Publié le jeudi 19 février 2009 à 10H26
L’APPROCHE ÉCONOMIQUE. C’est le credo du nouveau ministre des Ressources de la mer, Teva Rohfritsch, pour relancer les secteurs de la pêche et de la perliculture. Déjà plusieurs fois ministre, avec une préférence pour l’Économie, le benjamin du gouvernement dévoile quelques-uns des axes de sa future politique. Entretien.
L’ESSENTIEL
- Satisfait du travail accompli par l’équipe dirigeante de Tahiti Nui Rava’ai, le ministre envisage de la conserver
- Teva Rohfritsch annonce également une profonde réorganisation de la filière pêche et de la filière perle
- Une réflexion doit être menée autour du maintien ou de la suppression du DSPE
À quoi ressemble le premier jour de travail d’un ministre ?
“Beaucoup de contacts à prendre, beaucoup de dossiers à ingurgiter, beaucoup de réunions, il s’agit de faire un état des lieux. J’ai donc souhaité, après le conseil des ministres ce matin, rencontrer un certain nombre d’acteurs. Demain cela va continuer. Aujourd’hui, j’ai rencontré les services de la Sem Tahiti Nui Rava’ai, de la Pêche et de la Perliculture. Demain, je vais commencer à rencontrer les professionnels de la perle et de la pêche. Donc beaucoup d’informations en peu de temps.”
Combien de fois avez-vous déjà été ministre ?
“Cela doit être la cinquième fois que je suis ministre.”
Et c’est la première fois que vous avez à gérer le portefeuille des Ressources de la mer, un secteur plutôt sinistré. Pourquoi ce choix ?
“On va dire que je n’ai pas peur des challenges. La perliculture et la pêche sont deux secteurs que je connais bien sous l’angle des dossiers économiques et financiers, parce que c’est vrai que ma passion, c’est l’économie. Mais pour pouvoir prendre des grandes décisions économiques, il faut aussi être en profondeur dans les secteurs. Je connais le secteur du tourisme pour avoir été ministre du Tourisme, il me semble important de connaître ceux de la perle et de la pêche, ce sont les trois ressources propres de la Polynésie. Donc l’occasion m’en a été donnée et j’ai été volontaire. C’est vrai que ces deux secteurs sont sinistrés, et il y avait peu de candidats. Mais peut-être qu’un regard neuf, et sans intérêts particuliers dans l’un des secteurs, me permettra, j’espère, de gagner la confiance des professionnels, parce qu’il y a une crise, il faut arrêter les divisions et que tout le monde commence à travailler ensemble.”
Avez-vous déjà des idées de mesures ?
“C’est un peu tôt. J’ai quelques idées que je garde pour moi pour l’instant parce que je veux écouter d’abord, rencontrer… Il y a beaucoup d’informations à brasser pour pouvoir se faire une idée précise.” Vous avez rencontré l’équipe qui dirige la Sem Tahiti Nui Rava’ai.
Envisagez-vous de choisir un nouveau président pour prendre la tête de son conseil d’administration ?
“Je suis agréablement surpris par cette Sem. Il faut reconnaître qu’il y a beaucoup de travail qui a été fait par le duo en place, le PCA et le directeur général. Je n’ai pas encore eu de discussions avec eux pour savoir s’ils souhaitaient continuer ce travail. Je n’ai aucun a priori et je pense que, quand une équipe travaille et atteint ses objectifs, je ne vois pas pourquoi on en changerait, en tant que ministre en tout cas. La décision revient de toute façon au conseil d’administration, que nous allons constituer. Mais je ne vois pas de raison d’en changer et je trouve qu’il y a eu beaucoup de boulot de fait. C’est un dossier que je suis depuis longtemps, j’étais allé à Bercy défendre la cause de la défiscalisation. Aujourd’hui, les délais qui avaient été fixés ont été tenus et il semblerait –parce que je ne suis pas encore allé voir– que les bateaux ont tous été réhabilités et qu’ils sont aujourd’hui en situation de pêche ou proches de l’être. Je ne viens pas pour couper des têtes.”
La taille de certains cabinets ministériels a déjà fait polémique, de quelle taille sera le vôtre ?
“J’ai toujours eu un cabinet restreint, je n’ai jamais eu de cabinet pléthorique. Par contre, je vais proposer au président Temaru d’avoir une approche un peu exceptionnelle, pas forcément en nombre mais sur les profils que je vais recruter à cause de la crise qui touche ces deux secteurs. Au-delà des aspects techniques de la pêche et de la perliculture, je pense réunir un staff qui a aussi des compétences économiques et commerciales parce qu’il y a des problèmes de commercialisation. La solution ne va pas être que financière, le financier sera un des leviers parce beaucoup attendent du prochain collectif. Il y aura des besoins financiers dans ces deux secteurs-là, mais il y a d’autres besoins qui sont plus urgents comme une profonde réorganisation des secteurs, il y a une approche économique qui a peut-être manqué dans les derniers portefeuilles. Et c’est peut-être tout l’intérêt de ma candidature pour ce poste, je le dis humblement, c’est d’avoir une approche économique parce que le problème est économique avant tout.”
Pour quand les premières mesures ?
“Il y a des mesures d’urgence qui vont être prises dès les semaines à venir, mais ce sont les pompiers. Ensuite, il y aura des mesures de fond à prendre.”
Êtes-vous favorable au maintien de la suspension du DSPE (droit spécifique de la perle à l’exportation) ?
“Comme je l’ai toujours dit à l’assemblée, ce qui me gêne, c’est la suspension. À la rigueur, j’avais dit au président Tong Sang, qu’il aille à la suppression, parce que vis-à-vis des acheteurs internationaux, une suspension place bien dans le temps une mesure fiscale, donc ça fausse les règles d’un marché parce que quand on suspend, quelle que soit la situation d’un marché, on crée une fenêtre d’opportunité qui fausse l’appréciation des marchés. Ou on supprime, mais à ce moment-là, se pose la question que je vais évoquer avec les professionnels : par quoi on remplace ? Parce que nous avons besoin d’un outil de promotion et nous avons besoin de le financer. Alors si ce n’est pas le DSPE, à ce moment-là, il faut avoir le courage de le supprimer et de proposer autre chose. Ou alors, on garde le DSPE, parce qu’on estime qu’il faut continuer à taxer à l’export, mais peut-être en réévaluant les montants, parce qu’il est vrai que les sommes en jeu étaient fortes par rapport à la situation du secteur.”
Propos recueillis par CV
Caroline Vauchere






