Publié le mardi 12 mai 2009 à 09H59
CONSEIL D’ADMINISTRATION. Tea Hirshon a été confirmée présidente du CA de TNTV hier, tandis qu’Yves Haupert a été reconduit dans ses fonctions de directeur, alors que le déficit de la chaîne continue de s’accroître.
L’ESSENTIEL
- Le CA de TNTV s’est réuni hier matin pour le renouvellement de ses membres. Présidé par Tea Hirshon, il a pour objectif premier d’assurer la survie de la chaîne
- Les comptes 2008 doivent être approuvés cet après-midi lors d’une nouvelle réunion du CA. Au Pays, ultérieurement, de choisir s’il soutient la chaîne locale
- Yves Haupert propose d’investir pour moderniser les outils, seul gage de sa pérennité
Le conseil d'administration (CA) de TNTV se retrouve cet après-midi pour l'approbation des comptes 2008 et les discussions sur les orientations 2009 des programmes de la chaîne ; les volets financier et stratégique. Hier matin les membres du CA ont été renouvelés, avec Unutea Hirshon à sa présidence, secondée par Sandra Lévy-Agami (lire l’éclairage).
La représentante UPLD retrouve la présidence d'un CA qu'elle avait déjà occupée durant près d’une année il y a trois ans, et au sein duquel elle était restée membre depuis 2004. Un renouvellement de confiance d'Oscar Temaru à l'égard d'une élue Tavini qui semblait quelque peu mise entre parenthèses depuis sa prise de position favorable au Tahoeraa, lorsque que l’alliance Bleu/Orange avait tourné au vinaigre. D'autant qu'elle aurait perdu la vice-présidence du parti lors du congrès du Tavini vendredi dernier (le parti n’a d’ailleurs toujours pas annoncé officiellement son bureau). Mais elle était la seule en lice à la présidence du CA de TNTV, et aucun administrateur n’a remis en question le choix du président du Pays. Idem pour la reconduction d’Yves Haupert dans ses fonctions de directeur de la chaîne depuis fin janvier 2007, exception faite de la nouvelle vice-présidente Sandra Lévy-Agami qui, hier, n’a pas mis en doute sa compétence mais critiqué son niveau de rémunération, qui est pourtant loin d’être le plus élevé au sein des Sem (Sociétés d’économie mixte). “J'ai le salaire le plus bas de la direction de TNTV depuis la création de la chaîne”, a précisé Yves Haupert. C’est de toute façon le CA qui décide de sa rémunération !
J'ai le salaire le plus bas de la direction de TNTV depuis la création de la chaîne
Des économies, TNTV, éternellement déficitaire, doit pourtant en faire. La subvention du Pays de 775 millions de Fcfp ne couvre pas les besoins de la chaîne qui s'élèvent à un peu plus d’un milliard de Fcfp, rien qu’en frais fixes. Pour y remédier, Unutea Hirshon propose notamment l’instauration d’une redevance audiovisuelle, une forme de solidarité de la population envers sa chaîne locale. Mais Yves Haupert estime qu’elle ne devrait pas prendre la forme d’une taxe supplémentaire mais être directement ponctionnée par le biais d’une taxe déjà existante. Le directeur de la chaîne, qui désigne plusieurs secteurs où des économies peuvent être réalisées (lire l’interview), estime par ailleurs que si la chaîne veut survivre à la modernité, notamment avec l’arrivée du câble, d’importants investissements devront être réalisés.
Investir ou mourir, c’est un peu son constat : soit le Pays mise sur la chaîne, soit elle devra mettre la clef sous la porte. Le Pays n’en est pas à sa première Sem coûteuse.
LD
L’éclairage
Nouvelle rencontre du CA aujourd’hui
Le point financier de la réunion du CA a été reporté à cet après-midi, certains documents n’ayant été remis aux administrateurs qu’hier matin, et les deux ministres membres du CA étant attendus en préconseil des ministres. Il s’agit aujourd’hui d’approuver les comptes 2008, condition pour que TNTV puisse toucher les 50% restants du total des subventions qui lui sont attribuées. Un compte 2008 négatif qui devrait s’élever à plus de 600 millions de Fcfp, dont près de 480 millions de Fcfp en raison du litige avec le Pays sur la TVA (la cour administrative d’appel avait donné raison au Pays).
Composition du C.A., arrêtée hier matin :
Présidente : Unutea Hirshon
Vice-présidente : Sandra Lévy-Agami
Administrateurs : Jean-Marius Raapoto, Tauhiti Nena, Thilda Fuller, Chantal Galenon, Vincent Law et Charles Van Bastolaer
Entretien Unutea Hirshon, présidente du CA
Estimez-vous que votre nomination à la tête de TNTV représente un signe de confiance de la part du président du Pays ?
“Oui certainement, je pense que monsieur Temaru est conscient de l'engagement que j'ai pour que cette télévision reste. Elle coûte cher, c'est vrai, mais j'estime qu'elle est incontournable. Le gouvernement a conscience à la fois de la situation financière de TNTV, de sa nécessité et des moyens à mettre en oeuvre.”
Pourquoi la subvention est-elle inférieure aux dépenses de la chaîne ?
“Le Pays s'est engagé à assurer le complément de la subvention. Mais nous avons un lourd passif.”
À votre avis, pourquoi la chaîne estelle tant déficitaire ?
“Il n'est pas facile de dégager des ressources propres dans un petit pays où les ressources publicitaires sont à partager avec tous les médias. Et nous n'avons pas de taxe qui serait affectée à TNTV.” Pensez-vous instaurer l'équivalent de la redevance en métropole en Polynésie ? “Je pense que ce ne serait pas cher pour le citoyen et ce serait le minimum. Il faut pour ce faire une loi du Pays, mais il faut d'abord un consensus sur cette possibilité, surtout en période de crise économique.”
Ce serait pour vous une manière de sauver la chaîne ?
“Oui. Le Pays ne peut pas supporter, il faut que les citoyens participent un petit peu.”
N'existe-t-il pas d'autres secteurs où la chaîne pourrait réduire ses dépenses ?
“Oui, et c'est également un projet de loi de Pays pour que TNTV soit considéré comme un service public. Nous payons le transport à TNS à hauteur d’environ 90 millions par an alors que RFO ne le fait pas, pourtant TNS appartient au Pays via l'OPT. D'autant que nous devons payer la TVA sur la subvention : sur ce que donne le Pays, au moins 120 millions sont repris par la TVA. De plus, le bâtiment où est TNTV appartient aux Affaires foncières, ce qui coûte un loyer de 25 millions de Fcfp par an. Tout ça monte à 200 millions sur le budget de fonctionnement de la chaîne. Et puis les ministères ne paient pas toujours leurs campagnes d'information alors qu'elles sont payées à RFO.”
Un plan social est-il en projet ?
“Il n'y a pas de plan social à ce jour mais il nous faut apurer le passif de TNTV pour y échapper. Le gouvernement a pris le dossier en main parce qu'il estime que cette télévision doit continuer son travail. Mais nous sommes conscients qu'il faut chercher partout des niches d'économie à faire. Mais les charges d'une télévision sont très importantes.”
Pensez-vous que le salaire de la direction est trop élevé ?
“Je ne suis pas d'accord. Il y a des salaires de directeurs de Sem qui sont beaucoup plus importants.”
Alors réduire tous les salaires de directeurs de Sem ?
“Bien sûr ! Nous avons proposé une réduction de son salaire à Yves Haupert, il l'a acceptée mais il n'a pas un salaire extraordinaire, il gagnerait plus à RFO ! Nous avons la chance d'avoir un directeur comme lui, professionnel.”
YVES HAUPERT, directeur
“Aujourd’hui, notre outil est obsolète”
Quelle est votre réaction face à la critique émise sur votre rémunération ?
“J'ai le salaire le plus bas de la direction de TNTV depuis la création de la chaîne. J'ai déjà fait des efforts. Si le conseil d'administration ne m'avait pas reconduit, je me retrouvais sans rien du jour au lendemain.”
Pourquoi la subvention ne suffitelle pas à couvrir les dépenses de la chaîne ?
“La subvention s’élève à 775 millions de Fcfp alors que les besoins de la chaîne s'élèvent à 1,050 milliard. On peut trouver ça énorme, mais c'est une des chaînes les moins chères au regard du volume de production. La masse salariale est de 80 personnes. TNTV produit entre 4 heures et 4 h 30 de production locale, 7 h 30 avec les diffusions, soit 40% de la grille quotidienne. À titre de comparaison, RFO c'est 175 personnes et 2,4 milliards de Fcfp de budget pour 1 h 30 à 1 h 45 de production. C'est simplement pour dire que pour faire de la télé, ce n'est pas excessif ! TNTV est dans un bon ratio de coût par rapport à la production. Après, les difficultés budgétaires du Pays, c'est un autre problème : ce n'est pas parce que le Pays a du mal à nous donner la subvention que pour autant elle est exhorbitante. Ce sont deux problèmes différents.”
À votre avis, où les charges et les coûts peuvent-ils être réduits ?
“Il y a des dossiers sur lesquels le Pays peut nous aider : le loyer versé à la Daf, le transport du signal avec TNS, et nous avons de grosses provisions concernant un litige que nous avons avec le Pays sur la TVA… Ces dossiers à eux seuls représentent 100 à 150 millions par an ! Les régler nous permettrait déjà de diminuer la subvention d'autant. Les économies, nous en avons déjà fait beaucoup. Mais aujourd'hui, notre outil est obsolète, notre bâtiment est vétuste, on a fait de la chasse au gaspi, on est à la limite de ce que l'on peut faire en terme d'économies dans les charges de structure.”
Le plan financier sur 5 ans que vous aviez élaboré permet-il de redresser la barre ?
“J'ai élaboré un plan mis en place à mon arrivée en 2007, mais il n'a pas pu être tenu en raison des changements de gouvernements ; j'en suis à mon 5e gouvernement et 5e conseil d'administration ! Mais si la dette n'était pas apurée, dans l'hypothèse du pire, nous serions contraints de fermer l'entreprise. Personne aujourd’hui ne souhaite que TNTV s'arrête. Nous travaillons à un nouveau plan d'économie, mais je pense qu'à terme il faut complètement repenser l'outil, de manière à nous préparer à l'arrivée de la TNT avec un outil restructuré.”
Donc vous estimez qu'il faut au contraire investir pour que TNTV survive ?
“Il faut investir pour que ce soit viable et profiter de l'obligation que nous avons de rénover notre outil qui est complètement obsolète pour réaliser la mutation technologique, de l'analogique dans lequel nous sommes, vers le numérique qui est nécessaire demain avec l'arrivée du câble et de la TNT. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas atteindre ces objectifs parce que nous n'avons pas les moyens de nous rééquiper. La subvention ne permet déjà pas de couvrir les coûts et charges fixes !”
Est-ce comparable avec ATN ?
“La différence avec ATN est que la compagnie a des ressources propres en vendant son service tandis que TNTV est un service gratuit.”
Justement, seriez-vous favorable à une redevance audiovisuelle ?
“Ce serait souhaitable. Il ne s'agirait pas de créer une taxe nouvelle, mais d'affecter la partie d'une taxe déjà existante, la TVA par exemple, sur un certain nombre de matériel audiovisuel afin de l'affecter au financement du pôle audiovisuel.”
SANDRA LÉVY-AGAMI, vice-présidente
“On risque de mettre la clef sous la porte”
Avez-vous présenté vous-même votre candidature ?
“Je me suis présentée à la viceprésidence, mais pas à la présidence parce que le président du Pays avait fait un arrêté en conseil des ministres autorisant uniquement madame Tea Hirshon à se présenter, mais aussi pour avoir plus de disponibilités pour la commune de Mahina. La vice-présidence m'intéresse car l'année dernière j'avais présenté un plan de relance à Gaston Tong Sang. On n'en avait pas tenu compte. J'en ai parlé au conseil d'administration aujourd'hui.”
Quelles sont les grandes lignes de votre plan de relance ?
“Faire en sorte que le service public puisse commander directement les programmes auprès de la chaîne. Nos rentrées commerciales sont peu importantes, alors que les services des établissements publics font passer leurs spots de campagne sur RFO avant TNTV et lui demandent la gratuité. Nous sommes en cessation de paiement. On risque de mettre la clef sous la porte !”
La dotation de la chaîne est inférieure à ses dépenses, quelle solution proposez-vous ?
“Ça fait deux ans qu'on vote des budgets inférieurs à ce que la chaîne dépense réellement alors qu'en parallèle la masse salariale est importante. Il faut que gouvernement et assemblée donnent à la chaîne les moyens de fonctionner.”
Que pensez-vous du renouvellement d'Yves Haupert au poste de directeur ?
“J'ai voté contre parce que je souhaite qu'il y ait une lettre de mission avant de voter pour un directeur ainsi qu'une révision de la rémunération. Le directeur de TNTV touche 1,2 million, c'est plus qu'un ministre et deux fois plus qu'un représentant à l'assemblée, je trouve ça inadmissible ! Il faudrait également poser cette question dans tous les établissements publics et dans toutes les Sem. De plus, j'estime qu'il faudrait un appel à candidature pour la direction de la chaîne.”








Les dernières contributions
Commentaires anonymes
20/05/2009 à 21h25
mettez la clé sous la porte et bon débarras , ce sont des fonds perdus on abêtise le tahitien avec cette télé
cornemuse
Commentaires anonymes
13/05/2009 à 02h05
TNTV a été créé en 2000 avant tout en tant que chaîne de télé éducative et non à vocation commerciale. Le gouvernement de l'époque et jusqu'à maintenant n'a pas pérennisé les financements pour les spots publicitaires, de prévention(EPAP, santé, environnement, éducation, culture, etc.) Voilà le véritable problème, c'est que la vocation éducative de cette télévision locale a été abandonné et aujourd'hui elle est devenue la concurrente de RFO alors que ce n'est pas sa vocation première.
Pourquoi ne pas prévoir un prélèvement sur les taxes reversées à l'EPAP et l'environnement entre autre pour financer TNTV avec une taxe sur les produits audiovisuels? En tout cas ce manque de vision de l'avenir est à l'image de notre incompétence ambiante politico-médiatique.
C'est à l'assemblée et dans les ministères qu'il faudrait faire plus d'économies et reverser cet argent à TNTV ou à l'abbatoir de Papara?
moins d'émissions importées payées à prix fort et plus de production locale dans toutes les langues du pays:reo tahiti, reo enana, reo paumotu,reo tuhaa pae,...