O Tahiti Nui Freedom au bout de son rêve

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Publié le samedi 20 novembre 2010 à 10H38

SUCCÈS. Enfin, l’équipage de O Tahiti nui Freedom est arrivé à Shanghai. Tous étaient attendus par une délégation polynésienne dont Oscar Temaru. Ils ont été reçus en grande pompe au musée archéologique après plus de 114 jours de périple. Interview de Hiria Ottino, instigateur du projet.

L’ESSENTIEL

  • La pirogue double de l'association Te Vaka no te tau a'aui ui est arrivé à Shanghai
  • Parti le 27 juillet dernier de Papeete, l'équipage a parcouru 8 368 nautiques
  • Aujourd'hui tous sont fiers d'avoir marché sur les traces des ancêtres

Comment s’est déroulé votre périple ?

“Je ne saurai quoi dire. Déjà, à l’arrivée, cela a été une telle chaleur. Nous en pleurons avec Koronui, en voyant tout le travail que nous avons effectué. Pour moi, la première impression est surtout qu’à Tahiti, nous pouvons faire des choses. C’est la première chose qui me vient à l’esprit. Nous pouvons vraiment faire de très très belles choses en Polynésie. Nous avons un magnifique Pays et je pense que le monde est vraiment intéressé de nous connaître et d’apprendre un peu plus sur nous. C’estma première impression. Après, par rapport au voyage, je me rappelle que tout au départ, pas beaucoup de gens y ont cru. Et là, je pense à tavana (Oscar Temaru –ndlr) qui a pris le risque de croire en nous. Il nous a soutenus depuis le départ et aujourd’hui nous sommes tous ici. Après quatre mois, nous sommes tous ici à l’arrivée.”

Comment cela se passe aujourd’hui pour vous et votre équipage en Chine ?

“C’est assez remarquable. Après quatre mois de navigation, nous faisions la Une de trois journaux chinois. Hier, il y avait deux bus de journalistes. Ils ont même bloqué les routes pour nous permettre de retrouver au plus vite l’un des sites archéologiques. Tout est confus aujourd’hui pour nous. Déjà que nous devions arriver à Fuzhou directement et qu’au final, nous n’avons pas pu monter directement. Les voiles ont été déchirées. Le foc a été déchiré. Tout a cassé avec la force du vent. Nous avons donc dérivé un moment sur la côte de Canton, dans le sud de la Chine. Heureusement qu’il y avait des bateaux de la China Cost cross qui sont intervenus. Ils ont ainsi pu nous mettre dans le port militaire… Fort heureusement aussi, il y a la délégation polynésienne qui est arrivée avec les papiers officiels pour nous sortir de là. Après tout s’est bien passé. Ils nous ont même donné à boire et à manger. Je crois qu’ils nous ont donné environ 20 kg de pommes pour la traversée. Après cela, nous avons rejoint Fuzhou. Nous sommes arrivés en retard mais c’est aussi parce que nous avions un vent de force 10.”

Comment se sent l’équipage aujourd’hui ?

“Après quatre mois de navigation, nous sommes déjà reçus dans l’un du plus grand musée en Chine et c’est une fierté pour nous. Il y a des messages de bienvenus partout à notre attention. C’est vraiment formidable. Tout est destiné à l’équipage. Il y a des écrans géants partout avec des images du Pacifique, de pirogue…”

Pour vous, c’est un rêve qui se concrétise ?

“Oui cela fait 20 ans que j’en rêve. Tout se concrétise. Il y a des rêves. Il y a des aventures mais là, cela dépasse un peu tout ça. Cela nous a permis de créer un lien entre tous les pays du Pacifique et la Chine. Cela remet également en exergue, la capacité que nous avions et que nous avons perdue. On dit aujourd’hui que beaucoup de choses ne sont pas possibles chez nous et qu’on ne peut pas faire ci ou ça. Que tout est impossible. Aujourd’hui, on voit que ce n’est absolument pas vrai.”

Vous parlez de votre pirogue ?

“Oui d’une part, parce que tout le monde nous a dit que la pirogue c’était lagonnaire et qu’on ne pouvait pas sortir de la passe sans risquer de tout casser. Cela est faux. Nous avons traversé tout le Pacifique. Nous avons traversé des typhons. Nous avons eu des vagues immenses de plus de 8 mètres et nous nous en sommes sortis. C’est une preuve de la capacité de nos anciens, à imaginer et appréhender la mer puisque notre pirogue est entièrement ancestrale. Et lorsque nous sommes arrivés ici, nous avons eu un tel accueil, qu’aujourd’hui nous nous disons que la taille du pays importe peu.”

C’est-à-dire ?

“Je veux dire que lorsque l’on a des idées et lorsque l’on veut faire avancer les choses, on peut y arriver même en Polynésie.”

Pas trop déçu de ne pas être arrivé pour l’exposition universelle de Shanghai, comme vous l’aviez prévu ?

“Cela fait parti des aléas malheureusement. Mais enmême temps nous n’avons pas voulu tricher. Nous aurions pu y aller au moteur pour arriver à temps mais pour nous, c’était important d’être vrai jusqu’au bout. Et nous avons navigué jusqu’au bout. Le bateau suiveur, n’a pas arrêté de tourner au niveau du Vanuatu car il redoutait les typhons et pensait que cela était trop dangereux pour nous. Mais nous avons pu continuer seul sur une pirogue. Nous sommes arrivés à destination et nous sommes très très heureux.”

Pour vous c’était plus qu’une aventure ?

“Nous sommes partis à six, nous sommes revenus à six. C’est une preuve de compréhension humaine. Pour nous, cela a été une véritable aventure humaine. Et derrière cela, c’est toute la connexion qui s’est faite entre tout le Pacifique. Nous avons tressé un collier. Nous avons rencontré tellement de personnes notamment qui travaillent sur les vaka, qu’aujourd’hui on se demande ce que l’on peut faire ensemble pour continuer à aller de l’avant.”

À quand une prochaine traversée ?

“C’est la question que nous nous posons tous. Il faut déjà que nous voyions ce que nous allons faire de la pirogue. Déjà, plusieurs musées ont demandé à conserver la pirogue. À Tahiti, l’association souhaiterait également la conserver. Nous sommes en pourparlers et nous verrons les prochaines étapes”.

Propos recueillis par Jenny Hunter

D'autres photos dans le TOUT IMAGE.

Le site de O Tahiti Nui Freedom

Zoom

Le chemin (inverse) de peuplement

La route a consisté à suivre, en sens inverse, le chemin de peuplement qui a débuté il y a plus de 6 000 années : Tahiti, Îles Cook, Niue, Tonga, Fidji, Vanuatu, Îles Salomon, Papouasie Nouvelle-Guinée, Indonésie, Philippines, Hong Kong et Shanghai.


L’Odyssée d’une pirogue ancestrale

LE PARCOURS. Les six membres de l'équipage du O Tahiti nui Freedom auront vécu une grande aventure humaine. Une belle expédition qui a permis de relier les peuples du Pacifique. Le tour en image.

C'est la concrétisation d'un rêve. La pirogue O Tahiti Nui Freedom vient d'arriver à Shanghai où tout l'équipage a été reçu en grande pompe. À l'origine de ce projet, Hiria Ottino. Cela faisait 20 ans que l'homme rêvait de ce périple. Il a pu le concrétiser grâce à la générosité de certains donateurs et d'association notamment la section de l'AS Tefana, dénommée “voile - Te vaka no te tau a'ui'ui”. L'objectif était d'utiliser uniquement les méthodes ancestrales de navigation. Un pari réussi. Même si l'équipage comptait joindre la Chine en 70 jours, au lieu de 114, c'est un beau challenge. Les conditions météorologiques ne leur ont pas été favorables. Bien au contraire. Sans compter des problèmes techniques comme le ama qui s'est rempli d'eau, menaçant de faire couler la pirogue en pleine mer, juste avant d'arriver aux Îles Salomon. Au final, ils en gardent tous un bon souvenir et rêvent de renouveler l’expérience. À noter que cette traversée est inspirée d'un “plan historique relevé à Tahiti par l'Amiral Paris vers 1820”. Mais de ce projet, les concepteurs n’ont gardé que l'aspect de la pirogue. O Tahiti Nui Freedom a une coque longue de 15,25 mètres, un balancier de 14,50 mètres, une surface de voile de 72 m2 pour un poids de six tonnes en charge. Au total, six personnes voyageaient à son bord.

JH

Jenny Hunter
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Commentaires anonymes

21/11/2010 à 12h12

hé bé...
si Jacques Cartier avait choisi ce fier équipage, on serait encore
à faire des ronds dans l'eau au large des açores....
c'est le breton qui parle et là, les mecs, je ne pense vraiment pas
que cet- épisode va dorer votre blason.
marin c'est un métier, c'est dans le sang et là la démonstration ressemble
à un gros fiasco.....

20/11/2010 à 17h31

On pourrait se demander à quel titre, et sur quel fond etc notre Oscar se serait déplacé en Chine pour accueillir son O Tahiti Freedom...transparence oblige Oscar! Ou bien, il y aurait une autre raison qui serait politique, rechercher l'appui de la Chine pour la décolonisation de "Ao mao'hi" aux Nations Unies! Why not, car on connait ce Oscar, il est le maitre de la controverse et du changement de cap du jour au lendemain!
Autrement, félicitation au courage et a la volonté de l'équipe qui aurait conduit en sens inverse cette pirogue o Tahiti Freedom!

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