Publié le mercredi 13 mai 2009 à 11H08
GRIPPE A. Après l’hospitalisation en milieu isolé d’une élève du lycée Gauguin présentant des symptômes grippaux lundi après-midi, deux autres adolescents de la même classe ont été pris en charge au centre hospitalier de Mamao. Pour l’instant, il s’agit seulement de cas suspects mais le principe de précaution s’impose.
L’ESSENTIEL
- Hier, deux nouveaux cas suspects de grippe A (H1N1) ont été signalés à Tahiti
- Il s’agit de deux lycéens ayant séjourné à San Francisco, comme la jeune fille déjà sous surveillance
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Les autorités sanitaires ont déclenché le dispositif de prise en charge des cas suspects et placé les trois adolescents en milieu isolé
Et de trois. Le ministère de la Santé a confirmé, hier, deux nouveaux cas suspects de grippe A à Tahiti, ce qui porte à trois le nombre de personnes aujourd’hui sous surveillance. Comme la jeune fille hospitalisée lundi après-midi, les deux nouveaux cas sont des lycéens qui participaient à un voyage pédagogique à San Francisco et étaient revenus à Tahiti sur le vol de Los Angeles dans la nuit de samedi à dimanche. Les deux adolescents présentant les symptômes d’un état grippal ont été pris en charge et placés en milieu isolé au centre hospitalier de Mamao. “Dans le cadre du dispositif mis en place, nous considérons un cas suspect à partir du moment où nous avons à la fois un syndrome grippal et un séjour dans une zone à risque sept jours avant le début des symptômes ou au moins un contact avec un sujet malade. C’est le cas dans cette situation puisque les lycéens ont été dans une zone touchée par la grippe A”, explique le Dr Cojan, directeur de cabinet du ministre de la Santé, Nicolas Bertholon qui effectuait une visite de l’hôpital lors de l’annonce de ces deux nouveaux cas.
La deuxième étape de la procédure veut que dès leur arrivée en chambre d’isolement, un test rapide soit effectué afin de déterminer s'ils sont atteints de la grippe A (mais pas forcément H1N1). Ce test s’était révélé négatif pour la jeune fille. La mère d’un des lycéens hospitalisés hier nous a confirmé que le test était également négatif pour son fils. Au ministère de la Santé, on a préféré jouer la carte du principe de précaution et poursuivre les examens, le test rapide n’étant pas fiable à 100%. Des examens plus spécifiques ont donc été réalisés et envoyés à Melbourne, où se trouve le laboratoire référent pour la zone Pacifique. “Nous préférerions envoyer les analyses à Paris ou être habilités à les déchiffrer ici afin de gagner du temps mais ce n’est pas le cas pour le moment”, a indiqué le ministre.
La rapidité des résultats permettrait de lever le doute et d’éviter un vent de panique auprès de la population et plus particulièrement au sein du lycée. Une réunion d’information destinée aux parents d’élèves des classes concernées a d’ailleurs été organisée. L’objectif était d’exposer et d’expliquer les mesures de prises en charge des personnes ayant eu un contact rapproché avec des cas “suspects”. “Je le rappelle, il n’y a pas de cas avéré pour l’instant, nous ne faisons qu’appliquer le principe de précaution, veut rassurer Nicolas Bertholon, nous ne fermerons pas le lycée, par contre nous pourrions juger nécessaire le confinement”. Ce dernier pourrait d’ailleurs avoir lieu à domicile plutôt qu’en structure hospitalière. En attendant les résultats définitifs, les trois adolescents ainsi que leurs proches ont bénéficié d’un traitement au Tamiflu. Toujours le principe de précaution.
ASF
Entretien Nicolas Bertholon, ministre de la Santé
Peut-on parler de nouveaux cas de suspicion de grippe à Tahiti ?
“Le système que nous avons mis en place est comme un filet avec des mailles tellement petites qu'il attrape tout le monde. Actuellement, nous sommes face à une situation de suspicion et non de cas avérés. Il y a effectivement en ce moment à l'hôpital une personne qui est en isolement. Il y aurait deux autres cas suspects. Nous devons mener une enquête pour savoir exactement d'où ils viennent, s'ils ont pu être en contact avec une région atteinte par le virus. On appelle ça des ‘sujets contacts’. On en est encore là pour l'instant. Nous sommes dans une phase d'inquiétude et de prise en charge de ces personnes en se demandant si elles sont touchées par la grippe A ou pas.”
Les trois cas suspects ont-ils été hospitalisés ?
“On ne va pas parler d'hospitalisation mais plutôt de mise sous surveillance. À l'heure où je vous parle une personne est dans ce cas. Pour les deux autres, nous allons tenir une réunion de cabinet pour voir ce qu'il en est. (Les deux autres personnes ont depuis été hospitalisées, ndlr).
Est-ce qu'il y a un réel danger ?
“La dangerosité est un peu subjective. La grippe classique tue chaque année entre 500 000 et 1 million de personnes à travers le monde. Pour l'instant, nous sommes à 44 décès liés à la grippe A (61 morts selon les derniers chiffres de l'OMS, ndlr). À côté de ça, nous sommes en pleine période épidémique concernant la dengue de type 4, nous avons près de 450 cas déclarés. Donc on peut dire dangereux parce qu'il s'agit d'un nouveau virus et qu'il n'existe pas de vaccin pour lutter contre, mais les indicateurs de l'OMS nous disent qu'il n'est peut-être pas si virulent que ça, le virus de la grippe A.”
Ces trois cas suspects sont allés au lycée et ont donc été en contact avec d'autres élèves. Quelles sont les mesures de surveillance ?
“Une veille sanitaire est en place. Il y a des gens expérimentés dans ce genre de situation qui ont pris en charge les cas suspects. Ces derniers ont fait l'objet d'un interrogatoire, ils sont ‘pistés’. Actuellement, la phase d'alerte où nous nous trouvons ne nécessite pas de prendre des mesures fortes. Nous ne fermerons pas le lycée, par contre, nous pourrions juger nécessaire le confinement des personnes. Ce confinement n'est pas obligatoirement en milieu hospitalier, les personnes peuvent être retenues chez elles avec des contraintes de déplacement tout simplement en attendant que toute suspicion soit levée et, en même temps, nous laisser le temps de mettre en place un traitement s'il y a un cas avéré. Il ne faut pas oublier que nous possédons 40 000 doses de Tamiflu pour soigner ces gens-là. Je le rappelle, il n'y a pas de cas avéré pour l'instant.”
Ne peut-on pas effectuer les tests ici pour un résultat plus rapide ?
“Nous menons une réflexion sur ce point afin d'avoir les tests sur place et être homologués par l'OMS afin de confirmer les tests ici. D'autre part, nous réfléchissons à une voie plus rapide. Actuellement, notre laboratoire de référence pour le Pacifique est Melbourne en Australie mais cela serait plus rapide et plus pratique pour nous d'envoyer les analyses à Paris car nous avons des vols quotidiens. Il nous faut 72 heures pour avoir des résultats en provenance de Paris. Or, aujourd'hui nous devons attendre plusieurs jours pour avoir confirmation des analyses via Melbourne.”
Propos recueillis par ASF
ZOOM
- Qu’appelle-t-on grippe A(H1N1) ?
Cette grippe est causée par un nouveau virus de type Influenza A (H1N1). Sa durée d’incubation moyenne est estimée à 48 heures. Les symptômes sont ceux d’un syndrome grippal (maux de tête, fièvres, toux ou éternuements, courbatures, gêne respiratoire éventuelle, fatigue, etc.). Le virus peut se transmettre au contact d’une personne contaminée par voie respiratoire (projection). La transmission n’est pas possible par ingestion de la viande de porc car le degré de cuisson requis pour cette viande est suffisant pour le détruire.
- En cas de doute
Que faire si je pense avoir contracté la grippe A (H1N1) ? Si vous présentez les premiers symptômes de la grippe (une forte fièvre, de la toux et/ou un mal de gorge ) évitez les déplacements et contactez en priorité votre médecin traitant, à défaut le 15 (Samu) par téléphone. Le ministère de la Santé conseille vivement le report des voyages à l’étranger non indispensables.
- Mesures de précaution
Le ministère de la Santé rappelle par ailleurs deux précautions d’hygiène : le lavage des mains plusieurs fois par jour avec du savon, pendant au moins 30 secondes et l’utilisation d’un mouchoir en papier pour éternuer, avant de le jeter dans une poubelle et de procéder au lavage des mains.
- Situation épidémiologique
Dans le monde, le niveau 5 de l’alerte sanitaire concernant une menace de pandémie par le virus grippal influenza A (H1N1) est maintenu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Au 12 mai 2009, 34 pays ont confirmé des cas d’infection humaine par le virus de la grippe. Au total, 5 269 cas ont été confirmés dont 61 décès. Les États- Unis : 2 600 cas confirmés, 3 décès. Europe : 211 cas, aucun décès. France : 13 cas confirmés. À ce jour, aucun cas confirmé de grippe A (H1N1) en Polynésie française. Toutefois trois cas “suspect” ont été signalés. De retour d’un voyage d’étude à San Francisco le 9 mai dernier, les trois lycéens ont présenté les premiers symptômes d’un syndrome grippal. Ils sont actuellement hospitalisés en milieu isolé au centre hospitalier de Mama’o dans le cadre du dispositif de prise en charge de cas suspects.
- Mesures mises en oeuvre au fenua
Information aux voyageurs ; dispositif de traçabilité des cas contacts ; screening par caméra thermique et contrôle par thermomètre ; présence d’une équipe de santé à l’arrivée de tous les vols internationaux ; mise en alerte des professionnels de santé ; vérification du pré positionnement des produits de santé et des équipements de protection ; préparation du dispositif de réponse à une pandémie ; vérification des dispositions mises en place dans l’organisation des soins en milieu hospitalier ; conduite d’exercices pour la prise en charge des cas suspects ; campagne de communication préventive à destination du public.
Des mesures exagérées ?
À trop crier au loup, on en voit le museau. Le ministre de la Santé le reconnaissait lui-même : “Le système que nous avons mis en place est comme un filet avec des mailles tellement petites qu’il attrape tout le monde”. Tout le monde ou trop de monde ? Le principe de précaution choisi par les autorités sanitaires peut paraître démesuré au regard de la situation d’autant que le virus de la grippe A pourrait ne pas être si virulent que ça. “Mon fils avait 37,5 de fièvre, quelques courbatures mais rien d’alarmant. Cela ressemblait à un coup de froid, rien de plus. J’avoue que je suis surprise, d’autant qu’à San Francisco, à ma connaissance il n’y a eu qu’un cas avéré de grippe A. Cela ne serait pas de chance qu’ils aient été contaminés”, concédait la mère d’un des jeunes adolescents hospitalisés.
Le week-end dernier déjà, un dispositif avait été rapidement déclenché pour finalement être aussitôt levé. Il s’agissait d’un journaliste américain présentant des symptômes de la grippe A alors qu’il se trouvait en reportage à Teahupoo à l’occasion de la compétition de surf. Placé en milieu isolé, le test rapide (un prélèvement oesophagien) s’était révélé positif à la grippe mais après interrogatoire, l’homme ne rentrait pas dans les critères des cas “suspects”. “Ce journaliste avait bien séjourné au Mexique avant de venir en Polynésie, mais plus de onze jours s’étaient écoulés entre les deux destinations, le temps d’incubation était largement passé s’il avait dû être atteint de la grippe H1N1”, précisait-on au ministère de la Santé. Son hospitalisation était-elle nécessaire ? Sans doute que non mais le principe de précaution a permis de mettre en exergue un dispositif réactif. Pour rappel, la grippe H1N1 est une maladie très contagieuse qui se transmet d’homme à homme et touche les voix respiratoires
ASF
PACIFIQUE
L’île Tokelau s’isole par précaution Selon le site Samoa live, le ministre de la Santé de Tokelau dans le Pacifique aurait, par mesure de précaution face à l’épidémie de grippe A, décidé de fermer, jusqu’à nouvel ordre, le pays à tous visiteurs. Seul un ferry samoan pourrait continuer d’approvisionner l’île et ses 1 500 habitants. Toutefois, les membres d’équipage ne pourront pas débarquer ou être en contact avec la population. Aucun cas de grippe A n’a été pour le moment déclaré au Samoa mais un groupe de Samoans est toujours sous observation depuis son retour d’Amérique du Sud.







