GTS part à Paris demander des sous

Publié le vendredi 20 août 2010 à 11H52

FINANCEMENTS. Financer les communes, financer les projets d'investissement, financer le budget… Le Pays a besoin d'argent, mais les caisses sont vides. Du coup, le président du Pays part à Paris en chercher, sous forme de défiscalisation et auprès de l'AFD. Entretien.

L’ESSENTIEL

  • Gaston Tong Sang réclame toujours la tenue d'élections anticipées, faute de majorité stable et forte
  • Il pense que la loi sur la réforme électorale sera votée d'ici la fin de l'année
  • Le collectif n 5 sera étudié durant la session budgétaire qui commence le 15 septembre

Vous partez le 3 septembre à Paris, quels dossiers amenez-vous dans vos bagages ?

“Beaucoup de choses. D'abord les dossiers de défiscalisation : il ne faut pas que Paris, parce que nous sommes en crise et qu'il y a des problèmes dans le fonctionnement de nos institutions, sanctionne la Polynésie. Au contraire, il faut nous aider davantage. L'autonomie nous oblige à trouver par nos propres moyens le soutien aux projets économiques de la Polynésie française, mais ce n'est pas pour autant que l'État, au nom de l'autonomie, doit se retirer ou réduire ses efforts. J'y vais également pour rencontrer Marie-Luce Penchard sur la réforme de la loi électorale. J'aimerais aussi rencontrer le Premier ministre si cela est possible, ou du moins le ministre qui a la tutelle sur l'AFD (Agence française de développement, NDLR). Parce qu'il y a vraiment un sérieux problème avec l'AFD, ici en Polynésie française, qui a fait capoter le financement du projet du golf de Moorea, au motif que le tourisme ne reprend pas et qu'il ne faut donc pas financer des projets hôteliers. Je trouve que cet argument ne tient pas la route.”

Concernant la réforme de la loi électorale, pensez-vous que Paris va vous écouter ou que tout est déjà décidé ?

“Je n'ai aucune idée de la proposition, d'abord du rapport Barthélemy, ni de celle de Marie-Luce Penchard. Je pense que le président de la République va respecter son calendrier et que la loi sera votée à la session d'hiver pour qu'elle soit applicable à partir de 2011, ce qui ne veut pas dire qu'il y aura des élections en 2011.”

Est-ce que vous allez demander la tenue d'élections anticipées ?

“Je reste toujours sur ma demande d'élections anticipées tant qu'il n'y a pas de majorité claire et nette à l'assemblée, parce qu'on ne peut pas gérer le Pays. Et surtout, il nous faut dès 2011 engager des réformes de fond à tous les niveaux : la fiscalité, la protection sociale… Et on ne peut pas mener ces réformes avec une majorité bancale et incertaine, il faut une majorité forte. Sauf que d'ici là, la raison prenne le dessus, je ne sais pas comment on peut constituer une majorité stable jusqu'en 2013.”

Presque tous les ministres ont fait le déplacement à Moorea, une visite de terrain pour montrer le soutien du gouvernement aux communes ?

“Plus que du soutien, il s'agit d'annoncer à Moorea les grands projets du Pays pour la commune et dire à Moorea que nous souhaitons qu'elle devienne un véritable pôle de développement économique. Si on pouvait inverser le flux de population de Tahiti vers Moorea au lieu de Moorea vers Tahiti, on aurait gagné notre pari. Pour ce faire, il faut rejoindre l'idée du maire : Moorea doit être capable d'accueillir, d'ici 20 à 30 ans, 50 000 habitants. Il nous faut accompagner la mairie dans les services publics, soutenir les projets, et on n'a pas tellement le choix : il y a le tourisme et l'agriculture. Ce n'est pas dans un bureau climatisé qu'on pourra réaliser des projets sur 20 à 30 ans pour Moorea et la Polynésie, parce qu'en développant Moorea, indirectement, nous développons la Polynésie.”

Un certain nombre de questions ont été posées par le conseil municipal. On a senti le gouvernement un peu sur le reculoir, à savoir que la volonté est là, mais pas les moyens…

“C'est un raccourci qui n'est pas tout à fait juste. Ce que nous voulons dire, c'est qu'il y a un changement dans la façon d'aborder les projets. Il suffit de prendre l'exemple du bateau pour Maiao : la commande a été aidée pour acheter un bateau pour assurer certes un service public pour la population de Maiao, mais au bout de quelques mois et années d'exploitation, on se rend compte que c'est déficitaire. Je crois que ce problème aurait dû être réglé avant de mettre le bateau en circulation. Dorénavant, j'ai dit aux communes qu'il faut préparer des projets pérennes. Une activité qui vit de l'aide publique est une activité qui est appelée à disparaître, ce n'est pas possible. On n'est plus dans cette période, où on pouvait financer et subventionner tout.”

Vous avez soutenu le vaste projet hôtelier du golf, est-ce qu'il ne s'agit pas d'un projet trop grand pour la taille de Moorea et de la Polynésie ?

“Ce n'est jamais assez grand, si on veut dépasser la masse critique pour générer du trafic. Je crois que 250 chambres à Moorea, et l'hébergement –ce qui représente entre 500 et 600 unités de logement dans la zone du golf– est un véritable projet qu'il faut soutenir. Et en tout cas, le Pays soutient à fond. J'aimerais aussi que les banquiers nous accompagnent, parce qu'en défiscalisation, nous mettons pratiquement 30 à 40% du coût du projet alors que les banques n'interviennent qu'à hauteur de 15%. C'est le dernier coup de pouce pour que l'hôtel puisse sortir de terre.”

Propos recueillis par CV

Zoom

Session budgétaire sous haute tension

Le président du Pays n'a pas encore finalisé le collectif n°5 qui sera examiné durant la session budgétaire qui commence le 15 septembre. Mais ce qui préoccupe le plus Gaston Tong Sang, c'est l'élaboration du projet de budget 2011. Il a prévu une réunion d'information le 1er septembre avec les élus de l'assemblée, “non pas pour obtenir leur aval, mais pour informer la représentation de l'assemblée, sur l'état d'avancement de nos travaux de préparation du budget 2001”, tient-il à préciser, notamment suite à l'article paru récemment dans Les Nouvelles donnant les grandes lignes de sa lettre de cadrage adressée aux ministres et aux services. Préoccupé, mais pas inquiet malgré les déboires connus pas les deux derniers collectifs, modifiés de fond en comble par l'UPLD et le Tahoeraa, Gaston Tong Sang déclarait hier : “Je m'attends à tout, mais on ne peut pas avoir peur. Par contre, si on ne se prépare pas à tout, c'est une faute politique. Au moment où on a besoin de faire redémarrer l'économie, celui qui prendra la responsabilité d'enfoncer le pays encore plus le paiera cher aux élections”.

Caroline Vauchère
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