Peu d’aides pour les professionnels

Publié le mercredi 10 mars 2010 à 10H29

TUBUAI. Snack, petite épicerie, dentiste, agriculteurs, éleveurs... L’économie de l’île a été très touchée par le cyclone. Les entreprises peinent à redémarrer et les agriculteurs savent qu’il faudra attendre six mois avant les premières récoltes.

L’ESSENTIEL

  • 77% des entreprises sinistrées sont en cessation d’activité
  • Très agricole, l’île n’est plus en mesure de fournir des fruits et des légumes
  • Les agriculteurs devraient toucher au maximum 150 000 Fcfp du Pays pour relancer leur activité

Le cyclone Oli n'a pas seulement détruit les maisons à Tubuai. L’économie de l’île a aussi été touchée. De l’agriculteur au dentiste, en passant par la pension de famille et le snack, nombreux sont les professionnels qui ont été sinistrés par le cyclone et surtout les effets de la mer. Un mois après les intempéries, le sentiment sur l’île est que les entreprises ont été moins soutenues “et pourtant, ce sont elles qui vont faire repartir l’économie”, assure Heinui, gérante d’une pension de famille.

Ina et Hervé, les propriétaires du snack Mara’ai, ont perdu leur fare pote, et 20 cm d’eau à l’intérieur de leur roulotte ont durement endommagé leurs appareils électriques. Les stocks de denrées alimentaires ont été distribués dès le lendemain du cyclone. “Nous n’avions plus d’électricité, on a distribué la nourriture, on ne pouvait de toute façon pas la conserver”, raconte Hervé. Comme beaucoup, le gérant de ce snack est allé remplir des dossiers pour essayer d’obtenir une indemnisation. “J’ai rempli trois dossiers, un pour la mairie, un à l’attention de la CCISM et le dernier pour l’aide de l’État. Mais pour le moment, ce n’est que de la paperasse. Du côté des assurances, il ne faut rien attendre. Roulotte et bord de mer ne sont pas à la fête chez les assureurs. J’ai été obligé de louer un case pour drainer le sable et dégager mon fare pote. Pour le moment, j’estime nos pertes à un million de Fcfp. Heureusement, l’outil de travail est sauvé.”

À la CCISM, un recensement précis des patentés a été effectué dès les premiers jours. La chambre de commerce devrait apporter une aide non pas en numéraire mais par du matériel qui pourrait être distribué d’ici un mois. Lors de son recensement des dégâts, la CCISM a pu constater que 60% des entreprises sinistrées n’étaient pas assurées et que pour celles qui l’étaient 46% d’entre elles n’avaient pas de couverture contre les cyclones. Or, dans le même temps, 77% des entreprises sinistrées se sont retrouvées en cessation d’activité, les bâtiments ayant été généralement affectés et les outils de travail endommagés. Des jours sombres en perspectives pour l’économie de l’île.

L’archipel des Australes est connu pour être le grenier de la Polynésie, et Tubuai compte environ 200 agriculteurs et une trentaine d’éleveurs qui travaillent souvent en famille. Ces professions ont fortement été affectées par le cyclone. Les cultures ont souvent été submergées par l’eau, pour celles qui se trouvaient sur le littoral. Pendant les deux premières semaines qui ont suivi les intempéries, les fruits et les légumes se sont faits rares sur l’île. Depuis, l’île est obligée d’importer la production de Tahiti. Un comble presque pour Tubuai. Il faudra environ six mois pour obtenir les premières récoltes et retrouver sur les étales les produits “made in Tubuai”.

Pour le maire de Tubuai, Fernand Tahiata, “il faut en particulier aider les agriculteurs qui ont été durement touchés”. Mais les agriculteurs, eux, se sentent abandonnés. Le SDR est venu pour le recensement des dégâts et d’une possible indemnisation dans le cadre de la DDA (dotation au développement de l’agriculture). Si aide il y a, ce sera au niveau des pertes matérielles avec un montant plafonné à 150 000 Fcfp par exploitant. Au niveau des pertes de production, rien n’est envisagé à ce jour. Il s’agit plus d’une petite aide à la relance que d’une indemnisation. En tout, le dispositif du Pays doit étudier 500 dossiers pour une enveloppe totale de plus de 40 millions de Fcfp quand les pertes sont estimées à 567 millions. Autant dire une goutte d’eau. Les agriculteurs pourront obtenir également, pour ceux qui ont rempli leur dossier en mairie, une aide de l’État. La commission qui se réunira prochainement devrait étudier les situations au cas par cas. Difficile d’imaginer qu’ils pourront tous tenir six mois avant les premières récoltes, d’autant que souvent, les revenus de la terre sont les seuls du foyer. Une des solutions est l’attribution de Cpia pour assurer un minimum de revenu (lire ci-contre) En attendant des jours meilleurs, les agriculteurs de Tubuai ont repris le chemin des exploitations. Ceux qui travaillaient sur le littoral ont demandé à la mairie de pouvoir replanter dans les terres. Le service de l’Équipement accepte de prêter à la commune les engins nécessaires à la préparation des terrains mais pour l’instant, le matériel de l’équipement est monopolisé pour le nettoyage. Les agriculteurs attendent.

ASF

Zoom

550 Cpia attribués

Hier matin, la ministre du Travail et de l’Emploi, Lana Tetuanui, a présidé la commission d’attribution des Cpia (convention pour l’insertion par l’activité). Il s’agissait principalement des dossiers concernant les îles Sous-le-Vent. En tout, 550 dossiers de Cpia sont ou seront validés à destination notamment d’agriculteurs, de pêcheurs, de patentés sur l’ensemble de la Polynésie française ainsi que pour des coopératives scolaires et associations de parents d’élèves des îles du Vent. Aujourd’hui, les dossiers pour Tubuai devraient être étudiés. On compte parmi ces bénéficiaires de nombreux agriculteurs. En 2009, 3 283 Cpia avaient été accordés, dont 1 104 dans le secteur primaire. Pour la ministre du Travail, “dans le contexte actuel de tension sur le marché de l’emploi, l’attribution de ces Cpia permettra aux bénéficiaires de retrouver le chemin de l’activité tout en trouvant une rémunération”. Des Cpia qui, une fois validés, pourraient débuter début avril.

Alexandra Sigaudo-Fourny
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