, jour prévu pour la séance. Après une heure et demie de réunion, l’UDSP, voyant que la toujours frêle majorité n’atteindrait pas le quorum, décide de ne pas siéger. Un petit jeu connu, qui a ses adeptes et une règle simple : “C’est à la majorité de faire le quorum”. La séance a donc été reprogrammée pour samedi, sans qu’un quorum soit nécessaire. L’UDSP presque au complet s’est alors employée à dénoncer les essais, leurs conséquences et l’attitude de l’État. Mais la ligne n’a pas changé : ne pas s’afficher en accord avec la majorité sur un sujet qui figure au premier plan des revendications indépendantistes. La majorité n’en attendait peut-être pas tant… Oscar et ses fidèles sortant de l’hémicycle laissant les autonomistes entre eux dont Jean-Christophe Bouissou et Ia Ora te Fenua pour voter le texte.

Un texte qui a été surtout l’occasion pour chaque formation politique de se positionner sur le fait nucléaire. Le Tahoeraa était attendu sur la question puisque son leader, Gaston Flosse, a défendu bec et ongles, dans le milieu des années quatre- vingt-dix, la politique des essais nucléaires. Mais il est vrai qu’on l’avait… “trompé”, comme il déclara sans sourciller en novembre 2008. On comprendra alors que dans l’intervention de René Temeharo il n’y ait pas eu un mot sur cette période… Le président du groupe orange à l’assemblée a estimé, entre autres, que le problème se plaçait sous un volet financier observant que “l’État entend faire des économies sur le dos des victimes des essais nucléaires”. Mais les mots les plus forts, sont venus sans surprise des bancs bleu ciel. Petit florilège : “Il n’y a même pas eu une minute de silence pour tous les Maohi sacrifiés sciemment” (Tina Cross) ; “c’est un acte criminel de la France par rapport aux Polynésiens” (Antony Géros) ; “transmettre ce dossier devant la Cour internationale de justice, c’est aussi simple que ça et non pas faire comme je viens de dire, on ressemblerait à des chiens chihuahua qui aboient et quand son maître dit “tais-toi couché” et bien on se couche…” (Oscar Temaru). L’assemblée reprendra ses travaux mercredi en session extraordinaire avec le très attendu collectif dédié aux victimes des catastrophes naturelles récentes…

PL

Entretien Oscar Temaru

“Traduire la France devant la Cour internationale de justice”

Vous avez décidé de ne pas participer au vote. Pour quelle raison ?

“Je pense que nos élus n’arrivent pas à dépasser le cadre de cette institution. Nous sommes 57 élus de ce pays. Nous avons la solution entre nos mains. Il suffit aujourd’hui de déclarer ce pays, État souverain et indépendant et de traduire la France devant la Cour internationale de justice. Transmettre ce dossier devant la Cour internationale de justice, c’est aussi simple que ça et non pas faire comme je viens de dire, on ressemblerait à des chiens chihuahua qui aboient et quand son maître dit “tais-toi couché” et bien on se couche.”

Il semblait toutefois qu’il y avait une certaine unanimité sur ce dossier du nucléaire…

“Vous avez compris ce que je viens de vous dire ? Aujourd’hui on déclare au sein de cette assemblée, les 57 élus, ce pays est un État souverain et indépendant. C’est terminé ! Et on devient membre des Nations unies. “

Vous étiez président du Pays, vous ne l’avez pas fait !

“…Ce n’est pas à une seule personne de le faire. Je n’ai pas une majorité pour pouvoir le faire. Je pense avoir été assez précis. Il suffit que les 57 élus de cette assemblée déclarent ce pays souverain et indépendant et ce dossier est transmis devant la Cour internationale de justice, si on veut connaître toute la vérité.”

C’est presque une déclaration de guerre…

“Ce n’est pas une déclaration de guerre, ce sont les droits de l’homme qui nous permettent cela.”

Concernant la motion de défiance, vous dites qu’elle est toujours dans les tuyaux, que vous avez les 29, manifestement vous n’avez pas ce nombre d’élus, Ia Ora te Fenua a souvent répété qu’il ne voterait pas la motion…

“On verra ça, ce jour-là !”

Quel jour ?

“Quand on aura le réquisitoire de M. le procureur qui tarde quand même à venir.”

Mais M. le procureur n’est pas la 29e voix, il vous faut des voix d’élus !

“Je voudrais mettre tous les élus devant leur responsabilité, donc le réquisitoire du procureur qui est quand même le ministère public, donnera son analyse juridique, sa vision des choses, et là on sera fixé !”

Zoom

Les modifications souhaitées

Les modifications que souhaitent apporter les représentants au projet de décret sont que : - la zone géographique sur laquelle s’établit la présomption de causalité soit étendue à toute la Polynésie française ; - la liste des maladies couvre l’ensemble des pathologies radio-induites ; - les frais de déplacement et d’hébergement du demandeur et sa perte de salaire ou de gain soient à la charge du ministère de la Défense ; - le rejet implicite en cas d’absence de décision du ministre de la Défense dans un délai de six mois soit supprimé et soit remplacé par une acceptation implicite d’indemnisation ; - le délai de versement de l’indemnisation par le ministère de la Défense soit précisé et fixé à deux mois. En cas de rejet de la demande d’indemnisation, les frais judiciaires engagés éventuellement par le demandeur seront à la charge du ministère de la Défense ; - la charge de la preuve prévue à l’article 8 du projet de décret soit inversée et soit conforme à l’esprit de la loi du 5 janvier 2010 ; - les délais prévus pour les expertises soient allongés de deux mois pour tenir compte des contraintes liées à l’éloignement et aux durées de séjour inhérentes ; - la Polynésie française soit représentée dans le comité d’indemnisation ; - les associations polynésiennes de victimes soient représentées à part entière au sein de la commission consultative de suivi des conséquences des essais nucléaires.

GASTON TONG SANG, président du Pays

Oscar “occulte complètement le choix du peuple”

À quoi cela sert de donner un avis consultatif et hors délai que l’État n’aura pas obligation de prendre en compte ?

“C’est un peu aller vite dans l’appréciation qu’aura l’État concernant l’avis. Je pense qu’un sujet d’une telle importance ne doit pas être considéré par l’État comme un sujet ordinaire (…). Il ne faut pas sortir des objectifs recherchés par la loi et son décret d’application. Il s’agit bien de réparer, de reconnaître les dommages causés aux victimes des essais nucléaires. Qu’on soit d’accord ou pas sur les essais, le débat est dépassé, il y a eu 193 essais on ne va pas revenir là-dessus. Est-ce que l’État en versant les 18 milliards de la DGDE a réglé sa dette nucléaire en disant “avec ça, développez votre pays et son économie” ? Je n’en sais trop rien mais la crise économique et financière a permis de mettre en évidence nos faiblesses, qu’il faut rectifier et on a besoin de l’État. Ce ne sont pas les 18 milliards de l’État qui nous suffiraient pour remettre le pays sur un nouveau chemin de son développement (…). Je propose à l’assemblée de constituer une délégation car c’est bien d’émettre un avis, c’est bien de défendre nos positions, c’est encore mieux d’aller le dire de vive voix devant le Premier ministre et pourquoi pas le président de la République.“

L’UDSP a refusé de participer au vote, à refuser de voter un projet de la majorité, comprenez-vous cette attitude ?

“Non pas du tout ! Je me demande d’ailleurs si l’association Moruroa e Tatou comprend cette attitude. C’est le moment de dire : ”Oui, nous voulons que les victimes des essais nucléaires soient bien indemnisées” (…). Qu’est-ce qu’on a fait pour ces victimes ? Qu’est-ce qu’on a fait pour faire avancer le pays ? Qu’est-ce qu’on a fait pour que le pays se développe économiquement bien ? Qu’est ce qu’on a fait pour remplacer les essais nucléaires dans notre machine économique ? C’est la question qui est posée. Tout le monde a profité du nucléaire. Certains, ici même dans l’assemblée, qui ont des outils de travail ont été montés grâce au nucléaire. Il y a même des temples qui ont été construits grâce à l’argent des travailleurs de Moruroa. La vraie question c’est : qu’avons-nous fait de cet argent ?“

Oscar Temaru souhaiterait que ce débat aille plus loin, à l’Onu, être indépendant et à l’assemblée de se déclarer aujourd’hui État souverain…

“Il occulte complètement le choix du peuple ! Il a toujours voulu que l’État nous accorde notre indépendance comme ça et règle tous les problèmes. (…) Quand il était au pouvoir avec les états généraux, il avait une occasion extraordinaire de lancer son accord de Tahiti Nui. Il y avait tous les ingrédients, il suffisait de prendre les résolutions des états généraux et dire à l’État : “Voilà ce que je veux pour mon pays”. Au contraire, dans son discours de clôture, il a complètement balayé d’un revers de main les travaux des états généraux…“

Sur le plan politique, la majorité tient toujours à une voix. Beaucoup de rumeurs accréditent la tendance selon laquelle Jean-Christophe Bouissou pourrait intégrer la majorité. Vous confirmez cette tendance ?

“J’ai toujours été pour l’ouverture. Le fait qu’il soit là avec le groupe entier à ce débat (…) marque très nettement, je ne dis pas son détachement du groupe UDSP… Il marque une différence très nette. Mais est-ce que pour autant on peut les intégrer dans la majorité ? On verra bien par le vote, le vote sur le nucléaire, le vote sur le collectif…”


JOHN DOOM, Moruroa e Tatou

“C’est le peuple et les victimes qui jugent”

On semblait se diriger vers une unanimité, finalement c’est le combat politique qui a pris le dessus, quel est votre sentiment ?

“Je me garderais bien de porter un jugement sur les élus du pays. Ce que je peux dire c’est que l’association Moruroa e Tatou ne varie pas dans sa détermination d’être auprès des victimes des essais nucléaires. La politique ce n’est pas de notre ressort et c’est le peuple qui jugera du comportement de nos hommes politiques.“

Mais trouvez-vous normal toutefois que l’UDSP n’ait pas participé au vote ?

“Je n’ai pas à juger du comportement des hommes politiques. Je ne suis pas politique, je suis dans une association qui défend les victimes. C’est le peuple et les victimes qui jugent les comportements des hommes politiques.“

Pour autant l’unanimité devait ressortir de ce débat…

“Mais c’est sur la manière de le faire que cela diverge. C’est déjà quelque chose de formidable que nos élus puissent être d’accord là-dessus. Et je dois dire que même si ce n’est pas son avis qu’on demande, je trouve que le gouvernement a bien fait de le porter dans cette assemblée (…). Ça nous intéresse de savoir ce que pensent nos hommes politiques, car c’est cela que nous voulons transmettre aux victimes, il ne faut jamais les oublier !“


PHILIP SCHYLE, président de l’assemblée de la Polynésie

“Ici les élus restent encore dans des débats purement idéologiques”

Quelle analyse faite vous du vote intervenu à l’assemblée mais surtout de l’absence de l’UDSP ?

“On a bien remarqué que l’UDSP est restée sur sa ligne idéologique. En revanche, je peux comprendre que stratégiquement l’UDSP n’ait pas voulu être enfermée dans ce qu’on pourrait qualifier une stratégie présidentielle, la stratégie du président de la Polynésie. Puisqu’on savait tous que l’avis allait être unanimement défavorable et je veux bien comprendre, mais encore une fois pour des raisons uniquement stratégiques, que l’UDSP ait préféré se démarquer.Même si foncièrement ils sont en accord mais stratégiquement et au niveau de l’affichage, ils devaient se distinguer…”

Le débat semble se bipolariser à nouveau entre autonomistes/indépendantistes, est-on en train de faire marche arrière ?

“En tout cas ce genre de débat ne règle pas les problèmes rencontrés par la population. Malheureusement et je le regrette, alors qu’on a des Polynésiens qui souffrent de la crise économique, ici les élus restent encore dans des débats purement idéologiques et àmon sens ça ne va pas faire avancer les choses.“


JEAN-CHRISTOPHE BOUISSOU, président de Ia Ora te Fenua

“Obligés de tenir compte du positionnement de notre assemblée”

Trouvez-vous une utilité au vote d’un avis qui est consultatif, qui n’était pas obligé de passer par la case “assemblée” et qui pourrait ne pas être pris en compte par l’État ?

“C’est un acte politique que de demander à l’assemblée son avis, même s’il n’est pas obligatoire, dans le processus de décision du gouvernement central. Mais je pense que si cet avis est donné dans les temps, avant que les décrets ne soient pris, le ministre Morin et le gouvernement dans son ensemble seront obligés de tenir compte du positionnement de notre assemblée et on verra par la suite si les recommandations que nous émettons seront prises en compte ou pas.“

Par rapport à la majorité, on vous a vu plutôt sur une autre ligne par rapport à Oscar Temaru, notamment jeudi où vous étiez présent à l’assemblée. Vendredi vous étiez avec Gaston Tong Sang à Tubuai, alors n’y a-t-il pas un démarquage par rapport au groupe UDSP ?

“Non, j’étais à Tubuai avec Chantal Tahiata qui représente l’UDSP, il y avait d’autres représentants du groupe de l’assemblée. Nous étions invités en qualité de président de groupe. Nous ne sommes asservis à aucun mouvement donc nous nous positionnons en fonction de nos convictions politiques (…) Il n’y a pas plus à comprendre de cette lecture qu’un groupe qui a son intégrité et qui fonctionne dans la manière dont on peut l’apprécier aujourd’hui.“

On se trompe si on dit que Ia Ora te Fenua pourrait faire partie en avril de la majorité ?

“Aujourd’hui nous avons un groupe clairement défini au sein de l’assemblée. C’est un groupe de personnes qui dans leur travail d’élu démontre une certaine forme d’indépendance, d’action et de pensées. Que voudrait dire appartenir à une majorité ? C’est adhérer à un processus avec d’autres groupes où on viendrait annihiler totalement ce que nous sommes et notre indépendance ? Non ! Nous sommes un groupe qui est un peu au centre du débat politique et des positionnements pour faire peut-être des majorités ou pas mais en même temps nous nous excluons le fait de rentrer dans un processus de désorganisation et de déstabilisation.“

Lucie Rabréaud
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Commentaires anonymes

13/03/2010 à 18h56

les maori et aborigènes n'ont que faire des batifolages de oscar temaru , ils n'ont pas attendu le tiamaraa , ils discutent d'éducation , de restitution de terres , de mise en place de projet de développement , de travail , de choses concrètes , qui font évoluer les maori et les aborigènes ,
le baratin çà suffit,
Salam Alikoum,
lumière,

Commentaires anonymes

08/03/2010 à 18h06

Oscar Temaru donne ici une nouvelle fois la mesure de son personnage, à savoir hâbleur, va t-en guerre, chaque fois bien sûr que ses déclarations n'ont aucune chance d'avoir le moindre écho à Paris mais aussi dans son propre pays où ses foucades irresponsables lassent, y compris au sein même de son propre parti.
Quant à la cour internationale de justice, il est assez dérisoire et curieux que le brave Oscar n'y pense pas pour les frères Maoris de Nouvelle Zélande ou pour les aborigènes d'Australie...Belle illustration d'indignation sélective!