Publié le vendredi 18 décembre 2009 à 09H32
GROUPES SECTAIRES. En venant passer quelques jours en Polynésie française, Georges Fenech, le président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, s’était fixé pour but de rencontrer toutes les personnalités de l’État et du Pays concernées de près ou de loin par les dérives à craindre éventuellement de la part de mouvements à tendance sectaire évoluant ici. Arrivé à la fin de son séjour, quelle est son opinion et quelles sont ses préconisations ? Entretien
Depuis votre arrivée, avez-vous le sentiment d’avoir pu accomplir votre mission ?
“Oui, j’ai pu rencontrer sans aucune difficulté toutes les personnes que j’avais désiré voir et j’ai été accueilli avec beaucoup d’intérêt par tous les services de l’État, mais aussi par le président Tong Sang et ses ministres de l’Éducation, de la Culture et de la Santé, ainsi que par les responsables des deux principaux cultes, l’Église catholique et l’Église protestante. En venant ici, mon objectif était d’alerter, d’informer, de mettre en garde tous ces acteurs de la société susceptible d’être en prise avec les dérives sectaires. J’ai le sentiment d’y être parvenu.”
Que pouvez-vous dire de la situation spécifique de la Polynésie ?
“La situation n’est pas pire qu’en métropole, mais elle est aussi préoccupante ici qu’ailleurs, même si nous sommes bien conscients des spécificités locales liées au phénomène religieux et à une notion de la laïcité différente de celle de la métropole. Il n’en reste pas moins vrai que la vigilance doit être la règle et que je m’efforcerai de soutenir les initiatives déjà prises pas les instances de l’État dans ce sens. Car je peux faire deux constats à l’issue de ces quelques jours : le premier est que le phénomène est réel en Polynésie et qu’il est important puisqu’on a décompté environ une vingtaine de mouvements à tendance sectaire et qu’après réflexion, je peux, sans crainte d’exagérer, affirmer que les 6 000 adeptes dont je vous parlais à mon arrivée sont sans doute bien plus nombreux. Le deuxième constat est l’insuffisance de prise en compte de ce phénomène par les pouvoirs publics et les politiques.”
Les 6 000 adeptes sont sans doute bien plus nombreux
Dans le domaine des risques encourus, qu’avez-vous constaté ?
“Concrètement, je peux parler de phénomènes de désocialisation et de déscolarisation qui présentent un risque important surtout pour les enfants mineurs qui se trouvent soumis à une volonté qui les dépasse. J’ai été invité dans la communauté du Mont Thabor par exemple dont le responsable m’a fait part de ses certitudes. Des gens comme lui peuvent avoir la conviction que l’école est “mauvaise”, qu’on y apprend des “mauvaises choses”, etc. et l’enseignement est donc dispensé dans cette communauté par des “taties” dont on ne sait en fait pas grand-chose ! Que puis-je en dire ? Que tout ceci nécessite des contrôles puisqu’il n’est en effet pas interdit par la loi de garder ses enfants chez soi et de les éduquer sans le concours de l’école. Encore faut-il que certaines règles soient respectées et par conséquent soumises à vérification.”
Concrètement, que préconisez-vous ? 
“Le ministre de l’Éducation m’a assuré qu’il allait immédiatement confier cette mission de vigilance quant à la déscolarisation à l’un des membres de son cabinet comme référant en charge de ce phénomène des dérives sectaires. Je préconise la création d’une cellule de vigilance qui pourrait voir le jour, en fonction de la volonté du président du Pays en liaison avec le haut-commissaire, sur le modèle de ce qui existe en métropole depuis 2006 : les conseils départementaux de prévention de la délinquance, d’aide aux victimes et de lutte contre la drogue, les dérives sectaires et les violences faites aux femmes. J’ai aussi proposé au président du Pays, qui l’a accepté, d’envoyer ici des conseillers techniques pour assurer des formations auprès de relais comme par exemple les chefs d’établissements scolaires, les assistantes sociales, etc. Pour lutter contre les dérives thérapeutiques constatées, je souhaite que des recherches soient effectuées dans le domaine de la pharmacopée locale afin de mieux en évaluer ses effets et ses vertus comme cela a été fait pour la médecine chinoise par exemple. Ce travail devrait être entamé dans les mois qui viennent, en accord avec le ministère de la Santé. Enfin, j’espère que ma venue et le relais qui en est fait par les médias susciteront des vocations d’entraide et que sera créée une association de prise en charge des victimes et de leurs familles comme l’Unadfi –Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu– spécialisée dans l’information sur les sectes, la prévention et l’aide aux victimes, et Le CCMM qui est un Centre de documentation et d’éducation contre les manipulations mentales, dont les adresses sont sur le site de la Miviludes.”
Propos recueillis par MZS
DÉCRYPTAGE
Les mouvements sectaires sont-ils très actifs en Polynésie ?
Le chiffre de 6 000 adeptes est certainement très en dessous de la réalité concrète telle que Georges Fenech a pu l’appréhender au cours de sa mission.
Quel organisme devrait-on mettre en place pour assurer cette vigilance qui semble être assez faible ici ?
Ce serait l’équivalent des conseils départementaux de prévention de la délinquance, d’aide aux victimes et de lutte contre la drogue, les dérives sectaires et les violences faites aux femmes tels qu’ils existent en métropole.
En attendant, que peuvent faire les familles qui s’inquiètent pour l’un de leurs membres pris dans un engrenage sectaire ?
Elles peuvent porter plainte auprès des instances judiciaires. Elles peuvent écrire aux élus. Elles peuvent s’adresser au haut-commissariat. Elles peuvent aussi consulter le site de la Miviludes : www.miviludes.gouv.fr et lui écrire par E-mail (miviludes@miviludes.gouv.fr) ou par courrier (66, rue de Bellechasse, 75007 Paris).








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Commentaires anonymes
20/12/2009 à 18h15
Une action essentielle en matière de prévention à l'encontre de dérives sectaires éventuelles, un phénomène bien réel en PF, en effet nullement pris en compte et qui menace bien des gens.
J'ai eu à faire à l'une d'entre elles dont l'appartenance à une secte hélas très répandue en PF s'est vue mise à l'écart de sa famille entière, après avoir tenté par tous les moyens et, sous emprise sectaire de détruire l'harmonie conjugale et filiale de cette dernière en vue de la ruiner sur le plan foncier et financier.
Commentaires anonymes
19/12/2009 à 07h58
Décidemment, c'est toujours tout et n'importe quoi. Mr Fenech, je suis parfaitement d'accord avec vous sur le fait de lutter contre toute forme de violences, d'abus.. mais pourquoi encore une fois utiliser "dérive sectaire". Arrêtez donc, svp, de vouloir faire peur, de manipuler et tromper les gens. Tout ça pour empêcher le peuple de regarder ce qui se passe ailleurs, ou ne serait-ce pas encore une lutte de pouvoir ?
A l'origine le mot secte signifiait un groupe qui suivait un maître et n'avait rien de péjoratif : secte des sadducéens, des nazôréens..
La France a été majoritairement catholique ; cette église a qualifié de secte tout groupement qui s'est détaché d'elle,et tout maître "d'hé-rétique". Luther.... En dehors de l'Eglise Catholique, point de salut..
Les pires images sont associées au mot secte grâce aux médias et à cer-taines associations... Grâce à eux, ce mot est gravé dans l'incons-cient collectif et est considéré comme injurieux.
Quantité de personnes ont été salies grâce à eux, simplement parce qu'elles n'ont pas voulu suivre comme des moutons la secte sociétale, la secte gouvernementale, la secte catholique...
Ne pas vouloir être un mouton, ne veut pas dire être criminels.
L'Unadefi : association de catho intolérants qui a été plusieurs fois déboutées par la justice pour accusations non fondées.
Vous appelez à la vigilance ou à la delation ? Pratique pour se débarrasser de gens qui dérangent, luttes de pouvoir tout simplement.
Vous dites qu'avoir affaire à la justice peut être un signe d'appartenance à une secte ? de quelle secte êtes-vous alors Mr Fenech, puisque vous aussi avez eu des démêlés ?
Cessez donc de généraliser ; la France est ridiculisée aux yeux du monde avec ce genre d'attitude.
Oui, en effet, des gens se comportent mal et abusent, escroquent les autres : mais on les retrouve dans toutes les couches de la société, dans tous les groupements, associations, professions.
Il y a des dérives dans le domaine "thérapeutique" ? oui, en effet. Mais pas seulement dans les nouvelles approches ; faites donc le ménage également dans le milieu de la santé également par exemple ou politique.
Alors faites votre travail s.v.p., mais sur un plan individuel, au cas par cas (c'est le travail de la police et de la justice.
Merci.