Orientation : les étudiants perdus

1 contribution

Publié le jeudi 28 janvier 2010 à 10H27

INSERTION. La démarche des étudiants auprès des entreprises manque de “crédibilité”. Reportage sur le forum étudiants-entreprises.

Angélina, 21 ans, en deuxième année de droit à l’université de Polynésie française, semble perdue sur le forum étudiants- entreprises. “Je viens juste me renseigner, dit-elle. L’an dernier, j’étais venue écouter l’atelier carrières juridiques. Je m’étais dit que c’était un peu dur pour moi. Alors cette année, je participe à plusieurs ateliers parce que je ne sais pas encore vers où m’orienter.” Habitués des matières généralistes (droit, économie, mathématiques…), les universitaires sont déconcertés quand il leur faut choisir entre des secteurs d’activités plus concrets (banque, assurance, ressources humaines…). Les étudiants loin, très loin, du monde de l’entreprise ? Patrick Yrondi, patron du cabinet de conseils Top Orientation, confirme : “Ils vivent complètement en vase clos. Du coup, la démarche des jeunes qui viennent voir les entreprises n’est souvent pas crédible. C’est normal. Le marché est jeune. L’université est jeune. Il faut que tout cela mûrisse. Il faut que le milieu étudiant se professionnalise”.

Les dirigeants des petites entreprises exigent encore plus de concret

En plus, la crise complique l’orientation des jeunes. “On manque de visibilité. On est beaucoup trop dans le court terme, pour différentes raisons : contexte politique, économique…Et pour les étudiants des filières généralistes, ça devient difficile de connaître les perspectives d’un secteur”, analyse le conseiller en ressources humaines et en orientation. Les entreprises du fenua semblent elles aussi parfois déroutées par la conjoncture. Certaines ont annulé leur participation au forum “en disant qu’elles n’ont rien à proposer cette année”, affirme un membre du comité organisateur. Et pour celles qui sont présentes dans le hall de l’université, ça n’a pas l’air dynamique : “L’année dernière, il y a eu un recrutement important à cause de plusieurs départs à la retraite. Cette année, c’est calme”, explique simplement une responsable des ressources humaines de la Banque de Polynésie. Il y a un centre d’appels téléphoniques qui recrute, et selon un intervenant du forum, “trois CDD, à mi-temps, et des stagiaires”, c’est tout. Difficultés d’orientation, secteurs bouchés ou trop sollicités, Patrick Yrondi a une solution : “Il faut que les étudiants arrêtent de taper toujours à la même porte. Il faut préférer les PME-PMI. Ce sont elles qui ont du mal à trouver du monde et c’est là qu’est le vivier d’emplois”. Spécialiste du marché du travail, il prévient aussitôt : “Les dirigeants des petites entreprises exigent encore plus de concret. Et c’est là que les étudiants peuvent apporter quelque chose. Les petites entreprises sont spécialisées dans une activité, artisanale, industrielle, peu importe, mais elles sont souvent handicapées sur des concepts comme le marketing, la gestion…”. Le marketing serait donc un secteur d’avenir. Petit coup d’oeil à l’atelier “commerce et marketing” pour confirmer son succès. Il est plein à craquer, des étudiants se tiennent debout au fond de la salle pour écouter six responsables marketing d’entreprises privées polynésiennes.

Mais même pour ceux-là, ce n’est pas encore gagné. “Il faut que les étudiants sachent que la crédibilité de leur candidature ne se limite pas à leur diplôme, répète Patrick Yrondi. Il leur faut se documenter sérieusement sur l’entreprise qu’ils vont voir, connaître sa taille, son effectif, son chiffre d’affaires, son coeur de métier… Et les étudiants doivent se demander ce qu’ils pourraient apporter à l’entreprise, pourquoi ils tapent à cette porte, et pas juste parce qu’ils ont vu de la lumière”. Et le pire serait encore de faire comme dans cet exemple extrême, rapporté par une directrice de ressources humaines d’une grande société industrielle polynésienne : “On a des étudiants qui viennent nous voir en disant simplement : prenez-moi en stage, je ferai tout ce que vous voudrez !”

Benoît Buquet

PRATIQUE

  • Le 4e forum étudiants-entreprises se termine aujourd’hui à midi dans le hall de l’université de Polynésie française.

Benoît Buquet
Imprimer Recommander Wikio Facebook Twitter digg

Les dernières contributions


Commentaires anonymes

29/01/2010 à 18h04

ne pas savoir ce qu'ils vont faire à 21 ans !!!!
tous les étudiants de l'UPF ne savent même pas ce qu'ils font à l'université, voilà la triste vérité sur cette jeunesse ,
ne pas savoir qu'est-ce qu'ils feront , et que sera leur devenir,
le territoire n'ayant aucune vision d'avenir ,et de développement
les étudiants marche au pifomètre , ou comme dirait oscar au pipomètre,
ces étudiants n'ont pas d'autres buts , comme disait un professeur en fait ils sont à l'université pour se faire la cour ,
au moins c'est déjà celà de gagné,
et les jeunes du peps , a rave i te ohipa,
Kura Ora,
lumière,