“Le président doit passer le flambeau”

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Publié le samedi 25 avril 2009 à 11H29

TAHOERAA. C'est fait ! Après des années de “j'y vais j'y vais pas”, second-forever veut devenir le “first orange”. Comprenez Édouard Fritch a officiellement demandé hier à Gaston Flosse qu'il rende les clés de la présidence Tahoeraa. Une révolution dans ce parti, qui se joue sur un air de motion de défiance puisque si le Vieux Lion n'obtempère pas c'est le Grand conseil qui tranchera.

L’ESSENTIEL

  • Révolution dans la maison orange : “fiston” Fritch a demandé à “papa” Flosse de “passer le flambeau à une nouvelle équipe de direction”
  • Un passage à l’acte historique, soutenu selon Édouard Fritch par près de “80% des élus”
  • S’il n’est pas écouté, Édouard Fritch entend aller devant le Grand conseil pour qu’il prenne position mais “ne souhaite pas arriver à cette extrémité” car “ne souhaite pas un désaveu collectif du président”

Ça faisait plusieurs jours qu'Édouard ne lui répondait plus au téléphone. Plusieurs semaines que les tensions étaient palpables entre le “père” et le “fils”. Plusieurs années que l'éternel dauphin attendait son heure. Le 24 avril 2009 restera quoi qu'il arrive une date historique dans l'aventure mouvementée du Tahoeraa Huiraatira. Édouard Fritch a franchi un pas, longtemps repoussé, trop longtemps pour certains. Mais comment dire à celui à qui on doit politiquement tout, à celui avec lequel on a partagé tous les secrets, toutes les stratégies, tous les vrais ou faux accords, que le temps est venu de lâcher le sceptre ? Que la logique politique dans les démocratiesmodernes est ainsi faite que le pouvoir éternel n'existe pas ? Que le Tahoeraa n'est pas une monarchie ? Qu'une “grande majorité” du mouvement qu'il a lui-même créé souhaite désormais un renouveau ? Puisque plus personne ne croit que président- forever cèdera les manettes de son plein grès, Édouard Fritch a sorti l'artillerie lourde en mettant au pied du mur son mentor.

Second-forever a montré gentiment mais fermement la sortie à Gaston Flosse. Même s'il le fait avec des pincettes, l'invitation est claire et ne souffre d'aucune interprétation possible : “Le président doit aujourd'hui, sans plus tarder, reconsidérer sa position au sein de notre mouvement, prendre de la hauteur et passer franchement le flambeau à une nouvelle équipe de direction”. Une phrase qui devait résonner depuis longtemps dans la tête d'Édouard Fritch, lui, qui au nom de l'intérêt général –de Gaston Flosse– a dû souvent se sacrifier, souvent soutenir l'insoutenable. Et c'est conscient de la gravité du moment qu'il était en train de vivre et surtout seul, qu'Édouard Fritch, vêtu d'une chemise d'un orange éclatant et les traits tirés, a prononcé la phrase de sa vie… politique. Et si Gaston Flosse n'accepte pas de luimême, Édouard Fritch optera pour la motion de défiance version orange. Si Gaston Flosse s'enferme de l'intérieur dans le cockpit, c'est le Grand conseil cher au Vieux Lion qui tranchera. “Si ce choix n'est pas retenu, je demanderai la réunion du Grand conseil pour qu'il prenne position sur cette question”, prévient-il. Et sûr de son soutien au sein du parti orange, “80% des élus” annonce Édouard Fritch, l'éternel second ne souhaite pas “arriver à cette extrémité-là”, ne désirant pas “un désaveu collectif du président de notre mouvement”.

Il apparaît certain qu'un Gaston Flosse se faisant renvoyer dans ses 22 mètres par l'organe de toutes les légitimations d'actes stratégiques du parti serait l'affront suprême. Celui qui ne pouvait se voir autre part qu'à la présidence du Pays est désormais menacé de perdre la tête de son parti. Le jusqu'au boutisme d'un Gaston Flosse prêt à tout sacrifier pour revenir au pouvoir a épuisé visiblement même les plus fidèles. Car Édouard Fritch même s'il se déclare “viscéralement Tahoeraa” avoue qu'aujourd'hui, dans l'opposition, le Tahoeraa se retrouve “sans avoir de ligne de conduite précise”. La seule mais bien maigre perspective “qui ait été annoncée se résume dans le fait que le gouvernement actuel ne réussira pas dans son entreprise et que le Tahoeraa pourrait en tirer profit pour revenir renforcé aux prochaines territoriales”, a commenté Édouard Fritch pour qui tout cela “n'est pas une perspective”. Car pour l'instigateur de ce soulèvement, la population “n'attend pas que tout se casse la figure pour appeler le Tahoeraa au secours. C'est totalement illusoire et très dangereux pour notre pays comme pour notre mouvement”. Et répondant indirectement aux démissionnaires du parti, accusant le Tahoeraa de détruire, lui déclare qu'il n'est “pas de ceux qui veulent détruire”. Le dernier bureau exécutif qui a acté la suspension des deux ministres Riveta et Rohfritsch suivi des démissions en chaîne a fait émerger et amplifier ce qu'Édouard Fritch appelle “un malaise depuis longtemps réprimé”. Et ce malaise a eu l'occasion de s'exprimer à plusieurs reprises, au grès des vagues de démissions. Des démissions qu'Édouard entend stopper en représentant la part du Tahoeraa qui veut un renouvellement et que certains pourraient voir d'un bonoeil, quitte à revenir au sein du parti comme Édouard l'espère. Reste à savoir si ce n'est pas trop tard et si Gaston Flosse arrivera à calmer la fronde en proposant par exemple un vrai-faux remaniement le laissant évidemment au poste de président et confiant au président délégué d'autres compétences.

Toutefois l'initiative d'Édouard Fritch revêt un caractère historique, car jamais Gaston Flosse n'aura autant été menacé par ce cercle très restreint de fidèles. Mais bien optimiste celui qui pense l'affaire bouclée, car au sein-même du Tahoeraa, les pro-Flosse, notamment les élues féminines, forment la garde rapprochée du Vieux Lion lequel doit encore avoir quelques lapins prêt à bondir du chapeau.

Patrice Lafforgue

JACQUES RAYNAL, ex-Tahoeraa, ancien ministre de la Santé

“Demander n’est pas obtenir”

Édouard Fritch a demandé à Gaston Flosse de lui passer le flambeau, qu’en pensez-vous ?

“Attendons le résultat, je ne me fais pas beaucoup d’illusions. C’est quand même un peu bizarre que brusquement, on se mette à accepter enfin ce qui était demandé depuis longtemps, notamment depuis les dernières élections territoriales où une suggestion avait été faite au président du Tahoeraa, lui demandant d’être le dernier de la liste, de façon symbolique, pour permettre au renouveau de s’exprimer. Cela n’avait pas été accepté à l’époque, et je ne me fais pas beaucoup d’illusions sur la suite de cette proposition.”

Vous ne pensez pas qu’Édouard Fritch a enfin eu le déclic ?

“S’il l’a eu, tant mieux, tant mieux pour le parti, on ne peut que le souhaiter pour ce parti qui en a besoin. Attendons de voir le résultat. Demander n’est pas obtenir. Ce qui serait dommage si cela aboutit, c’est que cela soit survenu trop tard. Édouard Fritch, lorsque nous avons eu notre bureau exécutif, est resté totalement silencieux. Et il a même été absent, puisqu’il a préféré aller à un débat télévisé, certes certainement important sur le plan politique, plutôt que de rester au bureau exécutif. C‘était là qu’il fallait qu’il s’exprime. À ce moment-là, peut-être que cela aurait changé les choses. Là, c’est trop tard, pour nous c’est trop tard.”

Vous ne reviendrez pas au Tahoeraa même si Édouard Fritch reprend les rênes du parti ?

“Ah non, c’est fini. Pour moi en tout cas et je crois que M. Sandras a été assez clair également en disant que pour lui c’était définitif. C’est dommage qu’il le fasse maintenant, on aurait souhaité qu’il le fasse avant.”


BRUNO SANDRAS, député-maire de Papara, ex-secrétaire général du Tahoeraa

“Cela ne me regarde plus”

Que pensez-vous de la stratégie d’Édouard Fritch qui a demandé à Gaston Flosse de céder sa place ? Est-ce que Gaston Flosse pourrait accepter selon vous ?

“Ce qui va se passer au Tahoeraa maintenant ne me regarde plus.”

Mais vous allez entrer en concurrence avec votre ancien parti…

“Je ne suis pas dans une logique de concurrence avec qui que ce soit, je ne suis pas non plus dans une logique de course au pouvoir, je suis moi-même. Et quand vous disiez au début que je fais la Une de l’actualité depuis une semaine, ce n’est pas mon ambition. Non, j’ai été moi-même et je crois que c’est ce qui est important. (…) Je vois bien que mon départ a créé une sorte de turbulence, mais ce n’est pas mon souhait, je n’ai pas envie de me battre avec qui que ce soit, je ne suis pas dans une logique de combat, je suis dans une logique de construction.”

(Propos recueillis dans l’émission “À vous la parole” sur Radio 1)


ARMELLE MERCERON, ministre de la Solidarité, ex-Tahoeraa

“C’est déjà bien trop tard”

Que pensez-vous de l’initiative d’Édouard Fritch ?

“Cela vient un an et demi trop tard, pour moi en particulier, parce que c’était avant les élections territoriales qu’il aurait fallu faire ça. Cela aurait montré que le Tahoeraa était capable de se renouveler, de se régénérer, alors que nous n’étions déjà pas sur une pente favorable avec les départs qu’il y avait eu. En décembre 2007, au moment de la constitution de la liste Tahoeraa pour les élections territoriales, et entre les deux tours, quand j’ai vu les résultats que nous avions au premier tour, j’ai moi-même demandé personnellement à Gaston Flosse de laisser Édouard en tête de liste, pour montrer qu’il était prêt à faire la démarche de faire confiance, en se mettant sur la liste en situation de peperu, de sage, pour montrer que le Tahoeraa savait se régénérer. Il a refusé, il n’a pas estimé que c’était une bonne idée et je me rends compte qu’à cette époque-là, Édouard n’a pas eu non plus l’audace de faire cette demande et que, malheureusement, il en est contraint un an et demi plus tard et dans des conditions catastrophiques pour le Tahoeraa.”

Pensez-vous que Gaston Flosse est capable d’accepter de se retirer de lui-même ?

“Je n’en sais rien. Son tempérament ne l’a pas porté à le faire mais je trouve que c’est déjà bien trop tard de toutes les façons.”

Si Édouard Fritch reprenait les commandes du parti, feriez-vous machine arrière et réintègreriez-vous le Tahoeraa ?

“On ne revient pas en arrière. En un an et demi, beaucoup de choses ont évolué, j’ai moi-même évolué et on ne peut pas revenir en arrière. On peut seulement cheminer et espérer que les gens qui partagent les mêmes valeurs, un jour, arrivent véritablement à s’unir.”

Pensez-vous qu’Édouard Fritch peut réussir ?

“Je pense que c’est bien tard parce qu’il ne reste plus beaucoup de cadres au Tahoeraa et je n’ai pas perçu de nouvelles pousses. Malheureusement, c’est une sortie trop tard. Il aurait fallu le faire beaucoup plus tôt et je pense que Gaston Flosse et Édouard Fritch en ont la responsabilité tous les deux.”

Tous les deux ?

“Oui parce que je pense qu’Édouard, lorsqu’il a été élu début 2008 président de l’assemblée et qu’il négociait avec Gaston Tong Sang, aurait dû affirmer jusqu’au bout sa volonté de prendre les rênes. Il a fait la moitié du chemin et il est revenu en arrière.”

Extrait du discours d’Édouard Fritch

“Le Tahoeraa se retrouve dans l’opposition sans avoir de ligne de conduite précise. La seule perspective qui ait été annoncée se résume dans le fait que le gouvernement actuel ne réussira pas dans son entreprise et que le Tahoeraa pourrait en tirer profit pour revenir renforcé aux prochaines territoriales. Permettez-moi de vous dire que, pour moi, ce n’est pas une perspective. D’abord, parce que je n’entends pas bâtir l’avenir sur les ruines de mon pays. Je n’attends pas que le gouvernement échoue, parce que s’il échoue, nous aurons tous échoués. La population attend une amélioration de son quotidien, une relance de l’économie. Elle n’attend pas que tout se casse la figure pour appeler le Tahoeraa au secours. C’est totalement illusoire et très dangereux pour notre pays comme pour notre mouvement. Je ne suis pas de ceux qui veulent détruire.

Je veux construire… Pour ce qui me concerne, c’est ma volonté. Je suis et demeure viscéralement Tahoeraa ! Je ne trahirai ni mon président contrairement à ce qu’il dit, car je le respecte. Je ne trahirai ni mes électeurs, ni mon parti, mais je me battrai pour qu’ils en sortent grandis. Au regard de ce que ce parti a su faire de grand et de beau pour notre Pays, je ne peux me résoudre à le passer par pertes et profits, sans rien tenter pour le relever. La crise actuelle, bien que grave, est surmontable par une remise en cause de nos pratiques de gouvernance interne, par la restauration d’une stratégie claire, stable, plaçant l’amélioration du sort de nos compatriotes au premier plan de nos choix et de nos actes. Autrement dit, je ne veux pas que le Tahoeraa soit un parti rabougri, replié sur lui-même, constamment sur la défensive. Je ne veux pas que le Tahoeraa soit une machine à exclure ou à motiver les départs. Le Tahoeraa ne peut pas demander à ses cadres et à ses militants d’être disciplinés et en rang serré quand les directives en provenance du sommet peuvent changer à tout moment et au gré d’intérêts qui dépassent ceux du mouvement. Le Tahoeraa ne peut plus assister au départ de ses cadres et de ses militants en leur jetant la pierre. L’incompréhension est aujourd’hui palpable au sein d’une grande partie de nos militants, et est de nature à remettre en cause de manière définitive l’unité et l’existence même de notre mouvement. Je suis d’ailleurs, comme d’autres, le réceptacle de nombreux témoignages remettant en cause la ligne stratégique de notre mouvement.

Je veux que le Tahoeraa, auquel j’appartiens et auquel je crois, eu égard à ses valeurs profondes, se raisonne, se modernise et s’adapte aux défis de demain. Je veux que le Tahoeraa soit, comme il l’a été avant que beaucoup ne le quitte, un espace ouvert à tous, un lieu de rassemblement, de dialogue, d’échange et de construction. Cette volonté que j’exprime est portée par la majorité des élus de notre mouvement. J’en appelle donc au président du Tahoeraa, avec solennité et gravité, pour qu’il agisse avec lucidité et qu’il comprenne bien les enjeux qui sont devant nous. Je suis persuadé que, pour maintenir l’unité du Tahoeraa Huiraatira, mettre un terme aux hémorragies observées, en une phrase pour redonner crédibilité et avenir au Tahoeraa, le président doit aujourd’hui, sans plus tarder, reconsidérer sa position au sein de notre mouvement, prendre de la hauteur et passer franchement le flambeau à une nouvelle équipe de direction, qui saura faire fructifier à nouveau ce bel héritage si difficilement construit. Bien évidemment, si ce choix ne devait pas être retenu, je demanderais la réunion du Grand conseil pour qu’il prenne position sur cette question. Je ne souhaite pas arriver à cette extrémité. Je ne souhaite pas un désaveu collectif du président de notre mouvement.”

 

Patrice Lafforgue
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Commentaires anonymes

27/04/2009 à 10h11

On ne les compte plus les articles sur le tahoeraa et Gaston Flosse, l'homme à abattre à tout prix pour laisser la Polynésie CROUPIR DANS LA MEDIOCRITE avec ses successeurs.
Quant à la crise, aux mesures pour en sortir de leur gouvernement d'union (i te 'ore roa), c'est silence ; le président du pays est occupé à sa politique politicienne et ses ministres font un gros dodo ; de toute manière les caisses sont vides et ils attendent que ça tombe du ciel.
Alors attendons tous ensemble, gaiement et en musique s'il vous plaît avec Alpha Blondy parce que ça, ils savent faire. Et vive l'indépendance!

26/04/2009 à 17h11

Le Tahoera'a a eu son heure de gloire grâce à son leader qui a facilité l'installation des essais nucléaires en Polynésie Française.

Ceci expliquant cela, Gaston Flosse a bien su profiter des largesses de la France pour s'enrichir et imposer sa dictature dans nos îles.
Il n'a été que le pantin des dirigeants successifs de la République Française et en particulier de Jacques Chirac.

Commentaires anonymes

26/04/2009 à 16h43

Ils sont complètement de mèche ces deux là ! Ils nous jouent encore une pièce de théâtre...

Commentaires anonymes

25/04/2009 à 15h53

Je pense qu'une fois Flosse retiré, il n'en restera plus rien du Tahoeraa. Ce parti n'a eu son succès que grâce au carisme de l'ancien Président. Et pour le moment, il n'y a aucune tête forte qui est restée pour reprendre le flambeau. Fritch n'a pas du tout le carisme pour espérer préserver l'électorat de Tahoeraa.

S'il y avait des élections maintenant, il y aurait beaucoup de monde qui vont disparaître de l'Assemblée : Sandras, Riveta, Rofritsh, ...

Mais aussi les dissidents du To Tatou Ai'a : tout le groupe de Bouissou, le Ai'a api ou de ce qu'il en reste ...

Même le To Tatou Ai'a, je me demande qu'est-ce qu'il va lui rester tellement son chef Tong Sang persiste dans les concessions en tout genre.

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