Publié le mardi 05 mai 2009 à 10H36
INFORMER. Le Conseil des femmes lance un site Internet pour venir en aide aux victimes de violences conjugales.
L’ESSENTIEL
- Le Conseil des femmes met en ligne un site pour venir en aide aux femmes battues
- www.conseildesfemmes.pf, délivre des informations concrètes et précises pour comprendre et sortir de la spirale des violences conjugales
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Le site regroupe tous les maillons associatifs, professionnels, institutionnels, oeuvrant auprès des victimes
Une femme sur quatre en Polynésie. Ce qui veut dire que chacun de nous a dans son entourage au moins une femme, qui est ou qui a été victime de violence. Après une série de campagnes de prévention dont l’efficacité n’a pas été mesurée, le Conseil des femmes lance une bouée dans le lagon pour venir en aide à celles qui se noient dans le tourbillon infernal des violences conjugales. Le site, insiste la secrétaire générale de l’instance féminine, s’adresse également aux hommes battus. Pour eux, pas de chiffres disponibles. Mais à titre d’exemple, en France, l’enquête Cadre de vie et sécurité de l'Observatoire national de la délinquance portant sur les années 2005-2006, évaluait à 0,7% la proportion d'hommes victimes.
“Nous avons souhaité fournir aux victimes et à leur entourage des informations concrètes et précises sur ce qu’est la violence conjugale, les démarches à accomplir lorsqu’on la subit, les aides financières possibles ainsi que les solutions d’hébergement”, explique Naja Charreard, chef de projet du site. Sur le papier depuis deux ans, www.conseildesfemmes.pf, a enfin vu le jour, réalisé par la société Konecting et financé en partie par l’EPAP (Établissement Public Administratif pour la Prévention) et la DAS (Direction des Affaires Sociales).
“Il y a urgence, souligne Naja Charreard. Le nombre de femmes qui viennent chercher refuge et secours au foyer d’hébergement Pu o te Hau est en constante augmentation. En 2007 elles étaient 52, en 2008, 74, et entre janvier et avril 2009, 19 femmes se sont déjà présentées. Le plus souvent elles sont accompagnées de leurs enfants”. Ces femmes pourtant, représentent une minorité. La plupart n’osent pas quitter le domicile conjugal et encore moins porter plainte. Les raisons ? Le site en recense une liste exhaustive dans la rubrique Pourquoi je reste ? : “Pour préserver la cellule familiale, j’ai peur qu’il s’en prenne aux enfants, je pense que je suis responsable et j’essaie de minimiser les faits, je subis des pressions extérieures directes ou suggérées par mon entourage, j’ai peur de partir et d’affronter l’avenir, je ne sais pas où aller, à qui m’adresser, je ne connais pas mes droits, je n’ai pas d’argent, comment nourrir mes enfants ? Je subis des chantages au suicide de mon ou ma partenaire, je crains d’affronter la gendarmerie, la justice. J’ai honte…”
En quatre grandes rubriques, le site propose une mine d’informations utiles, portant sur les causes de la violence qui s’exerce entre conjoints, et les démarches à entreprendre pour y mettre fin. Les contacts des principaux référents (associations d’aide aux victimes, hôpitaux, gendarmerie, justice) y sont disponibles. Dans la rubrique “Que faire ?”, les victimes sont guidées pas à pas, que leur décision d’agir soit prise dans l’urgence de façon impulsive, ou réfléchie. On apprend ainsi que pour une femme battue blessée, les soins et le certificat de constat sont gratuits si elle se présente aux urgences du CHPF ou dans le dispensaire le plus proche. Qu’il est important d’informer la brigade de gendarmerie, la police municipale ou la DSP de sa décision de quitter le logement familial (lorsqu’on est mariée) afin d'éviter toutes poursuites judiciaires pour abandon de famille. Qu’une femme battue qui a fui son domicile peut bénéficier d’une aide sociale à la CPS ou prétendre au budget “secours et allocations” de la DAS.
Le site qui accueillera bientôt des témoignages de victimes et d’agresseurs, servira également de référentiel pour les professionnels auxquels une rubrique réservée est dévolue. “Nous espérons que nos partenaires (le ministère chargé de la Famille, la Direction des affaires sociales, le ministère de la Santé chargé de la Prévention, la Direction de la santé publique, le CHPF, la gendarmerie, la Direction de la sécurité publique, le tribunal de première instance de Papeete, le CIDFF, Te Rama Ora, entre autres) diffuseront eux aussi, des informations, des actualités, des rapports et des données statistiques. À terme, le site constituera un lieu d’échange, une banque de données pour les associations et les institutions”, complète Naja Charreard.
Prochaine étape pour le Conseil des femmes, faire en sorte que des bornes internet interministérielles, sur lesquelles le site serait librement consultable, soient placées dans des lieux où le public accomplit des démarches administratives (mairies, OPT), afin que l’information soit accessible immédiatement à un plus grand nombre. Un voeu qui, il faut l’espérer, ne restera pas pieux.
Khadidja Benouataf
Zoom
Les violences conjugales : une question de domination
“Elle m’a poussé à bout, elle parle trop, elle m’a provoqué”, ces mots, on les retrouve souvent dans la bouche des agresseurs. La culpabilisation est en outre l’un des mécanismes de la violence qu’exercent les hommes sur les femmes. Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que la violence est affaire de domination. Dans toutes les cultures, dans toutes les couches de la société, son mode opératoire est identique : c’est un processus d’emprise sur l’autre, bien connu des professionnels de l’aide aux victimes. Dans le cas d’une relation de couple, le mécanisme peut se décrire ainsi selon Maryse Jaspard socio-démographe et auteure de l’enquête Les violences contre les femmes parue aux éditions de La Découverte : “la violence est fondée sur un rapport de force ou de domination qui s’exerce par des brutalités physiques ou mentales entre deux personnes. Il s’agit d’imposer sa volonté à l’autre, de le dominer, au besoin en l’humiliant, en le dévalorisant, en le harcelant jusqu’à sa capitulation et sa soumission.” Si le problème de l’alcoolisme se retrouve dans toutes les études, “il est faux de lier exclusivement la violence à l’abus d’alcool. L’abus de boisson n’est qu’un catalyseur. Seul un tiers des agressions est commis sous l’emprise de l’alcool”, pointe la chercheuse. En revanche précise-t-elle, “le lien entre alcool et violence est accru lorsque la consommation d’alcool est une norme sociale valorisée et virile, dans les archipels polynésiens par exemple”.








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Commentaires anonymes
05/05/2009 à 19h29
Parfait, ce site va enfin pouvoir faire avancer un paquet de dossier en souffrance, et Dieu sait si il y en a !!! Par le biais du Net cela semble plus facile de pouvoir s'exprimer. Merci pour cette belle initiative.