“Il y a des priorités partout”

Publié le mercredi 18 février 2009 à 11H13

MINISTÈRES. Présentation avec la photo officielle enfin hier midi. Les ministres étaient plus souriants que la veille au soir. Oscar Temaru, optimiste, est resté très imprécis sur ses premières actions. Il envisage les relations avec l’État sur de nouvelles bases.

L’ESSENTIEL

  • Le gouvernement s’est officiellement présenté hier matin
  • Les ministres ont présenté leurs perspectives. Ils se retrouvent ce matin en conseil dès 9 heures
  • Oscar Temaru est resté très vague sur les premières actions
  • Le règlement de compte Tahoeraa et Ia Ora te Fenua continue, mais en dehors du gouvernement

“Jusqu’à hier soir, j’étais sceptique, fatigué de ces jours de négociation. Ce matin après les avoir écoutés, je me suis dit : c’est l’équipe du fer de lance, qui n’ira pas jouer la défensive mais l’attaque. Nous sommes animés pour travailler dans la transparence. Notre seul souci, c’est l’intérêt du Pays”. Ce sont les premiers mots d’Oscar Temaru prononcés lors de la présentation du gouvernement hier matin. Il est revenu à la présidence du Pays ; on le reconnaît à ses discours. Il s’est voulu, comme toujours, rassurant et rassembleur. Il a tenté de redonner confiance à moult médias et apparatchiks qui avaient dû patienter plus de deux heures par rapport au rendez-vous donné… De quoi s’inquiéter à nouveau sur l’entente entre les ministres. Mais il semble que le temps n’a pas la même prise sur le nouveau gouvernement. Reste à espérer qu’il n’en sera pas de même pour mettre en oeuvre le fameux plan de relance.

Oscar Temaru a insisté sur l’unité et la motivation des membres du gouvernement, davantage que sur les mesures concrètes. Tout comme Antony Géros, il semble toujours fonder sa politique sur les projets et rêves de 2004, confirmant que, depuis cinq ans, ils n’attendaient que ça : reprendre là où ils s’étaient arrêtés, exception faite des relations État/Pays. C’est peutêtre là le souffle nouveau que va insuffler Ia Ora te Fenua. “On a tout ce qu’il faut dans ce pays pour s’alimenter comme il faut. Boire de l’eau au lieu des boissons sucrées va réduire les dépenses de santé”, a raccourci le leader UPLD qui n’a pas donné davantage de précisions sur les chantiers à venir. “Il y a des priorités partout !”, a-t-il résumé. Il demande un peu de patience avant de dévoiler les projets. Il faudra attendre le mois de mars pour que les 18 jours restants de la dernière session extraordinaire de l’assemblée soient mis à profit pour le vote du collectif, et des reliquats (la défiscalisation et la délibération sur les fonctions au sein des cabinets). En tout cas “avant la session administrative” du 9 avril, a précisé le président du Pays.

Aujourd’hui, le conseil des ministres ne devrait pas se révéler très consistant, outre les nominations. Qui dit nouveau gouvernement dit forcément stagnation, exception faite d’Armelle Merceron et de Georges Puchon qui ont conservé sensiblement les mêmes portefeuilles d’un gouvernement à l’autre. Deux ministres clés dans l’ordre protocolaire, juste après le vice-président, et ce n’est pas un hasard. La seule femme du gouvernement n’a pas caché que sa position protocolaire était davantage due aux motifs politiques qu’à la teneur de son ministère. Une manière de compenser la vice-présidence que Jean-Christophe Bouissou n’a pu obtenir. D’autant que si le Tahoeraa a réussi à évincer le leader de Rautahi d’un poste clef, il est également parvenu à obtenir cinq ministères. “Un gouvernement équilibré avec le Tahoeraa Huiraatira bien représenté. Un équilibre qui satisfait chaque parti en lice”, se targue le Tahoeraa sur son site. Sauf que Ia Ora te Fenua garde en travers de la gorge ce barrage. On peut donc s’interroger sur la capacité à travailler ensemble de tout ce beau monde, qui se déchire par communiqués interposés. Certes, Armelle Merceron assure qu’entre ministres, la communication est bonne… Mais en dehors du cercle, c’est la guerre des mots. Jean-Christophe Bouissou aurait même précipitamment quitté la réunion à la présidence hier matin. Il se retrouve finalement dans une situation quelque peu imprécise. “Il a été approché par le président pour être son conseiller. Il sera certainement dans le groupe privilégié qui va renouer les relations de partenariat entre l’État et le Pays”, a précisé Antony Géros.

Le président de Rautahi peut effectivement se révéler fort utile, dans le cadre des relations entre le gouvernement et l’État, que l’UPLD augure sous une toute nouvelle forme. Le président du Pays prévoit déjà un déplacement sur Paris pour début mars. Il se révèle très optimiste quant aux relations avec l’État, dont il estime qu’elles doivent très vite s’améliorer. Le ton que le Tahoeraa et l’UPLD avaient récemment pris envers l’État devrait donc changer pour que ce soit possible. Pour ce faire, le vice-président compte sur la taille de la majorité, espérant qu’elle oblige l’État à reconsidérer un gouvernement mené par le leader indépendantiste. “J’espère qu’enfin, après avoir été élu à 37 voix sur 57, l’État sera réceptif au message lancé en 2004 et que définitivement ils vont tourner la page sur les comportements que nous ne voulons plus retrouver entre l’État et le Pays. Il va très rapidement rencontrer le haut commissaire, le secrétaire d’État chargé de l’Outre-mer et pourquoi pas le président de la République puisqu’il lui a lancé une invitation”.

Yves Jégo a proposé à Oscar Temaru de le rencontrer pour asseoir les bases d’un partenariat. L’occasion de reparler des accords de Tahiti nui ? “Les accords de Tahiti Nui est quelque chose que nous avions préparé à l’intérieur de la maison. Mais il faut que ce soit de vrais accords de Tahiti Nui, donc que l’on en discute avec nos partenaires, de la majorité et de l’opposition, et associer à cette discussion les partenaires de la société pour que ce ne soit pas le projet d’un gouvernement ou d’un parti politique mais véritablement d’un peuple tout entier”. C’est tellement beau qu’on a envie d’y croire.

Lara Dupuy

L'éclairage

Rautahi / Tahoeraa, la guerre des communiqués

Rautahi et le Tahoeraa règlent leurs comptes par communiqués ou médias interposés depuis avant la formation du gouvernement… Autant dire que ça n’a pas aidé lors de cette dernière ! Et ça continue : “Même si, à un moment, il a pu croire que le poste lui était acquis, il lui a fallu déchanter. Le Tahoeraa ne pouvait accepter une telle décision. Oscar Temaru, jusqu’au dernier moment, a laissé planer le suspens. La surprise est que Jean-Christophe Bouissou s’est retrouvé sans aucune responsabilité gouvernementale. Et c’est sans fleurs ni couronne qu’il est venu s’asseoir sur une des chaises destinées au public et à la presse, face à Oscar Temaru dont, quelques minutes auparavant, il espérait encore être le bras droit”, s’amusait le Tahoeraa sur son site hier. De son côté, Rautahi s’est exprimé en des termes moins grinçants, qui expriment juste sa lassitude et sa déception. “Après une journée ultime de tractations avec le Tahoeraa Huiraatira, le gouvernement d’union a enfin été présenté. Malgré les rumeurs et médisances de certains, Ia Ora te Fenua n’a pas failli à sa parole, il soutiendra activement la nouvelle majorité. Jean-Christophe Bouissou a remercié Oscar Temaru de la confiance qu’il lui a témoigné en proposant officiellement sa candidature à la viceprésidence du Pays. Néanmoins, face à la position de notre troisième partenaire, Ia Ora te Fenua a accepté de laisser à Antony Géros cette lourde tâche, tout en assurant à Oscar Temaru son total soutien. Ia Ora te Fenua rappelle que sa seule volonté n’est pas la négociation de quelques postes”. La guerre des communiqués risque de durer encore longtemps si chacun continue de se renvoyer la balle !

Entretien

Oscar Temaru : “Carla Bruni : une belle promotion pour notre pays”

Vous rendrez-vous demain à l’invitation du président de la République des présidents des collectivités locales pour faire le point sur la situation des territoires dans le contexte de la crise économique ?

“J’aurais bien voulu mais nous sommes pris par le temps. J’ai eu un entretien avec Yves Jégo dès son retour des Antilles. Je lui ai dit que je comptais me rendre à Paris dès que le gouvernement sera installé et que j’aurai un créneau possible. Je lui ai également dit que je souhaitais inviter le président de la République à la conférence internationale sur l’environnement qui a lieu ici.”

Pensez-vous que Nicolas Sarkozy va si vite répondre à votre invitation ?

“S’il ne peut pas, j’espère que madame Carla Bruni peut venir, ça ferait une belle promotion pour notre pays !”

Jean-Christophe Bouissou, en tant que conseiller, revêt-il un rôle dans le cadre des relations avec l’État ?

“Oui, je pense qu’au niveau de l’État, il n’y a pas de problème. Je suis l’interlocuteur. Il nous faut normaliser nos relations avec l’État. J’ai déjà eu un entretien avec le haut-commissaire, ainsi qu’avec MM. Biancarelli et Jégo. Maintenant, il va falloir qu’on travaille rapidement sur le collectif.”

Lara Dupuy
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