Gaston Tong Sang se démarque de Barthélemy

Publié le mardi 07 septembre 2010 à 09H54

PARIS. La ministre chargée de l’Outre-mer a débuté ses consultations auprès des responsables politiques polynésiens. Hier, Marie-Luce Penchard a reçu le président Gaston Tong Sang qui s’est montré critique sur de nombreuses réformes du statut proposées par la mission Barthélemy.

L’ESSENTIEL

  • Le président du Pays a été reçu par Marie-Luce Penchard hier au sujet de la réforme du scrutin
  • Gaston Tong Sang insiste pour donner une légitimité électorale directe au président de la Polynésie. Quant aux élections anticipées, il avance que “c’est au président de la République et au Parlement de décider”
  • Il s’oppose par ailleurs à la réduction du nombre de représentants à l’APF, refusant de toucher “à la représentation des archipels”
  • Représentation des archipels

Le conseiller d’État Jacques Barthélemy et les deux missionnaires qui ont remis leur rapport à la ministre de l’Outre-mer, début juillet, préconisent de passer de 57 représentants à 45. Gaston Tong Sang n’est pas d’accord : “Il n’est pas question de toucher à la représentation des archipels”. Il refuse de voir le nombre de représentants de chacun des archipels éloignés (Tuamotu-Ouest, Tuamotu-Est Gambier, Australes et Marquises) passer de trois à deux, avançant la raison du développement économique. Il estime que “le projet ne doit pas être uniquement politique, il faut inscrire la Polynésie dans un schéma de développement économique. Le seul secteur où l’on peut développer des ressources endogènes, et c’est la politique du président de la République, c’est les archipels. La pêche, les perles, le tourisme se trouvent dans les archipels”.

Le président du Pays reconnaît néanmoins qu’il faut rééquilibrer la représentation. “Il ne faut pas imaginer un mode de scrutin qui élimine certains pour favoriser d’autres. On peut réduire le nombre d’élus de manière intelligente”. Gaston Tong Sang veut “préserver les fondamentaux de l’autonomie. On ne peut pas tout dicter de Paris. Il faut laisser un espace de liberté aux élus polynésiens”. Selon lui, la Polynésie a la capacité de gérer la crise. En faisant référence aux Antilles, il a déclaré : “Il n’y a pas de crise sociale en Polynésie. C’est la seule collectivité d’Outre-mer où Paris peut dormir sur ses deux oreilles. On n’a pas dépêché des ministres pour régler les problèmes sociaux. On n’a pas cassé les pieds à Paris avec nos crises sociales. On les règle nous-mêmes. On n’a pas besoin de Paris pour fixer le prix de l’essence à la pompe. On a besoin de Paris pour nous accompagner dans nos projets de développement économique”.

  • Mode de scrutin

Gaston Tong Sang est favorable à la prime majoritaire. Il veut deux tours et que chaque parti ait le temps de voir s’il faut s’allier ou pas au second tour. Il souhaite “que la majorité élue à l’assemblée dégage véritablement la représentation démocratique exprimée par les électeurs”. En 2008, To Tatou Ai’a avait remporté les élections, mais une alliance détournant le choix des électeurs, entre Gaston Flosse et Oscar Temaru l’avait empêché de former le gouvernement.

  • Élection du président de la Polynésie

Le leader du To Tatou Ai’a insiste pour que le futur président de la Polynésie française ait une légitimité. “Il n’y a pas de stabilité si on ne donne pas une stabilité à la fonction de la présidence de la Polynésie française”. Il a donc ressorti son idée d’un président élu au suffrage universel direct, en plus d’une autre idée : le premier de la liste arrivée en tête serait élu automatiquement président de la Polynésie. Les Polynésiens voteraient pour une liste pour la composition de l’assemblée et pour un président. Gaston Tong Sang indique que “si on laisse chaque élu de l’assemblée élire un président, la stabilité n’est pas assurée”. “Ça peut aussi être une élection directe. Bien sûr, le mot suffrage universel fait peur à tout le monde parce qu’on aurait l’impression qu’il y a deux présidents au sein de la République française. On ne va quand même pas comparer la Polynésie à une République…”. Le rapport Barthélemy écarte ces deux possibilités. Gaston Tong Sang fait appel au droit à “l’expérimentation et à l’innovation”.

  • Deux mandats consécutifs pour le président

Le rapport propose de limiter à deux mandats consécutifs la fonction de président de la Polynésie. Gaston Tong Sang y est favorable : “Deux mandats cela suffit. Un mandat c’est déjà épuisant” a-t-il lâché.

  • Élections anticipées

“C’est au président de la République et au Parlement de décider. Je pense qu’on ne peut pas gérer un pays sans majorité. C’est ce que je fais actuellement, j’arrive malgré tout à faire avancer des gros dossiers, dit-il reconnaissant que “ce n’est pas confortable, ce n’est pas facile. On peut aussi imaginer qu’une majorité se dégage demain matin, qui va porter la nouvelle loi électorale jusqu’à son terme.”

  • Motions

Le rapport Barthélemy propose de réduire les possibilités et conditions de la motion de défiance. Dans le cas d’une assemblée passée à 45 représentants (contre 57 actuellement), il faudrait que la motion soit déposée par la majorité absolue des membres : pour passer, elle devrait être votée par une majorité des 3/5e. Sur le modèle calédonien, la même règle est proposée pour la motion de renvoi budgétaire. Gaston Tong Sang considère que ces propositions font “un peu artifice” et propose d’asseoir les deux institutions : assemblée et présidence de la Polynésie grâce à l’élection.

  • Retour des ministres à l’assemblée

Le rapport Barthélemy se prononce pour l’interdiction à un ministre de retrouver son poste de représentant à l’assemblée en cas de renversement du gouvernement. Une mesure qui semble difficile à faire accepter aux Polynésiens. Gaston Tong Sang prend exemple sur la métropole : “Un ministre peut redevenir député, je ne vois pas pourquoi un ministre polynésien ne pourrait pas redevenir élu à l’assemblée”. Depuis décembre 2008, un texte permet aux ministres qui perdent leur portefeuille de retrouver automatiquement leur siège de député, de sénateur ou d'eurodéputé, dans un délai d'un mois après leur départ. Auparavant, les ministres sortants devaient attendre la démission de leur suppléant et une élection partielle pour éventuellement retrouver les bancs de l'Assemblée.

  • Compétence fiscale

Le rapport préconise de revenir sur la pleine compétence fiscale de la Polynésie française afin de permettre à la loi de définir le régime des impositions propres aux communes. “C’est un faux problème, affirme Gaston Tong Sang. Ce n’est pas la loi qui permettra de faire avancer ce dossier, c’est une volonté politique. Les maires savent que je suis pour cette réforme de la fiscalité et pour donner plus d’autonomie aux communes. Je suis le premier à dire que l’impôt foncier doit devenir un impôt communal et non pas du Pays”. Interrogé sur le fait que d’autres, comme Gaston Flosse et Oscar Temaru, n’ont pas forcément la même vision, Gaston Tong Sang répond simplement qu’“ils seront sanctionnés plus tard par les électeurs ou les maires”.

David Martin (Agence de presse GHM)

ÉDOUARD FRITCH, vice-président et président délégué du Tahoeraa

“Qu’on devienne un peu sérieux en Polynésie”

Que pensez-vous de la synthèse du rapport Barthélemy qui vous a été remise ?

“Je pense que monsieur Barthélemy a sa vision des choses. Il n’est pas resté suffisamment longtemps pour se faire une réelle idée des causes de l’instabilité. Il y a d’autres solutions, il les avait suggérées luimême. Mais apparemment, il n’en a pas tiré les conclusions que nous attendions.”

Quelles étaient-elles ?

“Tout faire pour qu’émerge en Polynésie française une nouvelle classe politique. Tout faire pour que l’on donne plus de chances à certains maires, freiner ces listes qui permettent aux grosses machines politiques de placer des gens à l’assemblée. Nous avons quelques idées, comme le partage de la grosse circonscription des îles du Vent en plusieurs morceaux, quatre ou trois. Cela permettrait à d’autres élus potentiels de monter à l’assemblée. Cela équilibrerait les circonscriptions entre elles. Aujourd’hui, il y en a une qui fait 75 000 électeurs et les autres qui sont à 5 000 ou 6 000.”

Votre sentiment à la sortie du rendez-vous avec François Baroin ?

“J’ai beaucoup apprécié cet entretien. Il a gardé sa fibre Outre-mer. On a rencontré là un avocat potentiel pour les dossiers de la Polynésie française. Il a bien précisé qu’il n’avait pas tous les moyens pour répondre aux multitudes de demandes exprimées par M. Tong Sang sur la défiscalisation et sur les difficultés que nous avons avec les bailleurs de fonds. Il nous a promis tout son soutien pour que la Polynésie française puisse retrouver au moins les moyens de la commande publique. Nous avons de gros problèmes sur le budget du Pays. Nous allons commencer à faire de gros efforts dans le sens souhaité par l’inspection générale des finances qui est passée en Polynésie. Nous avions même commencé avant qu’elle ne dépose ses conclusions. Aujourd’hui, on est un peu en panne parce que les entreprises n’ont pas de travail, il y a peu d’investissements, les banques sont devenues frileuses, on les comprend, l’instabilité politique a eu ses conséquences. Mais il faut que l’État continue de nous accompagner et ne nous abandonne pas, que les bailleurs de fonds institutionnels, en clair que l’AFD soit un peu plus franche avec la Polynésie. Les retraités, deuxième source de revenus de la Polynésie, ont été désindexés, un millier de militaires s’en vont avec quelques milliards de Fcfp. Les choses s’accumulent. C’est un appel au secours. On n’a pas demandé de subventions, on veut un accompagnement.”

Justement, le rapport Barthélemy propose de revenir sur la compétence fiscale.

“Je ne sais pas qui a donné à M. Barthélemy ce genre de conseils. Je crois que c’est la dernière chose à laquelle il faut toucher. En touchant à cette compétence ils vont remettre en cause l’autonomie. Je crois que ce serait maladroit de la part de l’État d’aller jusqu’à ce point, surtout en arguant le problème des communes. Avec le président Tong Sang nous avons prévu de lancer les travaux en septembre. Le financement actuel est basé sur la solidarité. Si on transfère, par exemple, l’impôt foncier sur chaque commune, que vont devenir Pukapuka ou Napuka ? La grande majorité est consciente que ce serait toucher à un équilibre dangereux.”

S’il n’y a pas d’élections anticipées et que la loi rend plus difficiles les changements d’alliance, peut-on s’attendre à un nouveau changement de majorité d’ici la fin de l’année, début d’année prochaine ?

“C’est un sujet très sérieux. On a fait un changement de la loi électorale en 2004. On a refait un changement en 2008. À chaque fois ça a donné ce que vous connaissez. Le président Tong Sang et nous-mêmes allons demander à Mme Penchard de prendre son temps pour faire la réforme”.

Faut-il une élection anticipée ou pas ?

“En 2004 il y en a eu une. En 2008 aussi. Jamais deux sans trois. Il faut qu’on devienne un peu sérieux en Polynésie, un peu adultes. Ça suffit. La loi prévoit cinq ans. Les électeurs ont voté pour cinq ans. Trouvons les solutions pour aller jusqu’au bout du mandat, pour nous préparer à de nouvelles élections. Faisons les choses dans l’ordre.”

Propos recueillis par David Martin (Agence de presse GHM)

Tong Sang veut que Bercy mette la pression sur l’AFD et les banques

Gaston Tong Sang n’a annoncé rien de concret à la sortie de son entretien avec le ministre du Budget, François Baroin. Le président du Pays a obtenu “le soutien franc” du ministre sur la défiscalisation et sur les relations avec l’Agence française de développement (AFD). “Nous ne sommes pas venus à Paris pour quémander des subventions, nous sommes venus réclamer notre droit aux sources de financement”, a déclaré Gaston Tong Sang. Ces dernières semaines, le président a tenu des propos sévères envers l’AFD. Celle-ci a rejeté des demandes de financement, notamment pour la construction d’hôtels, que ce soit directement ou indirectement via la banque Socredo, dont elle est actionnaire à 50% avec le Pays. L’AFD s’étonne de ce type de demandes alors que le tourisme est en berne et que des hôtels ferment. Un connaisseur du dossier note que le Pays, l’État, l’AFD et les banques sont finalement ceux à qui l’on demande de prendre le plus de risques, les investisseurs apportant au final peu de fonds propres. Pour Gaston Tong Sang “sans ces moyens financiers, on ne pourra pas débloquer les projets” comme le golf deMoorea de 15 milliards de Fcfp ou encore les 10 milliards de prêts pour boucler le financement du budget du Pays. Des dossiers qu’il a également évoqués avec Marie-Luce Penchard. Alors que les niches fiscales outre-mer sont souvent montrées du doigt pour “l’effet d’aubaine” qu’elles produisent, Gaston Tong Sang n’a pas obtenu de garantie de François Baroin sur leur maintien au niveau actuel. À défaut de promesse, l’ancien locataire de la rue Oudinot aura embrassé chaleureusement Gaston Tong Sang et Édouard Fritch à l’issue de leur entretien. C’est déjà ça…


Le Tavini favorable à des élections anticipées

Le Tavini sort l'artillerie et se positionne pour des élections avant 2013. Après les sons de cloches parisiens pas tellement en accord avec des élections anticipées, le Tavini prévient que “conserver le statu quo, c'est aggraver la situation des plus démunis, c'est se moquer de ceux qui perdent espoir”. Le parti indépendantiste va plus loin, estimant que le Pays “ne peut pas poursuivre deux années de plus avec un gouvernement sans majorité”. S'il y était réservé auparavant, préférant que le fruit tombe de lui-même, le parti bleu ciel parle désormais ouvertement d'un possible changement de gouvernement. Car ce “statu quo”, c'est “encourager un énième renversement du gouvernement”. “Le but serait-il de mettre le fenua maohi sur les genoux pour mieux le tenir et redorer le rôle de sauveur de l'État ?”. Selon le Tavini, “à Paris, la priorité n'est pas les Polynésiens mais que la Polynésie reste française”.


Élections anticipées ? “Pas une priorité” pour le Vieux lion

Dans une interview publiée sur le site orange, le sénateur ne se montre pas chaud pour des élections anticipées, estimant notamment que “la réforme de la loi électorale ne signifie pas qu'une fois adoptée elle induise obligatoirement le déroulement d'élections anticipées”. Il ajoute que de telles élections “ne nous semblent pas une priorité”. Après que le Tahoeraa a perdu la majorité de ses électeurs et soit arrivé troisième aux territoriales de 2008, il est certain que si président-forever veut revenir aux manettes, la motion de défiance pourrait lui être plus utile. Parti ce week-end à Paris, Gaston Flosse se dit favorable à une prime majoritaire “de 17%, soit neuf sièges”. Le Vieux lion ne bouge pas d'un iota par contre pour découper en quatre les îles du Vent, une mesure qui n'a pas été retenue par le rapport Barthélemy.


JCB : “Une nouvelle élection ne changerait pas grand-chose”

Le site Tahiti Today publiait samedi une interview du patron de Ia Ora te Fenua. Au cours de ce long entretien on apprenait notamment que Jean-Christophe Bouissou ne semble pas favorable à une élection anticipée. “Je me range à la position de l’État car je pense que pour l’instant une nouvelle élection ne changerait pas grand-chose. Je suis tous les soirs sur le terrain depuis plus deux mois. Il me faut plusieurs mois encore pour ‘labourer’ partout. Aussi, je ne suis pas pressé. Mais s’il le faut, nous serons prêts demain” a-t-il déclaré.


Les îliens contre la réduction de sièges

À l'annonce par le rapport Barthélemy d'une possible réduction du nombre de sièges des archipels qui pourrait passer de trois à deux, Te Mana o te Mau Motu tient à faire connaître son désaccord. Les îliens qui le composent “contestent vigoureusement le projet de réduction de la représentation des archipels au sein de l'assemblée de la Polynésie”. “L’analyse développée par le rapport ne correspond ni à la réalité polynésienne, ni à l’éclatement géographique du Pays”, selon eux. Cette réduction éventuelle fait courir le risque pour ces élus “de voir Tahiti imposer son point de vue aux autres îles et à ses habitants”. Ils invitent par ailleurs Marie-Luce Penchard à “venir à Papeete pour en discuter. Ne refaisons pas l'erreur, préviennent-ils, d'un texte imposé depuis Paris et contre l'avis de la majorité des élus représentant les Polynésiens”.

David Martin
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