Les vendeurs se mettent à table

Publié le vendredi 19 décembre 2008 à 09H14

COMMERCE. Avec la saison des pluies, les vendeurs de mangues fleurissent au bord des routes. L'activité offre le plus souventun complément de revenus. Elle est aussi symptomatique de l'évolution de la société tahitienne.

L’ESSENTIEL

  • La mangue arrive en troisième position des fruits préférés et consommés le plus souvent
  • Pour la moitié des vendeurs rencontrés, la mangue est un travail saisonnier qui complète une activité annuelle
  • Le commerce du bord de la route reste plébiscité par les consommateurs pour la qualité du fruit et son prix plus bas que dans les supermarchés

“Cette année, c'est une bonne année pour les mangues. Il a fait chaud, les fleurs sont restées sur l'arbre car il n'a pas trop plu et il n'y a pas eu trop de vent." Pour Hinau, qui vend des mangues greffées depuis une dizaine d'années, le commerce marche bien. Depuis la fin du mois d'octobre, la saison des mangues bat son plein, et les routes ont vu fleurir les vendeurs. On sort une table, on pose quelques assiettes sur lesquelles on fait des tas, plus ou moins gros selon la variété du fruit. Si certains cherchent à retenir l'oeil de l'automobiliste avec un joli tissu et un parasol, d'autre se contentent d'une table en plastique vite installée. De toute façon, ça marche. Logique puisque la mangue arrive en troisième position dans les fruits que les gens préfèrent et consomment le plus souvent, après la banane et le citron (d'après une enquête du Cirad et du ministère de l'Agriculture de 2001, les personnes citent la banane (82%), le citron (72%) et mangue (71%) avant la papaye (69%) et la pastèque et l'ananas (51%)).

Si certains ne vendent que deux à trois tas par jour, comme Heipua qui vend les mangues que son tane cueille, certains parlent de vingt assiettes minimum. "Les clients, je ne les cherche pas. J'installe et quand je suis fiu je ramasse tout", raconte Hinau, 56 ans. Elle a commencé à vendre ses mangues quand les gens sont venus les lui demander. Elle s'est dit : pourquoi ne pas en profiter ? Son tane pêche, elle est à la retraite, ses trois enfants sont partis. Son succès, elle l'attribue à la qualité de ses mangues : "Les greffées sont rares et ce sont celles que les gens préfèrent, loin devant les ohure pi’o ou les atoni." La qualité ne change pas le prix de l'assiette, qui est dans la quasi-totalité des cas à 500 Fcfp. Ce qui varie, c'est le nombre de mangues ou leur taille (trois par tas pour des greffées, cinq à sept pour les autres).

Complément de revenus ou activité à part entière ? Pour la moitié des vendeurs que nous avons rencontrés, la mangue est un travail saisonnier qui complète une activité annuelle. L'affaire peut être familiale. Pour Havarii,10 ans, qui est l'aîné de quatre enfants : "Papa pêche et maman vend. Moi, je les aide à vendre le soir et pendant les vacances, parce que cela m'amuse." Sa tante Orline, 24 ans, habite à côté. Elle vend aussi le produit de la pêche de son mari et de belles mangues greffées que son tane ramasse chez sa belle-mère. Cela fait six mois que Rodrigue, 28 ans, s'est installé devant la maison de ses parents, où il habite. Il vend des mangues mais également tout ce que produit le jardin : citrons, avocats, bananes. Il pêche aussi des oursins et du poisson. "Je fais ça en attendant, normalement je travaille dans le social avec les personnes handicapées, et j'espère une réponse bientôt pour une embauche", lâchet- il. Dès qu'il aura de nouveau un travail salarié, il arrêtera la vente en bord de route.

Mais pour Alma, Heipua et Louis, Tane, Robert ou Andrea, la saison fait l'occasion. "Il y a quatre ans, c'est moi qui ai eu l'idée quand j'ai vu d'autres personnes en vendre. J'avais 11 ans", raconte Tane, installé derrière la table de mangues qu'il a placé devant la maison d'un ami. "On n'arrivait pas à manger toutes les mangues du jardin. Je vends le mercredi après-midi et le week-end, mes parents me donnent la moitié de l'argent", explique-t-il. Alma, célibataire sans enfant, vit de sa pension. La vente des mangues de son jardin lui offre un complément de revenu. Tout comme Geneviève : "Cela permet d'avoir un peu d'argent de poche pour les petits-enfants." On rencontre aussi quelques vendeurs plus professionnels, comme Emma, 48 ans, qui propose depuis 13 ans plusieurs variétés de mangues sur sa table, car elle les achète à trois producteurs différents. Mais son métier reste saisonnier, d'octobre à mars : "Car quand il n'y a plus de mangues, c'est fini", et Emma quitte le bord de la route.

Le commerce des mangues est rentable, même si l'approvisionnement non marchand reste encore important. Selon les chiffres d'une enquête du ministère de l'Agriculture et du Cirad, 38% des habitants des îles du Vent disposent de mangues dans leur jardin et 29% les obtiennent de parents ou d'amis. Mais Tahiti change. Pour Robert, 60 ans qui vit à Paea, les habitudes évoluent : "Il y a 15 ans, sauf à Mahina, personne ne vendait de mangues au bord de la route, il n'y avait aucune demande. Il y avait des manguiers partout. Maintenant avec l'urbanisation, on a tout coupé et les gens sont démunis." L'offre répond à la demande et les vendeurs ont encore de beaux jours devant eux. Le commerce du bord de la route reste plébiscité par les consommateurs pour la qualité du fruit et son prix plus bas que dans les supermarchés. "C'est moins cher et c'est meilleur, c'est pour cela que je m'arrête", conclut une acheteuse en remontant dans son 4x4.

HFD

Histoire de la mangue

D'origine indo-birmane, la mangue a été plantée pour la première fois à Tahiti en 1848. Elle est appelée vi popa'a par opposition au vi Tahiti (pomme cythère). Les mangues sont très abondantes de décembre à février ; si l'arbre n'est pas greffé, les fruits, les drupes ont souvent un goût de térébenthine très prononcé et sont fibreux. Il existe environ 300 variétés différentes. De la très classique mangue mission (greffée) aux mangues atoni, ohure pi’o, opureva (mangue violette), tu’ea, painapo, tutehau, ma'aro, huehue, carottes dont les tailles, les formes et les goûts sont très différents. Vendre au bord de la route ? La législation autorise à vendre librement les fruits et les légumes de son jardin au bord de la route. En revanche, une patente est nécessaire si le vendeur n'est qu'un intermédiaire.

Imprimer Recommander Wikio Facebook Twitter digg

Légal

  • Droits de reproduction
    et de diffusion réservés
    © 2007-2011
    Les Nouvelles de Tahiti

  • Recommandations LNT

    Gardons Contact !

     

    Tous nos fils RSS   Contactez-nous !   La FanPage des Nouvelles de Tahiti   Suivez LesNouvelles.pf sur Twitter !   Le Channel Youtube des Nouvelles de Tahiti