Les bilingues, meilleurs que les monolingues

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Publié le jeudi 03 septembre 2009 à 09H13

RECHERCHE. Trois linguistes ont présenté hier soir à l’Isepp leur étude sur le bilinguisme à Tahiti et Moorea. Conclusions : le bilinguisme est un bienfait, pour le reo tahiti et pour la langue française.

L’ESSENTIEL

  • Amphithéâtre comble pour la première conférence de l’Isepp : l’enseignement du tahitien passionne la société polynésienne
  • Un enfant bilingue serait plus attentif. Concrètement, l’enseignement du tahitien à l’école aurait des conséquences positives par exemple sur la lecture du français
  • “Il faut dans l’idéal que les parents se répartissent les rôles : une langue pour le père, une autre pour la mère, pour que l’enfant apprenne à faire lui-même la régulation.”
“On a tout à gagner à ne dévaloriser aucune langue et à développer les deux.” Le linguiste de Nouméa, Jacques Vernaudon, exprimait hier soir à l’Isepp les conclusions d’une étude menée à Tahiti et Moorea entre 2005 et 2008 et déjà présentée au congrès des sciences en mars dernier. 1 500 élèves des îles du vent ont reçu pendant cette période un enseignement du tahitien plus poussé que les autres (5 heures contre 2 h 40 en général). Une partie d’entre eux a été évaluée dans le cadre d’un programme de recherche mené par des chercheurs des universités de Nantes et de Nouméa. L’évaluation a porté sur les compétences en français, en tahitien et en mathématiques, de 421 élèves, âgés de 5 à 10 ans, pour une moitié ayant subi l’enseignement poussé (groupe expérimental), pour l’autre moitié ayant subi l’enseignement classique (groupe contrôle).

Les résultats de l’étude sont éloquents : “Il y a un écart significatif en faveur du groupe expérimental”, conclut Isabelle Nocus, maître de conférence en linguistique à l’université de Nantes. Autrement dit, les élèves qui ont reçu un enseignement plus poussé du tahitien sont meilleurs que les autres, en tahitien évidemment, mais aussi, avec le temps, en français et en mathématiques. “Très jeunes, les enfants bilingues ont tendance à mélanger les deux langues, mais ces interférences se réduisent rapidement”, explique en effet Jacques Vernaudon, qui analyse le phénomène : “Le bilingue s’entraîne en permanence à réguler l’usage de ses deux langues selon la langue de son interlocuteur. Cet exercice quotidien a probablement des effets induits sur le contrôle exécutif et l’attention sélective.” Un enfant bilingue serait plus attentif. Concrètement, l’enseignement du tahitien à l’école aurait des conséquences positives sur la lecture du français par exemple : “Le bilingue développe sa capacité à réfléchir sur les langues, à regarder comment elles fonctionnent. Or, il est connu que plus ces compétences dites métalinguistiques sont élevées, plus elles ont un effet positif sur la lecture”, assure Jacques Vernaudon.

Mais alors, pourquoi dit-on souvent que les jeunes Polynésiens ne parlent aucune des deux langues correctement ? “Attention, prévient Jacques Vernaudon, quand deux adultes bilingues ne font pas le travail de régulation, l’enfant est exposé à un mélange. Il faut dans l’idéal que les parents se répartissent les rôles : une langue pour le père, une autre pour la mère, pour que l’enfant apprenne à faire lui-même la régulation.”

Benoît Buquet

Benoît Buquet
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Commentaires anonymes

05/09/2009 à 22h25

A mon avis, le problème n'est pas tellement qu'un parent parle une langue et l'autre l'autre... Le plus important est que l'enfant apprenne le bon français et le vrai reo maohi... ou une autre langue, mais bien parlée. C'est en connaissant en profondeur une langue, avec sa grammaire et son orthographe, n'en déplaise à certains, qu'on a plus de facilités à en apprendre une autre.
Je pense que les problèmes d'inadaptation au français qu'on rencontre ici sont dus, non pas au bilinguisme, mais à une mauvaise connaissance des deux langues, français et tahitien ! On croit trop souvent que nos élèves (je suis prof) parlent mal français parce qu'ils sont habitués au tahitien... Ils sont simplement trop habitués au "français de Tahiti", qui mélange les deux, et ne connaissent bien ni l'une ni l'autre des deux langues.
Un vrai enseignement du reo maohi en plus du français leur permettrait probablement de mieux maîtriser les deux langues.
Encore faut-il penser aux élèves marquisiens ou paumotu qui ont leur propre langue, un peu différente...

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04/09/2009 à 10h16

Tout celà parait tellement évident. Alors pourquoi ces interventions homéopathiques du ministère qui met en place un "dispositif expérimental" dans une école primaire de Tahiti? Bien sur l'école maternelle serait mieux. Il faut prendre l'enfant dés le départ.
Pourtant les instits normaliens sont censés parler les langues locales,
pourquoi ne pas tout simplement transposer les cours en français en
langues locales, au moins en tahitien. Ne sagit-il pas tout simplement d'une question de volonté politique? Ou alors de l'incapacité des instits et du système (trop lourd) à changer quoi que ce soit?

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03/09/2009 à 15h22

Bref ... SI LES PARENTS ne font pas ce subtil "travail de régulation" le gosse est complètement paumé !
et patatras la cata , et il cause comme entendu à la téloche et cour d'école : genre style choaia pei chaplin man ! car il y a les langues académiques plus les langues vertes de la rue, quadrilinguisme ?

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