Publié le mercredi 18 février 2009 à 09H54
MOUVEMENT. 28 associations de Papeari ont créé un collectif pour protester contre le projet de prison à la Presqu’île. Ils estiment avoir déjà suffisamment de nuisances avec la décharge de Paihoro. Une réunion d’information est prévue demain soir à 19 heures au marché Tatutu.
Les parlementaires polynésiens ont reçu en décembre dernier une lettre de la garde des Sceaux Rachida Dati leur annonçant la construction d’une nouvelle prison à Papeari. Ces mêmes parlementaires devraient bientôt recevoir un nouveau courrier, signé cette fois par 28 associations du district de Papeari, réunies dans un collectif appelé Te Vaiarii Nui Te Mata Ara (l’oeil vigilant de Papeari) pour protester contre ce programme pénitencier.
Les habitants de la Presqu’île exigent d’être informés de la nature et de l’échéance du projet, non pas par les médias, mais par l’État lui-même. Pour l’heure, ils savent juste que la prison doit être construite sur un terrain militaire de 14 hectares à Papeari (lire notre édition du 6 février). “La frustration vient du fait qu’on a l’impression que c’est un secret d’État”, résume Eugène Tetuanui, coordinateur du collectif. “Nous allons écrire aux parlementaires pour les inviter à des réunions et qu’ils relaient à Paris le sentiment de la population”, ajoute son compère Yves Salmon. Puis les mêmes lettres seront envoyées au gouvernement du Pays et au haussariat. “Nous ferons le nécessaire pour informer la population, promet Yves Salmon. Nous allons préparer une pétition. Nous espérons qu’elle sera signée massivement et que l’État en tiendra compte.” Le collectif estime notamment que cette nouvelle prison ne créera pas d’emplois, apportera des problèmes de sécurité et nuira à la renommée du district. “Ça ne va rien apporter à Papeari, sauf des ennuis”, lance Eugène Tetuanui.
Ça ne va rien apporter à Papeari, sauf des ennuis
Devant une telle levée de boucliers, le maire-délégué de Papeari Jonas Tahuaitu (Tahoeraa) est bien obligé de prendre position : “Je suis contre. À Papeari, toute la population a peur de ce projet, dit le tout nouveau ministre de l’Équipement. Ni moi, ni même la mairesse de Teva i Uta, Tina Cross, n’avons été mis au courant. La moindre des choses aurait été de nous en parler.”
À Papeari, le tavana comme ses administrés semblent encore sonnés par l’implantation en 2000 du Centre d’enfouissement technique de Paihoro. Jonas Tahuaitu, déjà ministre de l’Équipement sous Gaston Flosse à l’époque, avait été favorable à ce projet, contre l’avis de la population qui avait manifesté à plusieurs reprises au moment de son ouverture. “Au départ du projet de CET, on nous a menti, s’énerve Eugène Tetuanui. Ce centre devait être non polluant. Aujourd’hui, il n’est plus possible de se baigner dans la baie de Phaëton. Et nous sommes envahis par les mouches toute la journée. Ce n’est pas un Centre d’enfouissement technique, c’est une décharge.” Le coordinateur du collectif ajoute : “Aujourd’hui, le maire a pris les devants. Il dit déjà qu’il est contre la prison. Si demain il change d’avis, nous saurons lui rappeler les bons souvenirs du CET.”
Le collectif Te Vaiarii Nui Te Mata Ara et le maire-délégué-ministre Jonas Tahuaitu ont prévu de se retrouver demain soir pour une réunion d’information publique qui se tiendra à 19 heures au marché Tatutu, au bord de la baie de Phaëton.
Benoît Buquet
- L’État a débloqué début février 167 millions de Fcfp pour l’acquisition par le ministère de la Justice du terrain militaire sur la commune de Papeari qui accueillerait la construction d’une nouvelle prison de 250 places.
- Le terrain militaire de 14 hectares dont il serait question est situé le long de la baie de Phaëton, juste avant le Centre d’enfouissement technique de Paihoro. Il appartient jusqu’à présent au ministère de la Défense, qui a donc accepté de le céder à la Chancellerie.
- Cette nouvelle prison pourrait ouvrir selon la garde des Sceaux en 2012 ou 2013 (Les Nouvelles de Tahiti du 17 janvier).
- L’actuelle prison de Nuutania souffre d’une inacceptable surpopulation carcérale. Elle accueille près de 400 détenus pour une capacité théorique de 139 places. Le taux d’occupation est en permanence supérieur à 200%.







