L’Epap passe à la trappe

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Publié le jeudi 26 août 2010 à 11H46

PRÉVENTION. Lisa Juventin quitte son poste de directrice de l’Établissement pour la prévention (Epap). Dans sa lettre de démission datée de lundi, elle dénonce “la réduction des moyens de prévention”. Le mois dernier, le collectif budgétaire 4 a entériné la désaffectation des taxes de l’Epap. Loin d’avoir vu une subvention de compensation à la même hauteur, l’Epap est aujourd’hui en sursis.

L’ESSENTIEL

  • Les associations s’inquiètent de la pérennité de leur financement “
  • C’est se moquer des gens de leur faire croire qu’il y aura une solution complémentaire”, souligne un proche du dossier
  • “Il y a un risque politique que les subventions soient distribuées au gré des affinités” si les ministères reprennent en main ces financements, insiste-t-il

Le pompage dans les satellites des taxes affectées pour les réinjecter directement dans le budget du Pays continue à faire grincer des dents. Au début du mois, c’est Jacques Derue qui annonçait quitter son poste de directeur de l’Établissement d’aménagement et de développement (EAD). Lundi dernier, c’est Lisa Juventin, directrice de l’Établissement pour la prévention (Epap), qui a décidé à son tour de jeter l’éponge. “La désaffectation des taxes de l’Epap doublée de la diminution de la subvention versée par le Pays pour compensation soulève un certain nombre d’incohérences et surtout pose la question du devenir de l’Epap”, indique-t-elle dans sa lettre de démission adressée au ministre de la Santé, Jules Ien Fa que Les Nouvelles se sont procurée. “Il est regrettable que cette réduction des moyens de prévention, déjà auparavant sérieusement diminués, se trouve assise sur des raisons budgétaires voire comptables, sans qu’aient été évaluées auparavant les conséquences de ce grand pas en arrière en matière de prévention. Quelle alternative est proposée après l’Epap en termes de politique globale de prévention ?” Contactée par Les Nouvelles, Lisa Juventin n’a pas souhaité s’exprimer sur sa démission.

L’Epap devrait jongler en 2011 avec 300 millions de Fcfp de subventions, à condition que l’assemblée les vote, au lieu de 481 millions de recettes grâce aux taxes en 2009. Jusqu’ici l’Epap disposait de réserves, elle avait ainsi pu accorder plus de 700 millions de Fcfp de financements en 2009. Aujourd’hui, son tiroir ne contient plus que 200 millions de Fcfp. Les amendements portés en commission au collectif budgétaire 4 ont en effet sévèrement baissé la subvention de compensation qui avait été proposée par le gouvernement. “Cela devient ridicule”, lâche un proche du dossier. “Faut-il alors maintenir cet établissement ? Cela n’a pas d’intérêt. Le gouvernement le laisse vivoter en demi-sommeil.” En 2009, ses charges de personnel avaient atteint près de 60 millions de Fcfp. Le ministère de la Santé est lui bien embêté pour apporter une réponse. “Je ne peux rien répondre tant que l’assemblée n’a pas voté le budget”, indique son directeur de cabinet Charles Marty. “On ne sait pas si l’Epap survivra aujourd’hui. Il ne faut pas non plus que la subvention paie uniquement les charges de fonctionnement. Autant dans ce cas réattribuer des crédits à d’autres services. En situation de crise, il faut se recentrer sur l’essentiel.”

Cette décision du gouvernement a surpris les neuf agents de l’Epap. “La remise en cause de l’existence de l’établissement pour des raisons indépendantes de la qualité de sa gestion intervient au moment où une délibération du conseil d’administration, portant refonte de programmes généraux d’intervention et modalités d’attribution de financements, a été, il y a à peine quelques mois, validée par le conseil des ministres”, écrit Lisa Juventin dans sa lettre de démission. “Cette validation constituait l’aboutissement d’importants et longs travaux de concertation interministérielle.” En avril dernier, les programmes éligibles à une subvention de l’Epap ont été redéfinis ainsi que les modalités d’attribution de financement. Désormais, les financements de l’établissement ne pourront pas dépasser 60% des projets contre 100% auparavant. La gestion de l’établissement depuis sa création a d’ailleurs été passée au peigne fin par la chambre territoriale des comptes (CTC). La CTC devrait rendre ce rapport public au cours de ce troisième trimestre.

Au-delà du devenir de l’établissement, quel sera l’impact de cette baisse de recettes sur les associations et les établissements qui bénéficiaient de ses financements ? “C’est se moquer des gens que de leur faire croire qu’il y aura une solution complémentaire”, indique un proche du dossier. “Les moyens vont diminuer fortement. Qui va prendre le relais si chaque ministre gère ces subventions ? Il y a un risque politique que les subventions soient distribuées au gré des affinités.” Certains dénoncent que la “prévention soit sacrifiée”. “Est-ce que c’est le meilleur choix quand on voit que 900 millions de Fcfp sont investis dans une maison de la perle ?”, s’agace l’un d’eux. “On diminue les moyens de prévention mais sur le long terme la prévention a un impact économique. Une grande partie des coûts de la santé est due à des mauvaises habitudes alimentaires et à des comportements qu’il faut changer. On ne peut pas me dire aujourd’hui que la santé est un luxe.” Certaines associations commencent à craindre la continuité de leur financement. En 2009, la ligne verte du Fare Tama Hau, ouverte tous les jours, a reçu 55 millions de Fcfp de la part de l’Epap. Si cette subvention venait à disparaître, cela signerait la fin de la ligne verte qui a reçu près de 700 appels “à contenu” en 2009.

L’association Arii Heiva Rau de Moorea se réunit, elle, ce soir pour prendre une décision sur les mesures à prendre pour faire face à la baisse de subvention de l’Epap. Henriette Kamia, présidente de la fédération polynésienne de sports adaptés et handisports, a, elle, déjà demandé un rendez-vous avec le ministre de la Santé. “Cette baisse de subventions me fait peur pour l’année prochaine. Côté prévention, je ne sais pas qui prendra la relève. Aujourd’hui, c’est grâce à l’Epap, que la majorité de nos écoles fonctionnement.” Elle ajoute : “Nous, les personnes handicapées, avons besoin du sport pour le bien-être de notre corps et de notre tête. Quand une personne handicapée fait du poney, certains disent que c’est du luxe mais pour nos enfants autistes ou trisomiques c’est une thérapie”.

MT

HENRIETTE KAMIA Présidente de la fédération polynésienne de sports adaptés et handisports

Craignez-vous que la baisse prévue des recettes de l’Epap ait un impact sur l’activité de votre fédération ?

“Ça me fait peur pour l’année prochaine car côté prévention, je ne sais pas qui prendra la relève. Aujourd’hui, c’est grâce à l’Epap que la majorité de nos écoles fonctionne. Je reçois 10 à 12 millions de Fcfp par an. C’est l’Epap qui subventionne en majorité la fédération. Cela m’inquiète vraiment car on a plus d’une vingtaine d’écoles de sports maintenant. J’ai pris rendez-vous avec le ministère de la Santé qui préside l’Epap. Je vais commencer à me renseigner pour savoir comment ça va se passer l’année prochaine. Sans l’Epap on ne pourra plus fonctionner au niveau des écoles de sport. Nous sommes à plus de 1 000 licenciés associés à la fédération. Nos clubs handisports s’inquiètent. Certains m’ont déjà appelé pour me demander ce qui allait se passer.”

Que pensez-vous si le gouvernement distribue directement les subventions à travers ses ministères ?

“Avant la création de l’Epap quand on demandait, on n’avait rien. C’est seulement depuis la création de l’Epap que nous avons des subventions. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait avant ? Je me pose des questions.”

Craignez-vous que les subventions soient plus politiques si elles sont distribuées directement par les ministères ?

“C’est vrai que c’est seulement la création de l’Epap qui a permis l’essor de notre fédération. Toutes nos écoles vont porter leur fruit maintenant. L’école des sports, ce n’est pas que pour faire du haut niveau. Nous, les personnes handicapées, nous avons besoin du sport pour le bien-être de notre corps et de notre tête. Cela nous aide beaucoup. Quand une personne handicapée fait du poney, certains disent que c’est du luxe, mais pour nos enfants autistes ou trisomiques, c’est une thérapie. Ce n’est pas juste pour monter sur un cheval. Cela les aide à tisser des liens avec ces animaux Pour eux, c’est nécessaire de faire de l’équitation une fois par semaine. Cette activité leur apporte beaucoup à tous les niveaux.”


DANIEL DUMONT Directeur du Fare Tama Hau

“Nous sommes dans l’attente de la préparation du budget 2011”

L’Epap a accordé, en 2009, 55 millions de Fcfp pour la ligne verte. Que craignez-vous face à la baisse prévue des recettes de l’Epap ?

“Il faudra que le financement soit remplacé par une autre ressource. Nous sommes dans l’attente de la préparation du budget 2011. Nous sommes en pleine discussion avec notre ministère de tutelle. C’est le ministère qui défendra la subvention qui nous sera attribuée l’année prochaine. On émet nos besoins, ensuite que cela provienne de l’Epap ou d’une autre source, cela importe peu, on attend d’être informé sur le sujet. Si l’Epap ne nous finance pas l’année prochaine, il faut trouver une autre source de financement. Sinon, il n’y a plus de ligne verte.”

La baisse de la subvention de l’Epap, est-ce un message à l’attention des associations selon vous ?

“La baisse de la subvention de l’Epap, c’est sûr que ce n’est pas une bonne chose pour nous ni pour personne. C’est plus un problème de politique générale d’ailleurs. L’Epap a été créé pour qu’il y ait une traçabilité des taxes qui ont été mises sur certains produits. On savait ainsi où allaient ces taxes. Ensuite l’établissement redistribuait ces émoluments en fonction des projets qui relevaient de la prévention. Nous nous émettons des besoins. On n’est pas à même de décider s’il faut une subvention globale du Pays ou si c’est l’Epap à qui on affecte des taxes qui vont nous financer. Ça, c’est une décision politique aussi. Tout ce qu’on dit c’est qu’on avait tant de subvention du Pays et de l’Epap l’année dernière, on fait la somme des deux. L’année prochaine on a besoin de tant moins la réduction qui était prévue car on est dans une situation difficile, on demande qu’on nous finance.”

Que se passera-t-il concrètement pour vous si le Pays ne compense pas ?

“Si le pays ne compense pas, on sera obligé de supprimer la ligne verte. Ouverte depuis le 1er janvier 2005, on a eu en 2009, 29 024 appels. La plupart des appels proviennent de la zone urbaine. Sur ce nombre d’appels, il y a des demandes d’aides immédiates, d’information, des prises en charge et parfois des transmissions à la DASS ou au procureur. En 2009, il y en a eu 58. Ce n’est pas rien. Sur le nombre total, il y a à peu près 700 appels “à contenu” en sachant qu’on est ouvert tous les jours de 6 à 22 heures du lundi au jeudi et de 6 heures à minuit le vendredi et de 14 à 22 heures les samedis, dimanches et jours fériés. Ça correspond à peu près quand même à deux appels “à contenu” par jour. Ce sont des appels qui nécessitent des échanges et du travail.”


STÉPHANE AMADÉO Président de l’association SOS Suicide

“On comprend qu’il y a des priorités à faire”

Quelle est la réaction de votre association face à la baisse des recettes de l’Epap ?

“C’est vrai qu’on craint un peu quand même la baisse de ressources de l’Epap. L’établissement, en ce qui nous concerne, nous a beaucoup soutenus.”

Quelle part de votre budget représentent les aides de l’Epap ?

“Au départ, c’était pratiquement 100%. L’Epap nous a permis d’assurer des formations en faisant venir quelqu’un, ensuite en faisant des formations dans les îles pour les médecins et les personnels de santé. Il nous a aussi aidés pour financer une enquête qui va se terminer cette année sur les conduites suicidaires et une disposition de prévention qu’on teste aussi. Au départ, ils nous ont subventionnés à 100% puis ça a diminué jusqu’à 60% cette année.”

Le Pays souligne qu’il assurera la continuité. Cela risque-t-il d’être différent pour vous ?

“C’est vrai qu’il y a peut-être d’autres solutions de prise en compte de la prévention. La santé publique a un département de prévention et était déjà un référent. Je trouve dommage qu’on se prive d’un organisme comme l’Epap parce que c’est pas évident d’avoir, même dans les institutions publiques, des services qui puissent gérer ça. Ce que j’apprécie dans l’Epap, c’est que ça donnait une ouverture aussi par rapport à des choses qui n’existaient pas forcément au niveau des institutions publiques. C’est peut-être faisable encore dans un nouveau système.”

Est-ce que vous voyez cette mesure comme un signe de dédain pour les associations ?

“Non, je vois surtout la situation budgétaire réelle. On comprend bien qu’il y a des priorités à faire. Le calcul qu’il faudrait faire, je l’ai dit au ministre, c’est qu’il faut voir que la prévention ne se calcule pas à court terme. À moyen terme, elle peut faire économiser des hospitalisations et des soins. C’est aussi un calcul comptable qu’il faut faire par rapport à des actions qu’il faut évaluer pour en voir l’impact. Par exemple pour le diabète prévenir les complications, c’est autant d’hospitalisations en moins.”

Réussissez-vous à obtenir des ressources en dehors des subventions en provenance du Pays ?

“On a d’autres partenaires ; pour nos enquêtes, on a eu l’aide du CHPF, des partenaires privés comme le Lion’s club... On va continuer à faire des manifestations. Chaque fois qu’on fait des actions de sensibilisation, on essaie de récolter des fonds. Nous-mêmes, on organise des manifestations pour aussi sensibiliser.”

Mélanie Thomas
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Commentaires anonymes

20/09/2010 à 14h12

Me'a ma, grâce à l'Epap on peut voir des opérations de prévention que mènent les associations. Il ne faut pas se leurrer, le changement de comportement n'est pas facile à faire. Chacun de nous a une mission, c'est vraiment d'aider son prochain à être informé et avoir un comportement de citoyen responsable. Bravo l'Epap pour les missions que vous avez pu effectuer jusqu'à aujourd'hui. Le gouvernement a besoin d'équilibrer son budget et l'Epap est une solution facile. On va puiser là où on n'a pas besoin de faire des Grands Efforts. Bienvenue les SUCETTES de toutes les couleurs bien sucrées, et attention aux dents!!!! ça va faire mal!!!

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30/08/2010 à 15h15

Enfin, on a décidé de supprimer cette entité!!! Franchement, cette entité était un peu hypocrite, du fait qu'elle faisait certes, de la prévention mais grâce à l'argent provenant de la consommation des produits contre lesquels elle se battait. En clair devant les médias le message était "ne buvez pas sucré c'est pas bon pour la santé". derrière les médias, c'était "heureusement que les gens consomment ces produits, sinon on aura pas d'argent à la fin du mois".

Et puis franchement, tout le monde sait ce qu'on risque en consommant tel ou tel produit, donc arrêtons de foutre inutilement l'argent par la fenêtre et d'enrichir tous ces publicitaires. Si les gens veulent se détruire la santé en toute connaissance de cause, qu'ils le fassent mais à ce moment là, il ne faut pas que la CPS prenne en charge leurs frais médicaux. Il est temps de responsabiliser les gens.

Héhé Lisa, on ne te verra plus sur la route avec la voiture de service!!! Tu devra prendre dorénavant ta propre voiture!!!!

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28/08/2010 à 09h05

"Sur le nombre total, il y a à peu près 700 appels “à contenu” en sachant qu’on est ouvert tous les jours"
= moins de deux appels "à contenu" par jour ?[i][/i]
Où trouve t'on le rapport d'activité + budget du Fare Tama Hau ?

Commentaires anonymes

27/08/2010 à 19h57

Au moins avec l'EPAP, les taxes sur certains produits de consommation étaient redistribuées dans le domaine de la prévention. Mais maintenant à quoi va servir une taxe sur le sucre ou l'alcool si elle sert ensuite à financer du logement social par exemple...
Si on supprime l'EPAP, ces taxes n'ont plus de raison d'être et faudra chercher l'argent d'une autre façon.

La prévention ne se mesure pas à court terme et n'est en rien une "valeur" sure pour le décideur politique qui lui cherche des voix et des résultats mesurables très rapidement...malheureusement...
L'EPAP n'a pas financé assez il me semble les actions de promotion du sport ou des activités physiques mais on a normalement un ministère pour cela qui devrait peut être avoir lui un peu plus de moyens...

Commentaires anonymes

27/08/2010 à 14h28

Pour ça, il faut remercier Antony Géros, l'UPLD, Gaston Flosse et Tarita Sainjoux du Tahoera'a, qui ont imposé leur amendement afin de réduire le budget de l'EPAP! ils peuvent être contents d'eux mêmes, à moins qu'ils nous fassent la grosse blague de réabonder ce budget au prochain collectif de Tong Sang, en disant à la presse : ON A SAUVE L'EPAP!... ce serait très drôle.

Commentaires anonymes

27/08/2010 à 07h46

Charges de personnel: [b]60 millions[/b]
Nombre d'employés : [b]9 agents[/b]
[b]Ça fait de bonnes paies ![/b]

Commentaires anonymes

26/08/2010 à 17h38

Sans vouloir en aucune façon, juger le fond du problème, je ne peux m'empêcher de remarquer que 60 millions de charges de personnel par an pour 9 personnes.... Ca fait quand même une moyenne mensuelle d'environ 550 000 CFP. On est loin, bien sur, du salaire du nouveau PDG de la TEP mais ...Il y a bien 2 mondes bien distincts à Tahiti !

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