Malbouffe, pire que les États-Unis

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Publié le jeudi 11 mars 2010 à 09H07

SANTÉ. Alors que le Dr Édouard Suhas de l’Institut Louis Mallardé tire la sonnette d’alarme sur la question de la malbouffe, Doris Maruoi du service de la culture met elle en garde contre une disparition de la médecine traditionnelle. Au deuxième jour du forum de la recherche organisé à l’assemblée, la santé et le bien-être étaient au centre des débats.

L’ESSENTIEL

  • L’étude de l’Institut Louis Mallardé sur la transition alimentaire dans les Australes révèle que les jeunes sont en moins bonne santé que leurs aînés
  • Une situation qui n’est pas une fatalité et qui pourrait être réversible si les mesures de santé publique étaient prises
  • Le service de la culture déplore l’abandon depuis 1991 des recherches sur les médecines traditionnelles

La Transition. C’est le titre du film présenté hier par le Dr Édouard Suhas, chargé de recherche à l’Institut Louis Mallardé (ILM), lors du Forum de la recherche à l’assemblée de Polynésie. Le film relate les résultats d’une étude menée en 2007 par une équipe de chercheurs de l’université de Laval et de l’ILM. Durant six mois, 200 volontaires originaires pour la moitié d’entre eux de Tubuai et pour l’autre de Papeete, ont répondu aux questions des enquêteurs et accepté les prélèvements sanguins. Ils étaient répartis entre trois classes d’âge. L’hypothèse de départ était qu’en fonction du lieu de résidence l’impact de l’alimentation sur la santé serait plus important.

Le film a été reçu avec un certain émoi, car la conclusion est sans appel. Plus que le lieu, c’est la génération qui a un impact sur les habitudes de consommation, et la nouvelle génération est touchée de plein fouet. Selon les résultats de l’étude, les 12-17 ans sont dans une situation sanitaire pire que leurs aînés. “Certains paramètres sont du jamais vu, notamment en termes de teneur en sucre ou de dépôts d’acide gras sur les carotides, s’inquiète le Dr Suhas. La prédisposition au diabète des jeunes par rapport aux aînés est importante.” Leur apport calorique est excessif. Le taux obésité et de près diabétiques est trop élevé.

L’étude a identifié chez les 12-17 ans certains signes précoces de maladie cardiaque. Le poids de 53% de nos jeunes est trop élevé, alors qu’aux États-Unis ils ne sont que 38% dans ce cas. En outre 20% d’entre eux souffrent d’hypertension, soit sept fois plus qu’aux États-Unis. Les jeunes adolescents privilégient les snacks et les viennoiseries, sources de sucres complexes et simples, et consomment moins de poissons que leurs parents. Choix dangereux d’autant que le ma’a tahitien est caractérisé par son abondance. Alors quand les aliments saturés en graisse viennent s’ajouter à l’abondance traditionnelle, les apports énergétiques dépassent largement les besoins quotidiens en calories. Pour les personnes actives, ces apports sont déjà supérieurs de 40% par rapport à leurs besoins et cela passe à 60 voire 70% en ce qui concerne les personnes non actives.

Du côté des adultes, les facteurs de risques cardiovasculaires ont été détectés chez 14% d’entre eux, 59% sont obèses. L’hypertension concerne 45% des participants et 12% sont affectés par le diabète, soit trois fois plus qu’en France. L’étude souligne notamment les bienfaits du poisson. Mais sur ce point, le lieu d’habitation a des conséquences non négligeables. Les espèces pélagiques comme le thon ont progressé au détriment des poissons lagonaires, en particulier dans l’alimentation des jeunes et des habitants de la ville. Le thon est moins nutritif et présente des taux de concentration en mercure qui peuvent être néfastes, or l’enquête suggère de favoriser l’alimentation en poissons du lagon qui ne présentent que des bénéfices, en terme d’équilibre nutritionnel. Pour Mireille Chinain, spécialiste à l’Institut Louis Mallardé de la ciguatera, l’avantage du poisson lagonaire existe bien, mais il est tout de même difficile de le promouvoir en Polynésie. “Dans certaines îles, la contamination par les bio toxines dont la ciguatera s’améliore, mais elle se dégrade ailleurs,” précise la scientifique. D’autre part, elle souligne la difficulté d’approvisionnement des populations en espèces du lagon. “Par exemple, à Raivavae, il n’y a qu’un pêcheur professionnel. Lorsque son moteur est en panne il ne peut alimenter l’île. Il faut imaginer cela au niveau de chaque île,” poursuit-elle.

Lors de la discussion qui a suivi la projection du film, un débat s’est engagé sur les raisons du développement de la malbouffe. Les grandes surfaces qui “vendent du poison,” et l’indivision limitant le nombre de terres cultivables, seraient les coupables selon une des femmes présentes. Un représentant de l’institut de la consommation souligne lui les difficultés de lutter contre la force de séduction de certaines campagnes publicitaires, “bien plus belles et plus fortes que ceux du département de la santé.” Il s’interroge sur le classement du cornedbeef dans la catégorie des produits de première nécessité par exemple. “Au niveau politique, on développe à contre sens. Ce qui était jugé bon pour le développement, il y a 20 ou 30 ans n’est plus bon aujourd’hui,” estime-t-il.

“Il n’y a pas de fatalité. Il faut se responsabiliser et réaliser que cette situation n’est pas irréversible,” prône le Docteur Suhas. Il balaye de la main l’argument génétique en faisant remarquer que le bagage génétique des jeunes de Rapa est identique et qu’ils n’ont pas pour autant développé les mêmes symptômes. Le docteur Suhas poursuit son combat contre la malbouffe. Pour 2011, il a obtenu des financements. Les élèves du collège de Mataura à Tubuai seront sans doute ravis de le voir venir. Objectif : observer l’impact d’un changement de la nourriture servie dans le réfectoire et de la pratique d’une activité physique.

Adeline Brisset

AGENDA

Jeudi 11 Mars

  • 10 heures La ciguatera par Mireille Chinain docteur à l’Institut Louis Mallardé et Dominique Laurent chercheur à l’Institut de recherche et de développement
  • 9h15 à 10h30 Projection émissions Top Classe
  • 11 heures La recherche à l’université de la Polynésie française par Marcel Le Pennec
  • 15 heures L’aquaculture : Par Moana Maamaatuaiahutapu du service de la pêche Les molécules des profondeurs Par Cécile Debitus chercheur à l’Institut de recherche et de développement Le programme perliculture Par Cédric Lo docteur en biologie marine au service de la perliculture Alain Bodoy chef du département scientifique de l’Ifremer-cop

Zoom

Black out sur la médecine traditionnelle

“Aujourd’hui, on ne sait plus rien sur l’importance de la médecine traditionnelle,” regrette Doris Maruoi du service de la culture dans sa présentation sous le fare potee de l’assemblée. Deux campagnes de recherches avaient été menées sur le sujet en 1979 et en 1990 et 1991. À l’époque, 73 tradipratriciens avaient été identifiés entre Tahiti et Moorea. Ils disaient effectuer 89 950 consultations par an. Depuis 20 ans, le service de la culture n’a plus reçu de mandat pour étudier ce phénomène. Il avait constitué une base de données sur la pharmacopée traditionnelle qui n’a pu être mise à jour. “C’est une connaissance qui n’est pas figée. Ainsi, certaines pratiques disparaissent car les maladies elles-mêmes disparaissent.”

Adeline Brisset
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Les dernières contributions


11/03/2010 à 14h58

Le Gouvernement US est en voie de procéder à voter une loi qui ferait baisser le taux du sucre dans toutes les boissons gazeuses y compris les jus...Cette mesure est destinée à réduire progressivement le taux de diabétiques et d'obséité, un véritable fléau aux USA. Toute Société fabricante qui violerait cette nouvelle mesure serait sévèrement sanctionnée...
Parfaitement justifié cette mesure chez nous de faire revivre l'alimentation traditionnelle, mais voilà, les produits locaux sont plus chers que ceux de l'extérieur...C'est là à mon avis que jouerait le role des décideurs politiques...dans la commercialisation étendue des produits locaux à prix abordable ou meme inférieur à ceux de produits importés. Le manque de moyens et d'espace terrien pour expansionner l'agriculture locale est un autre facteur que les pouvoirs publics devraient en tenir compte. C'est ce que le Ministre concerné je suppose s'engage à faire comme étant sa priorité.
On ne peut qu'encourage toute initiative qui tend à s'approprier cette alimentation traditionnelle, une défi qui ne serait pas facile au regard de la mondialisation de l'économie...
Mais enfin espérons que les pouvoirs publics seront plus sérieux cette fois ci.
Faaitoito et bonne fin de semaine!

Légal

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