La compétence plutôt que“les compétences”

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Publié le mercredi 30 septembre 2009 à 13H49

ATELIER 4. “Le renforcement de l'efficacité des institutions”. La synthèse de l'atelier 4 a mis en lumière deux exigences majeures de la société civile envers ses politiques et son administration : de la compétence et de la transparence. Et il s'agit avant de bien délimiter la frontière entre les deux entités. Vendredi, lors de la restitution des états généraux, Yolande Vernaudon et certaines personnes ressources de l'atelier 4 ont donné le ton.

L’ESSENTIEL

  • Si l'atelier 4 s'oppose à la course à l'évolution statutaire, il préconise quelques modifications du statut, notamment en ce qui concerne l'administration, de manière à séparer cette dernière du pouvoir politique
  • Dans les recommandations, la mise en place d'objectifs à atteindre sur le long terme se retrouve à tous les étages –il est reproché aux politiques une vision à court terme– avec en parallèle le renforcement des moyens de contrôle pour s'assurer que ces objectifs soient réalisés
  • Idem pour la compétence et le savoir-faire, réclamés autant au sein du gouvernement (exigence de diplômes) que dans l'administration (le concours comme seule règle)

Est-ce que dans votre atelier le système de l'autonomie a été remis en question ?

Yolande Vernaudon, animatrice de l'atelier 4 : “Il y a eu la manifestation d'une très grande insatisfaction par rapport à l'autonomie, mais non pas en ce qui concerne le principe de l'autonomie, mais dans son exercice, dans sa pratique. À cet égard, il y a une attente forte maintenant pour que cessent les combats statutaires, c'est-à-dire que ce n'est pas la peine de courir après de nouvelles compétences, alors que nous n'avons pas la capacité d'exercer pleinement celles que nous avons déjà. Il y a une attente forte également pour que les différents partenaires, notamment l'État et le Pays arrêtent de se renvoyer la balle pour éviter d'avoir à agir et intervenir dans l'action publique. Ce qui est attendu, c'est qu'ils interviennent ensemble au service des populations, chacun à leur niveau de responsabilité. Et bien sûr, tout cela est attendu avec une exigence d'excellence dans la gestion des deniers publics. Pas un franc ne doit être gaspillé, la pression fiscale est déjà bien assez forte comme cela, donc il n'est pas question d'aller prélever davantage sur les ménages et sur les entreprises. C'est pour cela qu'il est très important de faire mieux dans l'action publique avec moins de prélèvements fiscaux.”

Qu'en est-il du partage des compétences entre le Pays et l'État ?

Mickael Fidèle, personne ressource: “Au niveau des compétences, la question du partage ne se pose plus. Par contre, on rencontre des difficultés au niveau de l'exercice des compétences, que ce soit au niveau de l'État ou de la Polynésie française. Au niveau de l'État, on se rend compte par exemple que le principe de spécialité législative (principe selon lequel les textes nationaux ne sont pas applicables de plein droit en Polynésie française) peut poser des difficultés. Si ce principe peut protéger les spécificités polynésiennes, il peut parfois encourager l'État à un comportement d'inertie. On peut prendre l'exemple du tribunal foncier qui n'a pas encore été mis en place en Polynésie alors que les problèmes fonciers sont vraiment sensibles. Il y a aussi le statut des pupilles de la nation qui n'a pas encore été mis en place en Polynésie et qui pose de grandes difficultés au niveau de l'adoption. Il faut savoir qu'on ne peut pas adopter un enfant ici quiamoins de deux ans et la pratique a fait qu'on est passé par ce qu'on appelle la délégation d'autorité parentale, qui place l'enfant dans une situation de précarité vis-à-vis de ses parents qui se sont vus déléguer l'autorité parentale. Donc, il serait bien que l'État prenne ses décrets d'application pour mettre en oeuvre ce statut des pupilles de la nation.”

Est-ce que la difficulté n'est pas d'avoir des institutions plus efficaces ?

Terainui Hamblin-Ellacoptt, personne ressource : “En fait, la participation à cet atelier m'a permis, en tant que personne qui vient du privé, de mieux comprendre la complexité du service public et je me suis rendu compte de l'ampleur de la tâche, et qu'il y avait surtout un problème de mise en avant des compétences et des métiers. Il faut avant tout essayer de revaloriser les métiers du service public. Ceux qui travaillent dans l'administration doivent en avoir marre de toujours être critiqués. Il faut essayer de faire mieux collaborer le secteur public avec le secteur privé parce que les compétences existent des deux côtés.”

On a le sentiment qu'on veut moins d'administration mais qu'on attend plus de services, est-ce qu'il n'y a pas un décalage ?

Yolande Vernaudon : “Effectivement, on relève un paradoxe par rapport aux autres ateliers. On souhaite que le service public soit moins omniprésent, moins lourd et coûte moins cher. C'est une conclusion à laquelle on arrive lorsqu'on aborde les choses d'une manière générale. À côté de ça, dans les démarches sectorielles, on voit que les gens réclament plus de contrôle administratif, la création d'agences, d'établissements publics.”

Mickael Fidèle : “Effectivement, il y a un paradoxe et c'est au politique de trouver un juste équilibre. Il faut réformer l'administration. En métropole, il y a une loi organique qui a été prise, qui s'appelle la Lolf ( Ndrl : Loi organique relative aux lois de finances) et qui prévoit de réformer toute l'organisation des services publics.”

Vous avez abordé la question de la stabilité des institutions…

Yolande Vernaudon : “Nous avons beaucoup discuté de valeurs et de principes. Certains ont découvert que les principes institutionnels de la République s'appliquent en Polynésie. Il semblerait que pas mal de gens n'aient pas en tête le fait que le statut est une loi organique et s'inscrit dans la Constitution. Mais ensuite on arrive à des voeux pieux : il faut que le principe de continuité s'applique, idem pour l'intérêt général.”

Mickael Fidèle : “Il appartient aux politiques de s'accrocher à ces principes pour que toute la population puisse profiter des retombées du développement. Il y a aussi les principes de l'autonomie qui doivent aboutir à une autonomie financière. Il faudrait aussi s'orienter vers un développement endogène un développement durable respectueux de l'environnement, de la culture et de la population.”

Propos recueillis par CV

La synthèse générale demain

Les états généraux de l'outre-mer décrétés en février par Nicolas Sarkozy lors d'une crise sociale sans précédent aux Antilles s'achèvent demain par une synthèse des travaux des ateliers locaux, où le thème de la gouvernance a été l'un des sujets les plus évoqués. Aucune annonce spectaculaire n'est attendue. Il s'agit d'un “temps d'échange” intervenant “avant le temps de la décision”, fin octobre, début novembre, lors du premier conseil interministériel de l'outre-mer présidé en personne par M. Sarkozy, précise-t-on du côté du gouvernement.

Néanmoins, des décisions pourraient intervenir plus vite, le chef de l'État devant annoncer début octobre, aux élus de Martinique et Guyane, la date des référendums sur un éventuel changement de statut de leurs départements, qui devraient être organisés avant la fin de l'année. Demain, d'autres pistes pourraient être tracées par Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur et Marie-Luce Penchard secrétaire d'État à l'Outre-mer, comme la nécessité de donner “une meilleure visibilité” aux expressions culturelles issues des différentes régions de l'outre-mer français. En Guadeloupe, c'est “le renforcement de l'autonomie” de l'archipel qui a été réclamé, en Martinique, la création d'une collectivité unique aux compétences plus grandes, “pour mieux prendre en compte et régler les difficultés de la vie quotidienne : emploi, transport, logement, services publics”.

En Guyane, l'éducation et la formation ont été placées au rang de “priorités absolues”, dans un département où 44% de la population a moins de 20 ans. La Délégation polynésienne se prépare “Emmenés par les deux délégués généraux, Heremoana Maamaatuaiahutapu et Joël Allain, les responsables d’ateliers, ou leurs représentants, oeuvrent de manière à marquer de l’empreinte polynésienne cette phase de restitution nationale, en s’apprêtant notamment à défendre la spécificité polynésienne face aux problématiques évoquées par les autres collectivités ultra-marines”, peut-on lire dans un communiqué envoyé par la délégation. “Nous travaillons à fond”, souligne de Paris Heremoana Maamaatuaiahutapu, à la fois chargé de la synthèse générale et de la valorisation des propositions concernant l’atelier 6, pour la culture.

Et de poursuivre : “La Polynésie française ne manquera pas ce rendez-vous essentiel et ce d’autant que le préambule du document de synthèse a choisi, en guise d’introduction, cette parole, si vivante et si forte, de Jean-Marie Tjibaou : ‘La recherche d’identité, le modèle pour moi, il est devant soi jamais en arrière et je dirais que notre lutte actuelle, c’est de pouvoir mettre le plus d’éléments appartenant à notre passé, à notre culture dans la construction de notre modèle d’homme et de société que nous voulons pour l’édification de la cité. Notre identité, elle est devant nous.’”

De la stabilité

Stop à la course aux compétences : Avant toute chose, la course à l'évolution statutaire doit cesser selon l'atelier 4, mais il conviendrait de faire un bilan de l'autonomie. “Une commission mixte État/Pays devrait se mettre en place afin de recenser les compétences exclusives de chacun et le domaine de compétences partagées. L'application du principe de subsidiarité pourrait être effective dans le cas de compétences partagées. Il serait également opportun de prévoir une procédure d'étude d'impact pour les lois du Pays et mieux informer la Polynésie française des principales évolutions normatives de son champ de compétences.” Modifier la motion de défiance : Pour ce qui est du nomadisme politique, les fameuses girouettes, au-delà des “voeux pieux”, l'atelier 4 préconise un meilleur encadrement des motions de défiance : “limiter le nombre de motions de défiance par représentant et par quinquennat et redéfinir le nombre minimum de représentants nécessaires à un dépôt de motion.” Pour l'atelier 4, la stabilité passe par le maintien au pouvoir du président qui pourrait être ainsi “porteur d'un véritable projet de société”. Pour cela, il est recommandé soit de procéder à une élection du président au suffrage universel direct ou à “un réaménagement de la motion de défiance qui pourrait conduire à un renversement du gouvernement mais non du président lui-même”. L'atelier 4 n'exclut pas non plus une réforme du mode de scrutin avec la réduction du nombre de représentants et le réaménagement de la prime majoritaire.


De la transparence

Plus de contrôles : L'assemblée doit assurer son rôle de contrôle, notamment lors du débat budgétaire, en fixant “des objectifs de politiques publiques, des calendriers”. Idem pour la commission de contrôle budgétaire et financier qui “devra aller plus en profondeur dans la critique des budgets et ne plus simplement donner son avis sur les subventions”. L'atelier 4 estime également qu'il “est nécessaire de faire certifier les comptes du Pays le plus rapidement possible par la CTC, à l'instar de ce qui est fait pour l'État et prévu pour les collectivités locales en métropole”. Des mécanismes de contrôle doivent aussi être mis en place dans le cadre de l'activité de l'administration pour vérifier la réalisation des missions et l'atteinte des objectifs. Limiter les cumuls ou renouvellement de mandats : “La défense de l’intérêt général commande une protection de tout responsable politique contre la tentation de considérer son mandat comme un statut qui ne saurait être remis en cause. La politique ne doit pas être un métier mais un engagement pour le bien public.” Des sanctions contre toute forme de corruption : “Certains participants ont évoqué la mise en application de la Convention des nations unies contre la corruption dont l’objectif est de promouvoir l’intégrité, la responsabilité et la bonne gestion des affaires publiques et des biens publics. Les agents publics qui sont tenus au devoir de probité et de désintéressement ne doivent pas se trouver dans une situation telle que leurs intérêts personnels puissent être en contradiction avec ceux de la collectivité qu’ils servent. En cas de faute de cette nature, la sanction minimum nous apparaît être la révocation pour un fonctionnaire ou le licenciement pour faute lourde pour un agent contractuel.”


De la compétence

Responsabiliser et former les politiques : “Il serait souhaitable de renforcer la capacité de nos élus politiques. Ils pourraient ainsi suivre des formations juridiques à l’instar de leurs homologues communaux. Il serait opportun d’orienter nos représentants vers un recrutement plus judicieux de leurs conseillers. L’exigence à ce niveau d’un diplôme de deuxième cycle pourrait être le gage d’un tel recrutement. Cette règle vaut également pour la désignation des membres du gouvernement qui, au regard de l’autorité qui leur est confiée sur des pans entiers de nos administrations, devraient avoir les qualifications intellectuelles et les expertises appropriées.” Exiger une vision à long terme et instituer une obligation de résultats : “Il est essentiel de sortir de la vision à court terme pour traiter sur le fond les problèmes et de proposer des solutions durables.” Pour cela, l'atelier 4 propose une réforme de fond en comble du service public, la “définition d’objectifs clairs et précis dans les politiques publiques”, la “dépolitisation de l’administration (chefs de service, présidents de Sem, d’Épic…), la “constitution et formation d’un vivier de cadres capables d’occuper des postes de commandement”… L'atelier 4 propose également que sur le plan politique, les ministres engagent individuellement leur responsabilité en justifiant leurs politiques devant l’assemblée et que “des agences de régulation qui pourraient avoir le statut d’autorités administratives indépendantes” contrôlent l'efficacité des politiques mises en oeuvre. Promouvoir la compétence au sein de l'administration : L'atelier 4 préconise que l'accès aux emplois de la fonction publique, du bas en haut de l'échelle, soit soumis au concours et que toutes les dérogations à ce système mises en place par le pouvoir politique soient réformées voire supprimées.


Du service public

Éviter l'implication directe de la politique : “Il appartient au politique, en l’occurrence au gouvernement et aux ministres pris à titre individuel, de définir des objectifs à l’administration mais, à partir du moment où ces objectifs ont été définis et jusqu’à ce qu’il soit procédé à l’évaluation des résultats, le ministre (ou son cabinet) ne doit pas s’immiscer dans le fonctionnement des services, ni a fortiori interférer sur les affectations de moyens –humains et matériels– qui leur sont affectés. Il convient, pour y parvenir, de procéder à une révision de la loi organique portant statut de la Polynésie française, remplaçant le système actuel de la concentration des pouvoirs entre les mains du Président (qui ne peut les déléguer qu’aux ministres) par une détermination des attributions par ministère (à l’instar du statut Deferre de 1957), ce qui permettra : aux ministres de déléguer leurs pouvoirs et donc leurs responsabilités (et non pas seulement comme actuellement leur signature) ; aux services d’être rattachés de manière pérenne à tel ministère technique (et non soumis, comme actuellement, à la fluctuation de la composition des portefeuilles ministériels).” Diminuer les coûts : “Il convient de ramener le coût global de fonctionnement des services publics polynésiens à une proportion acceptable, de concentrer les moyens sur les missions essentielles et, d’autre part, de dynamiser le secteur privé en lui délégant le maximum des missions qu’il est susceptible de prendre en charge : par le biais de marchés publics de fournitures et de prestations (prestations de service pour les opérations de maintenance, par exemple) et par celui de la délégation de service public.” Moderniser : Mettre en convergence les différentes fonctions publiques, alléger les procédures administratives, rattraper le retard en matière d'e-administration, instaurer un médiateur de la Polynésie française, sont autant de pistes proposées par l'atelier 4.

 

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Commentaires anonymes

02/10/2009 à 07h26

Ce pays baigne dans la corruption depuis des dizaines d'années et il est bien difficile d'en sortir quand tous ces politiciens sont englués dedans jusqu'au cou. Le nettoyage en cours sera insuffisant.

01/10/2009 à 18h16

Il y a eu la manifestation d'une très grande insatisfaction par rapport à l'autonomie mais non pas en ce qui concerne le principe de l'autonomie...
Mais si nos responsables sont incapables de se donner les moyens de l'assumer, n'est-ce pas le principe même qu'il faudrait remettre en question ?

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