Publié le mardi 07 juillet 2009 à 08H52
ATELIER 3. Michel Guérin, ancien ingénieur du SDR, compte faire des propositions au chapitre du développement endogène. Son cheval de bataille : la réintroduction de ce qu'il appelle “l'horticulture vivrière”.
L’ESSENTIEL
- Pour l'agronome à la retraite Michel Guérin, “ce qui a fait le plus de mal à l'horticulture vivrière, c'est la monoculture de cocotier”
- Il recommande de mettre en place “un programme pour développer l'horticulture vivrière dans les îles et régénérer les sols dans les îles”
-
Il propose aussi de “privilégier les produits locaux dans les cantines scolaires”
Où en sommes-nous ?
Pourquoi voulez-vous participer aux états généraux ?
“J'estime sans prétention, par mes origines familiales agricoles, mes études et ma vie professionnelle dans l'agriculture, l'environnement et l'écotourisme en Polynésie française, pouvoir être utile et apporter ma contribution. Toute cette expérience, je l'ai acquise grâce au Pays et à la fonction publique locale. Ce serait injuste de ma part de ne pas en faire profiter la collectivité.”
Comment expliquez-vous le si faible ratio d'autosuffisance alimentaire (8%) ?
“Avant l'arrivée des Européens, les Polynésiens s'autosuffisaient et étaient en très bonne santé. Ils avaient su développer une horticulture vivrière, en domestiquant des végétaux comme l'arbre à pain, le taro, etc. Pour moi, ce qui a fait le plus de mal à cette horticulture vivrière, c'est la monoculture de cocotiers. En Polynésie, il y avait plus d'arbres à pain que de cocotiers. La mise au point de la margarine à base d'huile de coco a créé une demande incroyable et les Polynésiens se sont mis à planter des cocotiers partout. Quand le CEP est arrivé, beaucoup de Polynésiens sont allés y travailler. Ils ont abandonné leur situation d'agriculteur pour un emploi salarié. Ils y mangeaient des menus importés par avions. On a donc détruit l'horticulture vivrière, et en même temps les habitudes alimentaires.”
Où allons-nous ?
Quel cap devrait se fixer une politique agricole en Polynésie française ?
“Tout le monde est d'accord sur l'objectif : l'autosuffisance alimentaire. Il y a quatre axes à penser. Un, la santé : valoriser l'aspect diététique des aliments fera augmenter la demande en produits locaux. Deux, le service : il faut proposer de la nourriture prête à être consommée, d'où l'importance de l'industrie agroalimentaire qui n'a jamais été développée à Tahiti. Trois, la saveur : il faut éduquer les gens à prendre du plaisir, à découvrir la diversité des saveurs. Quatre, la sécurité alimentaire : pour assurer une traçabilité, prévenir les problèmes d'hygiène et toujours savoir ce que l'on mange. Mais pour cela, il faut plus de cohérence et de continuité dans les programmes de développement. Il ne faut pas changer son fusil d'épaule sans arrêt. Il faut résoudre un gros problème de manque de compétences, et aussi un manque de contrôles. Enfin, il faut beaucoup plus de coordination, intercommunale et interministérielle.
Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Quelles solutions imaginez-vous pour y arriver ?
“Privilégier les produits locaux dans les cantines scolaires. Ça créerait déjà un marché local. On mange maintenant aux Tuamotu dans les cantines scolaires plus de poulet congelé que de poisson. (...) Réintroduire l'horiculture vivrière. Le pays dépense 1,4 milliard de Fcfp en subventions aux producteurs, au transport et à l'huilerie de Tahiti, pour exporter du coprah. Et les politiques disent : ‘Ces genslà nous coûteraient beaucoup plus cher s'ils étaient en ville.’ Mais si on veut que les Paumotu restent aux Tuamotu, dépensons donc la même somme dans un programme pour développer l'horticulture vivrière et régénérer les sols dans les îles, en faisant pousser des plantes améliorantes comme les légumineuses. Compter sur la filière coprah, c'est comme miser sur l'économie minière en France. (...) Préserver la terre. L'agriculture ne peut exister que s'il y a du terrain. La population s'accroît sans cesse, donc tous les terrains sont constructibles. On n'a jamais pensé à préserver la terre pour l'agriculture. C'est urgent. (...) Enfin, il faut mettre en place des programmes d'éducation pour faire découvrir la nature aux enfants. Il faut aussi plus de formations et donner leur chance aux jeunes. Les gens qui décident aujourd'hui ne font pas confiance aux jeunes. Propositions recueillies par
Benoît Buquet
Zoom
À 65 ans, Michel Guérin est un agronome à la retraite. Ingénieur horticole de formation, il est arrivé sur le territoire en 1968, a travaillé 37 années pour le compte de l'administration locale. Il a d'abord oeuvré 23 ans au service du développement rural, puis 10 ans au ministère de l'Environnement et a terminé sa carrière au ministère du Tourisme. Il a assuré successivement la direction des trois sections du SDR : production végétale, production animale et production forestière. Il calcule avoir visité une cinquantaine d'îles lors de ses missions et y avoir passé en tout “l'équivalent de sept années complètes”. Issu d'une famille d'agriculteurs de Vendée et d'Anjou, il raconte avoir retrouvé dans les îles polynésiennes “le même attachement à la terre et au patrimoine” que dans sa région d'origine.








Les dernières contributions
Commentaires anonymes
08/07/2009 à 14h53
SI il Y avait en Polynésie ne serait ce qu'un début de commencement d'une vraie politique agricole, et une vraie gestion et protection des terres a vocation agricole on pourrait peut être envisager l'autosuffisance.
Mais avec l'inertie actuel des pouvoirs publiques on ne peut qu'être septique.
Le jour ou la CAPL servira a quelque chose les cocotiers donneront des fraises! >:(
Commentaires anonymes
07/07/2009 à 19h51
pour Benoit Buquet,
J'ai lu ton interview de Michel Guérin, si tu as le temps de venir m'interviewer, je serai heureux de compléter son message. Etant créateur en Agroalimentaire, je voudrai bien expliquer et expliciter mes projets et étendre mon entreprise, A bientôt et espérant que tu me contacteras rapidement. Bonjour à toutes et tous.
Je suis aussi inscrit au thème 3 des Etats Généraux.
Commentaires anonymes
07/07/2009 à 17h42
Pour avoir conu Michel Guerin lors de son passage (si on peut dire ) à la Directiond de l'Environnement, je peux affirmer qu'il s'agit bien d'une des têtes pensantes dont l'administration térritoriales s'est trop vite débarrassée et n'a pas su écouter...
Tout ce qu'il dit est vrai...simple... viable... mais à l'encontre des castes dirigeantes d'importateur qui tiennent les cordons de la bourses.
Alors consommateurs? Qu'aurez vous demain dans votre assiète??? Des produits locaux frais ou des boites de conserves Made in China "HOE" ????