Pat se fait la belle

Publié le mardi 09 février 2010 à 11H14

HORS DE DANGER. Après la timide Nisha et le destructeur Oli, la dépression tropicale forte Pat, née dimanche dans le nord-ouest de la Polynésie ne devrait pas, elle, se frotter aux côtes du fenua. Selon les prévisionnistes de Météo France, et après une orientation plein sud, Pat devrait s’éloigner en bifurquant vers le sud-ouest tout en s’intensifiant.

L’ESSENTIEL

  • La dépression tropicale forte Pat ne devrait pas avoir de conséquences en Polynésie française, les prévisions estimant qu’elle s’orientera vers le sud-ouest
  • Hier après-midi, elle était située à 1 100 kilomètres au nord-ouest de Tahiti avec des vents près du centre atteignant jusqu’à 130 km/h en rafale
  • Selon Daniel Nouveau de Météo France, le mois de février pourrait être le plus “chaud” question formations cycloniques

Après que Pat, dépression au potentiel cyclonique, a alerté les services météo de la région, il semblerait que le phénomène ne concernera pas la Polynésie. Née dimanche au nord-ouest de la Polynésie française, une zone propice actuellement aux formations cycloniques due à la température élevée des eaux, Pat a lentement pris une direction sud-est, comme Oli, avant de bifurquer et de s’orienter vers le sud-ouest, s’éloignant des côtes polynésiennes. Le dernier bulletin de Météo France hier soir, consacré à la dépression tropicale forte Pat prévoit aucune conséquence pour la Polynésie jusqu’à trois jours. Pourvu actuellement de vents pouvant atteindre en son centre jusqu’à 130 km/h en rafale, le phénomène pourrait s’intensifier “durant les prochaines 24 heures” précise Météo France.

Cette série de formations dépressionnaires montre qu’il existe bien une sorte d’usine à cyclone située cette année au nord-ouest de la Polynésie et qui risque fort de demeurer active jusqu’en mars, selon le directeur régional de Météo France. “La saison cyclonique c’est décembre-mars, suivant les années mais ça peut être décalé”, a précisé Gérard Therry. Février pourrait cependant avoir un potentiel important d’émergence de phénomènes. “L’énergie est en train de se restituer dans l’atmosphère, précise Daniel Nouveau, c’est pour cela que le mois de février, climatologiquement, c’est le mois le plus propice à la formation de cyclogenèse parce que c’est le mois où l’océan restitue le trop plein d’énergie de température à l’atmosphère qui permet la création d’un système nuageux et derrière un système dépressionnaire voire cyclonique.” Si l’incubateur à cyclones est souvent fixé dans une même zone, on peut également dire qu’ils prennent quasiment tous le même chemin.

Comme le montre notamment le graphique sur la période s’étalant de 1971 à 2000, la trajectoire générale inclinée vers le sud-est, avec quelques fois des détours et même des tours complets, se nomme le “rail”. Les cyclones sont notamment guidés par des vents, “dans le jargon cela s’appelle les flux directeurs” précise le directeur régional, Gérard Therry. L’ensemble des dépressions au potentiel cyclonique se formant autour du 10e parallèle sud dans des eaux chaudes –environ 26 degrés sur une profondeur de 50 mètres–, au début le système “va tournicoter entre le 10e et le 15e sud sans prendre de direction privilégiée”, précise Daniel Nouveau, chargé de communication à Météo France.

C’est aux alentours du 15e parallèle en général que la direction va s’éclaircir où “il va commencer à être pris sous le courant d’altitude qui est de secteur nord-ouest et c’est la raison pour laquelle il va prendre cette composante nord-ouest/sud-est sachant qu’il y a des phénomènes qui peuvent aller à contrecourant, mais ça arrive plus rarement”, précise encore le chargé de communication. C’est ici qu’on peut parler de “rail”, ces chemins qu’empruntent les cyclones lesquels sont conditionnés à la fois par ces vents, la recherche d’énergie (d’eau chaude) et l’éloignement de l’équateur où les conditions ne sont pas requises pour sa survie. Sauf qu’à trop s’éloigner de l’équateur, poussé par les vents, le cyclone se frottera tôt ou tard à des eaux plus froides qui le condamneront. C’est ainsi qu’une zone est clairement identifiable sur le graphique et comprise grosso modo entre le 25e et le 30e parallèle sud et donne l’impression d’un vrai cimetière à cyclones, où les phénomènes, devenus dépressions, meurent faute d’eaux suffisamment chaudes.

PL

Bilan météorologique selon Météo France

Un peu de pub n’a jamais fait de mal. Dans le monde aléatoire de la prévision météorologique, Météo France a visiblement réussi la sienne concernant Oli. Dans un long communiqué de trois pages concernant le bilan météorologique du cyclone Oli, un petit graphique n’est pas passé inaperçu, celui des différentes prévisions. Le graphique montre la prévision de Météo France, particulièrement fidèle à la trajectoire réelle, et l’une des premières prévisions du Joint Thyphon Warning Center de Hawaii estimant manifestement une trajectoire erronée du cyclone, qui voyait le phénomène beaucoup plus au sud. D’ailleurs, un peu plus haut dans le communiqué, Météo France souligne que “l’erreur sur le positionnement a été inférieure à celle réalisée en moyenne par les services météorologiques des différents bassins cycloniques”. C’est toujours bon à prendre.

À titre informatif l’erreur moyenne est de 125 kilomètres sur 24 heures, 200 kilomètres sur 48 heures et 300 sur 72 heures. Dans son bilan, Météo France place également Oli “dans le peloton de tête des cyclones les plus intenses sur la Polynésie française ces 30 dernières années avec Orama (1982), Veena (1983), Osea (1997) et Kim (2000)”. On sait également aujourd’hui que les vents ont été “généralement plus faibles” que les vitesses annoncées “par exemple les 180 km/h de vent moyen annoncés à Tubuai pour des valeurs de 120 km/h ou plus mesurées” précise Météo France.

Le type de trajectoire prise par Oli, de Mopelia vers Tubuai en passant par le sud-ouest des îles de la Société “avait déjà été suivi dans le passé par les cyclones Martin en novembre 1997 et Wasa en décembre 1991 dont l’oeil était lui aussi passé exactement sur Tubuai”.

1983, l’année des rails

Cette année 1983 restera gravée dans la mémoire collective. Pas moins de cinq cyclones ont traversé la Polynésie française. Cinq cyclones et cinq orientations identiques. William, Veena, Nano, Orama et Reva sont nés au niveau des Marquises, puis ont pris la direction du sud-ouest avant d’engager un virage et de basculer vers le sud-est.

Ayant vu le jour dans des eaux chaudes au bénéfice d’un phénomène El Niño particulièrement prononcé cette année-là, les cyclones avaient suivi les vents d’altitude avant de s’évanouir dans le sud des Tuamotu. Les cinq cyclones, Orama notamment, ont été particulièrement destructeurs dans leur archipel de naissance. Ce cyclone avait en effet entamé son virage en plein milieu des Tuamotu équivalent presque à une situation stationnaire pour plusieurs atolls.

Patrice Lafforgue
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