Concession : la Sétil veut 30 ans

Publié le vendredi 04 septembre 2009 à 08H55

AÉROPORTS. À la fin de l'année, l'État décidera de la reconduction ou non de l’autorisation d'occupation temporaire dont bénéficie la Sétil Aéroports pour la gestion aéroportuaire. Mais cette dernière espère obtenir, cette fois, une concession sur 30 ans.

L’ESSENTIEL

  • Jeu de chaises musicales à la direction, manque de visibilité, projets inexistants, le nouveau PCA de la Sétil Aéroports et sa directrice disent “stop”
  • À la fin de l’année, l’État doit examiner la reconduction de la concession qui lui est accordée chaque année depuis 1996
  • Robert Maker et Nelly Tumahai espèrent obtenir une concession longue durée. Pourquoi pas sur 30 ans ?
Le 31 décembre, l'autorisation d'occupation temporaire (AOT) dont bénéficie la Sétil Aéroports pour la gestion aéroportuaire arrivera à son terme. Depuis 1996, l'État étudie chaque année cet AOT en vue de sa reconduction. Et comme – presque– chaque année, la Sétil fait savoir qu'elle aimerait revenir à un système de conventionnement longue durée, comme ce fut le cas entre 1966 et 1996. “Une concession de 30 ans qu’elle gérera à ses risques et périls” affirme-t-elle.

Robert Maker, le président du conseil d'administration et Nelly Tumahai, la directrice générale, tous deux en poste depuis seulement cinq mois, et le ministre en charge de l'aéroport de Tahiti-Faa'a James Salmon ont ainsi étalé hier matin leurs arguments, à l'occasion de leur “bilan des 100 jours”. Un plaidoyer au cours duquel Robert Maker a volontier admis que les “turbulences” politiques des cinq dernières années avaient “dégradé (l’image de la Sétil) auprès de l'État”. “Nos projets n'ont pas abouti comme prévu. La machine s'est grippée. Nous avons perdu en crédibilité, car ce qu'un directeur faisait l'autre le défaisait, le tout dans une incohérence stratégique qui n'a pas échappé à l'État.” Le PCA le sait, “malgré ses nombreuses années d'expériences, rien n'est acquis pour la Sétil Aéroports. Se voir concéder à nouveau la gestion de l'aéroport n'est pas gagné”.

D'autant que la concurrence s’est annoncée. L'EGIS, filiale à 100% de la Caisse des dépôts et consignations, s'est dite prête à prendre en main la gestion aéroportuaire. Robert Maker aimerait en faire un partenaire, un allié, et il poursuit en ce moment les négociations entamées par Gaston Tong Sang avec cette société. “Des pistes sont aujourd'hui explorées pour une évolution des statuts vers une forme de SA, à directoire et à conseil de surveillance, qui garantiront la séparation des rôles et des fonctions entre l'organe de gestion et l'organe de contrôle”, précise déjà la Sétil Aéroports. La commune de Faa’a pourrait aussi faire partie des nouveaux actionnaires de la société. “Le Pays (actionnaire majoritaire de la Sétil, ndlr) conscient de l'importance de l’enjeu a voté au dernier collectif budgétaire du 13 août une autorisation de programme sur 5 ans de 1,5 milliard de recapitalisation des fonds propres de la Sétil Aéroports, avec dès 2010 une première libération de l'augmentation de 306 millions de Fcfp de crédits de paiement”, a par ailleurs annoncé Robert Maker. Une recapitalisation “pour pouvoir prétendre à la reprise de la future concession”.

Car la Sétil Aéroports voit grand, avec la mise en oeuvre d’un programme d’investissement de 7 milliards de Fcfp sur les cinq prochaines années, comme autant de garanties données à l’État sur sa bonne volonté (lire zoom pour le détail des projets). Enfin, Robert Maker et Nelly Tumahai ont annoncé vouloir enrayer la progression continuelle des charges de l’entreprise et de la mettre en concordance avec l’évaluation de ses recettes. Pour cela, ils comptent sur quatre leviers : “un relèvement échelonné des redevances aéronautiques, un développement des recettes extra-aéronautiques, une gestion plus rigoureuse de ses achats externes et une redéfinition de la politique des ressources humaines”. Comprendre par cette dernière mesure que 10% des effectifs partiront en retraite anticipée, et ce sur la base du volontariat. Tous ne seront pas remplacés.

FR

DÉCRYPTAGE

  • Les mauvais chiffres du trafic aérien
Sur les cinq dernières années, le trafic passagers sur l’aéroport de Tahiti-Faa’a a diminué de près de 17% au global, 21% sur la fréquentation internationale et 14% sur la fréquentation domestique. Mais la décroissance du trafic passagers n’est apparue qu’à partir de l’année 2007 (-24% de trafic depuis 2006, - 27% sur la fréquentation internationale et -21% sur la fréquentation domestique), ramenant ainsi aujourd’hui le niveau d’activité de l’aéroport de Tahiti- Faa’a à celui du début des années 2000. La Sétil Aéroports redoute que cette tendance, globalement partagée dans tous les aéroports mondiaux, ne se poursuive sur le prochain semestre 2009. Elle estime, par ailleurs, qu’une baisse d’activité, de l’ordre de -14% sera également observée en 2009 sur le trafic départ de Tahiti-Faa’a et que cette autre diminution ne sera pas sans conséquence sur le montant cumulé de son chiffre d’affaires de fin d’année.

Zoom

Sept milliards de Fcfp de projets, sur cinq années

À plus ou moins long terme, la direction de la Sétil a exposé hier matin une série de projets ambitieux. Le 1er octobre, c’est le site Internet (www.tahiti-aeroport.com) qui sera modernisé et apportera notamment aux passagers “un large éventail d’informations en ligne avec la possibilité désormais de suivre les arrivées et les départs des vols”. Les derniers travaux dans la salle d’embarquement sont en cours et devraient être achevés aussi en octobre. L’endroit permet désormais un accueil confortable de plus de passagers qui auront accès à une zone élargie de boutiques. Et “pour compléter l’offre commerciale ‘duty free‘, la Sétil Aéroports envisage de lancer un concept d’achat à l’arrivée des vols internationaux, un ‘last minute shopping’. Ce futur point de vente pourra être aménagé dès que le dispositif législatif entrera en vigueur et pourra proposer la sélection classique des tabacs, alcools, parfums et cosmétiques aux voyageurs à l’arrivée, qui pourront flâner le temps de la livraison de leur bagage”, précise la Sétil Aéroports.

Sur le plan aéronautique, elle prévoit de développer le créneau de l’aviation d’affaires. Cette réalisation nécessitera des aménagements en zone nord de la plateforme, qui accueille déjà l’aviation générale. Sur le plus long terme, il est envisagé la réfection de la piste de Tahiti- Faa’a, celle des aires de stationnement des postes P1, P2 et partiellement le poste P0, la mise en oeuvre d’une voie de service, la réfection du hangar industriel occupé par Air Tahiti et le transfert de la compagnie Air Moorea au terminal domestique 1 pour des raisons de sûreté. L’ensemble des investissements à réaliser sur les cinq prochaines années est estimé à sept milliards de Fcfp.

Florence Richard
Imprimer Recommander Wikio Facebook Twitter digg

Légal

  • Droits de reproduction
    et de diffusion réservés
    © 2007-2011
    Les Nouvelles de Tahiti

  • Recommandations LNT

    Gardons Contact !

     

    Tous nos fils RSS   Contactez-nous !   La FanPage des Nouvelles de Tahiti   Suivez LesNouvelles.pf sur Twitter !   Le Channel Youtube des Nouvelles de Tahiti