Derniers adieux à Alexandre Léontieff

Publié le vendredi 06 mars 2009 à 09H56

ENTERREMENT. Alexandre Léontieff a été inhumé mercredi matin au cimetière de l’Uranie, après une cérémonie religieuse au temple protestant de Punaauia. Les autorités politiques de l’État et du Pays ainsi que ses proches et ses anciens collègues de la CPS lui ont rendu un dernier hommage.

L’ESSENTIEL

  • Tous ceux qui ont tenu à rendre un dernier hommage à Alexandre Léontieff ont salué sa carrière et son travail.
  • Ils ont aussi insisté sur ses qualités humaines : son intelligence, son humanité L’ancien ministre, ancien député, ancien président du gouvernement et directeur de la CPS est décédé lundi à l’âge de 60 ans d’une crise cardiaque
  • Alexandre Léontieff a laissé derrière lui sa femme Mairenui et trois enfants : Dimitri, Grégori et Aliocha

Les autorités politiques de l’État, du Pays, des personnalités de la société civile étaient présentes mercredi matin dans le temple protestant de Punaauia pour rendre un dernier hommage à Alexandre Léontieff aux côtés de sa famille, ses proches et ses anciens collègues de la CPS. Il a ensuite été inhumé au cimetière de l’Uranie. C’est d’abord le haut-commissaire, dans son discours, qui lui a rendu hommage. “Homme doué de multiples talents, il aura connu toutes les réussites les plus brillantes, et les épreuves les plus amères”, a souligné Adolphe Colrat. Alexandre Léontieff a en effet marqué la vie politique polynésienne de son empreinte. Il est le premier étudiant polynésien à revenir au milieu des années 70 avec un titre de docteur en économie. En 1977, il devient numéro deux du Tahoeraa Huiraatira après deux années passées comme chargé de mission auprès du secrétaire général de la Polynésie et quatre ans comme chef du service des Affaires économiques.

En 1984, il devient ministre de l’Économie, du Plan, du Tourisme, de la Mer, de l’Industrie et du Commerce extérieur. Un an après être devenu député en 1986, il devient le plus jeune président du gouvernement de la Polynésie française. Il obtient ainsi sa revanche sur le leader du parti au fei qui lui avait préféré le maire de Arue Jacky Teuira pour le fauteuil de président du gouvernement en 1984. Mais alors que Gaston Flosse revient au pouvoir, une traversée du désert semée d’embûches débute pour Alexandre Léontieff. “Il a souffert et payé sa dette sur terre comme peu de gens peuvent s’en vanter”, a souligné son fils Dimitri. En 1995, Alexandre Léontieff purge une peine de deux mois de prison à la Santé après avoir rompu le contrôle judiciaire auquel il était astreint dans le cadre de l’enquête sur le golf de Opunohu. En 1998, il est condamné en première instance pour corruption dans l’affaire du golf de Opunohu à trois ans d’emprisonnement, dont deux ferme et à cinq ans d’inéligibilité. “Bien des louanges ont été exprimées. Mardi soir, place Tarahoi, c’est dans la ferveur que la réhabilitation publique d’Alexandre a pu être consacrée avec éclat”, a souligné Louis Savoie, ancien ministre de l’Économie dans le gouvernement Léontieff.

Alexandre Léontieff avait été nommé fin 2004 directeur de la CPS, un poste qui le passionnait selon ses proches. “En 2006, à l’occasion de l’anniversaire des 50 ans de la CPS. Il interpellait déjà les instances compétentes sur la nécessité de réformer notre système de protection sociale”, a souligné un représentant de la CPS mercredi.

MT

Le TOUT IMAGE

Dimitri Léontieff, fils d’Alexandre : “Un père attentif à nos vies, à nos problèmes”

“Tout a été dit sur l’homme politique qu’était papa : sa carrière, ses déboires. Je vous parlerai maintenant simplement de notre papa. C’était un bon père, un bon papa, attentif à nos vies, à nos problèmes. Dans la difficulté, il était toujours là comme il l’a toujours été pour ceux qui lui demandaient de l’aide. Évidemment, ce ne sont pas les épreuves qui ont manqué dans sa vie. Papa, on discutait souvent de l’histoire de notre famille, de la famille Léontieff, depuis la ville de Saint-Pétersbourg où tu t’étais rendu pour un pèlerinage familial, le berceau de la famille Léontieff et puis jusqu’à ici, à Tahiti. Il cherchait à retracer le parcours de nos ancêtres, notre histoire, savoir d’où l’on vient pour réaliser qui on est. Nos racines russes et polynésiennes : Léontieff et Teahu, nous en sommes fiers comme lui. Papa, on discutait après tes dures épreuves, en métropole ou ici. Tu m’avais dit que tu appréciais particulièrement l’histoire de Job. Cet homme à qui Dieu avait tout donné puis tout repris pour mettre à l’épreuve sa foi. Papa a cru en Dieu. Tu as cru en Dieu, papa, jusqu’au bout. Il a souffert et payé sa dette sur terre comme peu de gens peuvent s’en vanter. Mais, papa, tu me disais toujours : ‘Mon fils dans la vie, il ne faut pas avoir de rancune simplement un peu de mémoire’. J’espère simplement que tu as enfin trouvé le repos que tu méritais tant auprès des êtres aimés là-haut. Tes trois fils sont fiers de toi. Dieu, je t’en supplie, accueille notre papa auprès de toi. Donnelui la place qu’il mérite au paradis. Papa, je t’aime. Nous t’aimons.”

Réactions

TONY GÉROS, vice-président du Pays

Il aura jusqu’au bout bâti son Pays

“Un pays est comme une maison, il a besoin de différents corps de métiers, de différents talents, de différentes énergies pour se construire. Certains de ces corps de métiers vont s’attacher à l’extérieur, à l’aspect visible, chatoyant… à la décoration. D’autres vont s’attacher à protéger la maison des intempéries. Alexandre Léontieff était, lui, et je l’ai déjà dit, un travailleur discret, un charpentier de l’ombre. Mais, plus encore, c’était en fait un passionné de l’architecture dans ce qu’elle a de plus noble. C’était un penseur, un concepteur, qui voulait avant tout que les fondations de la maison soient solides. Et pour s’en assurer, il travaillait, souvent plus que de raison… mais la raison ne peut rien contre la passion. Et la passion d’Alexandre Léontieff, c’était son Pays, notre grande maison polynésienne, à laquelle il aura apporté plus d’une pierre. Et avec une précision et une intelligence d’orfèvre, il aura personnellement veillé à ce que chacune de ces pierres soit aussi solide que bien taillée. Un jour, cher Alexandre, cette maison sera entièrement bâtie. Ce jour-là, de là où tu es, je pense que nous verrons dans le ciel, ton sourire discret. Mais sache que ton nom est d’ores et déjà inscrit au frontispice de la maison Polynésie, avec la mention : ‘Travailleur infatigable, il aura jusqu’au bout bâti son Pays’”.


ADOLPHE COLRAT, haut-commissaire

Un vrai parcours d’humanité

“Le nombre, la diversité et la qualité des hommages rendus à Alexandre Léontieff donnent bien la mesure de la place qu’il avait prise dans notre vie publique polynésienne et dans le coeur de nos concitoyens. Homme doué de multiples talents, il aura connu toutes les réussites les plus brillantes, et les épreuves les plus amères. D’autres personnalités auraient pu se briser, ou renoncer. Alexandre Léontieff a conservé jusqu’au bout le goût des responsabilités. Jusqu’au bout, il a servi ses concitoyens, et son engagement s’est au fil du temps, comme épuré. C’est un vrai parcours d’humanité qu’il nous donne aujourd’hui de contempler. J’ai pu rencontrer Alexandre Léontieff le 5 novembre dernier, longuement. Il m’avait parlé de son rôle à la tête de la Caisse de prévoyance sociale, avec compétence et précision, avec passion aussi, empreinte de modestie. Il manifestait un dévouement sincère et désintéressé à l’égard des plus pauvres et des plus fragiles d’entre nous. C’est l’image, attachante et vraie, que je retiendrai d’Alexandre Léontieff.” 

Mélanie Thomas
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