Tags : éviter d’aller dans le mur

Publié le samedi 10 janvier 2009 à 08H38

VILLE. La mairie de Papeete vient de lancer une vaste opération anti-tag en s’appuyant sur une société spécialisée en nettoyage 100% écolo. Le service sera gratuit pour les administrés. Une association de grapheurs propose que des espaces d’expression soient laissés aussi aux taggueurs pour qu’ils s’améliorent.

L’ESSENTIEL

  • La mairie de Papeete lance l’offensive. Finis les tags qui seraient entre 2 000 et 4 000 en ville
  • Le service sera gratuit pour les habitants qui désirent faire enlever les tags grâce à un procédé écologique
  • Mais pourquoi ne pas laisser une place aux jeunes taggueurs pour qu’ils s’améliorent ? Une association de grapheurs s’interroge

Pour commencer, un peu de sémantique. Le mot tag vient de l’anglais “signature” et décrit un pseudonyme rapidement calligraphié qui n’a d’intérêt presque exclusivement que pour la personne qui l’exécute, personne qui ne respecte que rarement les supports. Les graffitis ou graff sont des fresques murales exécutées avec des bombes de peinture aérosol (le peintre américain Basquiat a commencé comme ça). C’est une des trois disciplines du mouvement hip-hop. Il existe donc bel et bien une différence entre les deux activités souvent confondues, une différence que la justice ne reconnaît toutefois pas. Tag et graff, s’ils se trouvent sur une surface non autorisée, sont punis par la loi puisque considérés comme une destruction, une dégradation ou une détérioration volontaires sur le bien d’autrui (lire décryptage).

Ce qui intéresse aujourd’hui la mairie de Papeete, ce sont les tags. Ces signatures souvent très mal réalisées qui fleurissent sur les murs de la ville et que la municipalité va jusqu’à considérer comme un signe extérieur d’insécurité. Aux grands maux les grands remèdes. Papeete offre à ses administrés “un service de dégraffitage”. Seul préalable pour en profiter : déposer plainte. Ensuite, c’est un prestataire, la toute nouvelle société Neturban qui intervient et efface “l’ouvrage” grâce à un procédé écolo (lire zoom).

D’autres communes réfléchissent déjà à emboîter le pas de la capitale. Mais qu’en pensent les professionnels, non pas ceux du nettoyage, mais ceux du graff ? José est le président de Kreativ Concept (www.kreativconcept.com), la plus dynamique association de grapheurs de Tahiti qui regroupent une dizaine d’artistes. C’est eux qui ont réalisé la fresque de la piscine sur le front de mer (le mur a malheureusement été détruit pour les travaux de la troisième voie) et celle du rond-point du Radisson à Mahina. S’il ne s’oppose pas à cette initiative (il juge les tags “pas très jolis”), il faut, selon lui, impérativement donner de l’espace à ces jeunes taggueurs, qui pour certains deviendront “grands grapheurs”. Si “les grands” réunis dans l’association ont déjà à leur disposition des lieux d’expression (les mairies multiplient ce type d’initiatives, Arue a été la première. C’est même elle qui a incité José et ses amis à monter leur association), les taggueurs eux n’ont d’autre choix que de s’inscrire en marge. “Il faut bien démarrer”, estime toutefois José “et le but est de s’améliorer”. Ils proposent avec ses complices des ateliers d’apprentissage comme récemment à la Maison des jeunes de Taapuna. “Il faudrait que les jeunes puissent avoir accès à des lieux pour s’exprimer”, considère José. L’appel est lancé pour éviter un procès comme celui de début novembre où 39 mineurs comparaissaient devant le tribunal des enfants.

FR

Décryptage

Ce que risque les taggueurs

Les tags et graffitis réalisés sur des surfaces non autorisées sont considérés comme une destruction, une dégradation ou une détérioration volontaires sur le bien d’autrui. Le Code pénal prévoit s’il s’agit d’un dommage léger, une contravention de 5e classe, soit 179 000 Fcfp. Les amendes peuvent grimper jusqu’à 3,5 millions de Fcfp si la justice estime que les dégradations sont plus graves. Une forte amende donc et jusqu’à deux ans d’emprisonnement en fonction du préjudice.

Zoom

Papeete offre le “dégraffitage” à ses administrés

Entre 2 000 et 4 000. C’est le nombre de tags qui ont été recensés à Papeete et le nombre de tags que la mairie souhaiterait ne plus voir sur les murs de la commune. Elle fait de ce grand nettoyage “une priorité en matière d’environnement urbain” pour améliorer le cadre de vie et la qualité de vie des habitants de la capitale. Elle a signé un partenariat avec Neturban, une toute jeune entreprise spécialisée dans le traitement des surfaces tagguées. Le service est gratuit pour les administrés si les tags sont visibles dans le domaine public ou par le public. Seule obligation pour en profiter : avoir préalablement déposé une plainte et remplir une demande d’intervention disponible à la mairie et distribuée également un peu partout en ville. Cette société utilise un procédé 100% écologique qui repose sur une projection de granulats (poudre de craie) transportés par un important volume d’air basse pression. La société est également membre de l’association “1% pour la planète” et reverse à cet égard 1% de son chiffre d’affaires à une association qui milite pour l’environnement. Neturban a choisi Te Mana o te Moana, une association qui vient en aide aux tortues.

  • Pour plus d’informations Neturban. Tél : 705.911 courrier@neturban.pf ou www.neturban.pf

Florence Richard
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