Publié le lundi 09 mars 2009 à 09H45
BILAN. Malbouffe, acidification de l'océan, aires marines protégées, enseignement bilingue, politique pro-concurrence, savoirs traditionnels ou coopération régionale sont les thèmes qui ont dominé les débats entre chercheurs, au Hilton la semaine dernière.
L’ESSENTIEL
- Le onzième intercongrès des sciences du Pacifique était aussi la deuxième édition des assises de la recherche française dans le Pacifique
- Il a réuni la semaine dernière au Hilton, environ 800 chercheurs, qui ont présenté 650 exposés, oraux ou écrits, sur cinq thèmes : biodiversité, climat, santé, culture et économie
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Les actes du colloque seront publiés dans un DVD regroupant l'ensemble des communications scientifiques
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Malbouffe : l'urgence absolue
Les résultats de l'étude d'Éric Dewailly et Édouard Suhas sur la transition alimentaire chez les Austra-îliens sont frappants. Plus de la moitié des 12-17 ans souffre de surpoids, à force de consommer gâteaux, sodas et fritures. Plus la population observée est jeune, plus la malbouffe est visible. “Les premiers signes de risque de maladie cardiovasculaire sont maintenant présents chez les jeunes”, concluent les chercheurs, qui s'inquiètent encore : “Avoir une concentration d'insuline plus élevée que celle de ses parents est inhabituel.” Une solution : adopter des mesures coercitives pour imposer, d'un côté “plus de produits de la mer, de fruits et de légumes, et moins d'aliments importés de mauvaise qualité” dans les menus des cantines scolaires, voire dans les foyers en limitant fortement les “acides gras trans” dans les aliments en vente libre ; de l'autre, des activités physiques plus régulières pour les écoliers.
On n'arrêtera plus le changement climatique. “La réalité dépasse largement les premières prévisions. Ce que le Giec considérait comme un scénario extrême il y a cinq ans est largement dépassé”, a dit la climatologue américaine Julie Cole. Selon elle, “l'élevation du niveau de la mer menace tout le Pacifique, surtout les îles basses”. La dissolution du CO2 de l'atmosphère dans l'eau de mer est inéluctable : “Le pH de l'eau de mer est attendu entre 7,43 et 8,06, alors que le seuil de tolérance des coraux est compris entre 7,6 et 7,9”, a expliqué la biologiste Agnès Benet. L'homme n'y changera rien : même s'il cesse aujourd'hui tout rejet de dioxyde de carbone, la résilience prendra des milliers d'années. Fautifs, les humains sont désarmés : “Les modèles scientifiques donnent des résultats extrêmement divers et on ne sait pas exactement où on en est”, a avoué Julie Cole.
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Biodiversité : on peut agir
À défaut de connaître le futur, agissons sur le présent ! L'homme doit préserver la santé des écosystèmes pour qu'ils résistent au mieux au changement climatique. Principalement, il s'agit en Polynésie française des écosystèmes marins. Agnès Benet a préconisé “le reverdissement des terrains dès la mise en oeuvre de terrassement” afin de réduire l'apport terrigène dans les lagons. Pour maîtriser les effets anthropiques sur la biodiversité, Bernard Salvat a réclamé “de nouvelles aires marines protégées beaucoup plus grandes”. Ça tombe bien, Élodie Lagouy, coordinatrice du Reef Check Polynésie, a entamé une vaste enquête en vue d'élaborer, d'ici un an, des propositions de stratégies pour la protection de la biodiversité marine en Polynésie française.
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Utiliser les savoirs raditionnels

Les scientifiques océaniens ont aussi pris position pour une meilleure prise en compte des connaissances empiriques des populations locales. Pour estimer les ressources halieutiques, pour gérer les écosystèmes de façon durable, pour réformer la perliculture polynésienne ou encore pour développer des projets industriels à partir de produits naturels, les chercheurs ont conclu, notamment, qu'il leur faudra “renforcer la connexion avec le savoir traditionnel”. Dans un autre domaine, le linguiste australien Darrel Tryon a lui aussi jugé “important que les communautés locales participent à la recherche, notamment en matière de culture ou de politiques”.
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S'ouvrir à la concurrence
Les économistes ont appelé à une politique plus concurrentielle et moins protectionniste en Océanie : “La concurrence est la seule façon d'obtenir des réductions de prix significatives. Une certaine forme de concurrence doit être promue au sein des administrations, pour la lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance. Nous devons aussi nous défaire de certaines politiques protectionnistes obsolètes dans les petits États du Pacifique”, a conclu Christian Montet. Les bienfaits du plurilinguisme Les résultats de l'expérience sur l'enseignement bilingue, menée en 2002-2004 en Nouvelle-Calédonie et en 2005-2008 en Polynésie française, ont été communiqués durant le congrès. Conclusion, selon l'anthropologue Serge Tcherkézoff : “L'enseignement bilingue profite à l'enseignement de la langue dominante, le français ou l'anglais, au lieu de la gêner. C'est quelque chose qu'on ne connaissait pas, ou plutôt qu'on refusait de voir il y a quelques années. Cette fois, nous en avons la preuve.”
Benoît Buquet
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Plus de coopération
Les chercheurs ont prêché pour plus de coopération entre scientifiques du Pacifique dans de nombreux domaines. Pour le linguiste australien Darrel Tryon, “les chercheurs anglophones et francophones devraient travailler beaucoup plus en commun”. Plus de collaboration est nécessaire pour la mesure par exemple de l'impact anthropique sur les écosystèmes. “Il faut élargir notre échelle de recherche, créer des réseaux. Si nous nous concentrons sur l'étude d'un seul endroit, nous ne saurons pas s'il est unique. Nous avons besoin de comparaisons”, a estimé Serge Planes, directeur du Criobe. C'est notamment à cela que doit servir le Grand observatoire de l'environnement et de la biodiversité terrestre et marine du Pacifique sud (Gops), créé le mercredi 4 mars à l'UPF et qui réunit onze institutions de la recherche française dans le Pacifique. Enfin, le congrès a mis l'accent sur la transmission des connaissances scientifiques. D'une part, vers les jeunes chercheurs : 50 bourses de 60 000 Fcfp ont été attribuées à des étudiants océaniens pour financer leur déplacement au colloque. D'autre part, vers les entreprises innovantes et les opérateurs (pouvoirs publics, associations) : “On a vu des ONG venir massivement chercher des données auprès des chercheurs pour les sortir de l'univers purement scientifique”, s'est félicité Fabrice Colin, co-président du comité scientifique du congrès.
Benoît Buquet