Taputapuatea franchit une étape

Publié le mercredi 27 mai 2009 à 09H16

CULTURE. Le complexe “Te Pô”, incluant le marae international Taputapuatea, vient d'être inscrit à la liste indicative nationale. Un premier pas pour une demande de classement au patrimoine mondial de l'Humanité.

L’ESSENTIEL

  • Si le marae est désormais inscrit sur la liste indicative nationale, il reste encore un long chemin à parcourir
  • Il faut désormais créer un comité de gestion du site
  • Richard Tuheiava qui soutient le projet reste optimiste. Il a estimé que “ces classements pourraient nous permettre de faire comprendre et d’expliquer au monde qui nous sommes, et comment on fonctionne”

Et un pas de plus vers le classement du marae Taputapuatea, soit le complexe “Te Pô”, comme site du patrimoine mondial. Le site de Raiatea a été placé lundi après-midi par le Comité des biens français sur la liste indicative nationale. Il s’agit là d’un préalable au dépôt d’une demande de classement au patrimoine mondial de l’humanité. Le parcours à effectuer reste néanmoins long, les Marquises par exemple, figurent sur la liste depuis 1995, et le projet est loin d'avoir abouti. Le comité de pilotage a été formé seulement en décembre 2008... Celle-ci comprend 39 sites.

Quant à Taputapuatea, la prochaine étape est de créer un comité de gestion. Richard Tuheiava, le sénateur polynésien apparenté au parti socialiste, suit et pousse le dossier. Il estime que le classement dépend de la mobilisation et du consensus politique. Il a participé à sa rédaction et est membre du Conseil international des monuments et des sites (Icomos) France et Pacifique. Il mise sur la solidarité océanienne pour parvenir à un classement en série des deux sites de Polynésie française avec des sites des îles Cook, d’Hawaii et de Nouvelle- Zélande.

Pour le sénateur, le classement au patrimoine mondial de l’Unesco serait “une reconnaissance de nos deux plus beaux fleurons et aurait des retombées économiques et touristiques”. Il estime que “pour le tourisme culturel, avec ces deux sites, on ne peut pas faire mieux. Les Marquises et les îles Sous-le-Vent sont les deux foyers identitaires les plus affirmés. Ces classements pourraient nous permettre de faire comprendre et d’expliquer au monde qui nous sommes, comment on fonctionne”.

Pour rappel, l'inscription sur la liste indicative est une étape obligatoire sur le chemin du classement comme patrimoine mondial. Chaque pays membre de l'Unesco y indique des propositions pour inscription au cours des années à venir. Mais intégrer la liste indicative ne garantit pas d'obtenir le classement. Selon la Jeune chambre économique, qui est à l'origine de la création de l'association pour la préservation du site du marae international Taputapuatea, il faut aujourd’hui transmettre la valeur du patrimoine aux écoliers, avec l’aide de la sphère institutionnelle éducative. Un autre axe consisterait enfin à favoriser la mobilisation locale de la communauté autour de cette préservation du patrimoine, en organisant un évènementiel d’envergure sous le patronage de l’Unesco avec le premier “Forum international du patrimoine du Pacifique” à Tahiti.

“Un premier constat a été fait, la Polynésie française ne possède pas un patrimoine culturel et naturel dissociable de celui également préservé, à des degrés différents, par les autres communautés des pays insulaires du Pacifique, l’objectif doit donc être une prise de conscience davantage régionale de la préservation de cet ensemble patrimonial commun. Un second constat est clair : la préservation durable d’un patrimoine culturel et naturel déterminé –qu’il soit polynésien, du Pacifique voire mondial- ne peut s’envisager sans l’implication franche et dans des conditions acceptables pour tous, de la communauté humaine qui l’entoure et l’affectionne. Et ceci est tellement vrai pour la zone Pacifique d’appartenance de notre fenua”, a expliqué la Jeune chambre économique. Et de poursuivre : “Le choix s’est porté sur le site du complexe sacré ‘Te Pô’ incluant le marae international Taputapuatea, à Opoa, en raison de la force du symbole que représente ce lieu pour l’ensemble de la communauté polynésienne, conjugué à la relation que ce site a avec plusieurs autres communautés polynésiennes du fameux Triangle polynésien."

Aujourd'hui, la Jeune chambre économique est convaincue que l’inscription du complexe sacré ‘Te Pô’ sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco permettra de lui assurer une préservation durable et conforme aux intérêts de la communauté locale, de même qu’elle contribuera à la promotion touristique de l’entière Polynésie française.

Jenny Hunter

Zoom

L’histoire de Taputapuatea

L'origine du marae Taputapuatea du district d'Opoa (Raiatea), premier des marae érigés en Polynésie fait l'objet de multitude de récits. Pour Teuira Henry, auteur de Tahiti aux Temps anciens, ce marae serait le plus ancien des marae arii . Il n'aurait pas toujours été un marae international, mais c'était un marae national du nom de Tini- Rau-Nui-Mata-Te-Papa-O-Feoro (Myriades fécondes qui gravèrent les roches de Feoro), avant la naissance de Oro à Opoa. Les huit pierres qui le composaient représentaient huit rois qui auraient régné sur le pays. Quand Oro, le roi de la guerre naquit à Opoa, selon la légende, son père lui donna pour demeure Opoa et le marae Feoro. Oro devint très puissant et reconnu par les habitants de Raiatea et des autres îles comme le dieu suprême. D'autres récits ne font remonter l'origine du marae de Opoa qu'à une période relativement récente (XVIIe-XVIIIe siècle), à partir d'une pierre issue d'autres marae (marae Farerua de Bora Bora selon Marau ou marae Vaeara'i de Raiatea selon le professeur Emory). Teuira Henry a qualifié le marae Taputapuatea de Opoa de marae international en raison de son rayonnement dans le monde ma’ohi. En effet, les prêtres, les chefs guerriers s'y rendaient périodiquement, venus de tous les coins du Pacifique : Tahaa, Bora Bora, Maupiti, Rarotonga, Rotuma (Fidji), la Nouvelle-Zélande. Ces pays formaient une grande alliance politique, religieuse et économique. Considéré comme international, il a fait l'objet de travaux de rénovation en 1994-1995. Aujourd'hui entièrement réaménagé, le marae de Taputapuatea est devenu un site touristique.

DÉCRYPTAGE

  • Taputapuatea n’est pas le seul site inscrit sur la fameuse liste. Les Marquises y figurent également et ce depuis 1995
  • Pour le sénateur Richard Tuheiava, le classement à l’Unesco serait “une reconnaissance de nos deux plus beaux fleurons, et aurait des retombées économiques et touristiques”. Il estime que “pour le tourisme culturel, avec ces deux sites, on ne peut pas faire mieux. Les Marquises et les îles Sous-le- Vent sont les deux foyers identitaires les plus affirmés” v

Jenny Hunter
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