Attributions de marchés “peu transparentes”

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Publié le mardi 10 août 2010 à 11H29

SEP. En matière de SEM, la SEP demeure un petit “joyaux” issu d’une certaine idée de l’autonomie. Après un premier volet dans notre édition d’hier consacré à la gestion décriée par la Chambre territoriale des comptes du directeur “omnipotent”, Karl Meuel, nous poursuivons aujourd’hui sur d’autres pratiques critiquées par la juridiction financière : tarifs mais surtout attribution des marchés.

L’ESSENTIEL

  • “La faible performance du tri sélectif pèse sur la qualité globale du traitement des déchets” estime la CTC dans son rapport sur la SEP
  • Elle précise aussi que les attributions de marchés décidées par la SEP ont été faites “dans des conditions peu transparentes”
  • En 1996, le prix de la tonne de déchets traités avait été fixé à 3 000 Fcfp dont seulement le tiers à la charge des communes “probablement pour obtenir l’adhésion des communes à ce nouveau projet”

Le prix de la tonne de déchets traités est un des éléments centraux des comptes de la SEP. “C’est que depuis 2000, nous avons ouvert les différentes structures (centre de tri, centre d’enfouissement technique, la collecte sélective…), et facturé une prestation aux collectivités de 11 000 Fcfp la tonne alors qu’en 2000 elle nous coûtait 27 498 Fcfp”, expliquait Karl Meuel le 3 juillet dernier. La CTC a remonté le temps, avant 2000. “Vous souhaitez savoir combien la population va payer ? Le président du gouvernement a souhaité… que le coût de la tonne traitée soit le moins cher possible, et que la population, les administrés en supportent le moindre coût possible. C’est pour cela que nous avons décidé d’investir dans cette société pour ne pas que le poids de l‘investissement vienne grever les frais de fonctionnement, et nous espérons arriver à un prix de 3 000 Fcfp la tonne”. L’auteur de la phrase ? Encore Karl Meuel qui s’adressait aux conseillers territoriaux en 1996. L’idée était que les communes n’en paient qu’un tiers, soit 1 000 Fcfp, l’autre partie devant être prise en charge par le territoire. Un tarif particulièrement intéressant avait donc été voulu au plus haut niveau du Pays. Un tarif avancé “probablement pour obtenir l’adhésion des communes à ce nouveau projet…” écrit la CTC.

Quelques mois plus tard, le conseil d’administration de la SEP constatait “que le prix de vente moyen à la tonne de déchets ménagers nécessaire à l’équilibre des comptes de la société est de 8 000 Fcfp pour 72 700 tonnes escomptées”. Dix ans plus tard le prix “a été fixé à 11 000 Fcfp” mais reste “insuffisant pour équilibrer les comptes de la SEP” et cette réévaluation devrait porter le prix de la tonne à 17 625 Fcfp en 2014. Mais le problème paraît beaucoup plus complexe qu’une simple réévaluation, puisque “ce prix paraît aujourd’hui élevé en raison de charges non directement liées au coût du traitement”. Ce qui amène la chambre à constater que “le quart de la facture HT payée par les communes et la collectivité de Polynésie française correspond au fonctionnement interne de la société d’économie mixte”. Cette situation de départ, liée à un prix du service qui “s’est fortement écarté des estimations initiales”, s’est ajoutée à ce que la CTC nomme “la mauvaise gestion de la sous-traitance”. “Depuis 2001, entre 59 et 76% des charges d’exploitation supportées par la SEP sont dues à la rémunération d’un seul sous-traitant, Enviropol, attributaire du marché global de traitement des îles du Vent, mais également intervenant pour la collecte des déchets spéciaux”. Relevant que “la SEP n’était pas contrainte de suivre les règles de passation des marchés publics”, la CTC relève toutefois que “la Sep a pu décider sans réelle mise en concurrence de l’attribution à Enviropol d’un marché d’un demi-milliard de Fcfp”, le juteux marché du traitement des déchets. Plus loin, la chambre souligne “les mauvaises pratiques de la SEP dans l’attribution des marchés d’acquisition des bacs roulants pour la collecte sélective des déchets ménagers”.

Et ici encore, on retrouve la place prépondérante du directeur : “Compte tenu de l’affaiblissement du rôle du conseil d’administration, fait observer la CTC, le directeur général est devenu le seul décideur en matière d’attribution des marchés de la SEP. Aucun employé de la SEP n’a été en mesure d’apporter la moindre information sur les marchés de la société”. La chambre détaille notamment cet appel d’offres du 4 février 2004 qui “a connu des incidents de procédures”. Les sociétés Technival et Intermat y avaient répondu et si la seconde “proposait un délai de livraison inférieur à un mois son offre tarifaire (69 226 300 Fcfp) était cependant supérieure de près de 4% à la proposition de Technival (66 634 354 Fcfp) pour la tranche ferme”. Cependant c’est bien Intermat qui s’est vu attribuer le marché et ceci “dans des circonstances curieuses” confie la chambre territoriale des comptes.

Après examen des pièces, la CTC a relevé ce qu’elle nomme une “discordance” : “L’acte d’engagement mentionnait bien les montants relevés lors de l’ouverture des plis de 69 226 300 Fcfp HT pour la tranche ferme, mais l’article 6 du document ‘acceptation de l’offre’, partie réservée à la SEP, présentait un montant distinct, 64 380 459 Fcfp, portant la signature de M. Meuel à la date du 7 mai 2004. Cette contradiction résulte d’une modification du montant par le directeur général, à réception d’un document intitulé ‘Addendum’ (du latin qui signifie ce qu’il faut ajouter, ndlr)… Selon ce document sur papier vierge daté du même jour que l’acte d’engagement (soit la date limite de dépôt des offres), Intermat proposait une remise de 7% en allongeant le délai de livraison d’un mois”. Toujours selon la CTC, “ce document, bien distinct de l’acte d’engagement, n’avait aucune valeur légale et contractuelle et ne portait aucun contreseing”.

Et là aussi les magistrats de la chambre relèvent qu’aucun CA “ne s’est déroulé entre février et mai 2004 et n’a donc pas pu approuver le choix de l’entreprise Intermat. C’est le cas également pour l’appel d’offres de mars 2007 à l’issue duquel la société Intermat a été choisie”.

PL

Des points positifs ? Oui…au moins un

Le tableau critique établi par la CTC est cependant un peu nuancé par l'activité de la Société d'économie mixte qui a permis “une amélioration globale de la situation environnementale”. Il faut dire qu'on partait de très loin avec “l'incapacité du Sitom (…) à régler le problème du traitement des déchets (…) qui avait laissé s'installer une situation sanitaire et environnementale fortement dégradée”, fait remarquer la CTC. Toutefois, cette amélioration du traitement des déchets et “l'impact positif sur la situation environnementale et sanitaire ne doivent pas masquer que des points noirs importants demeurent”. Et la chambre de relever “le choix d'une implantation dispersée des installations de traitement des déchets amoindrit l'amélioration globale constatée, en raison des nuisances occasionnées par les nombreux transports”.


“Soutien irrégulier” de la collectivité

Tout au long de sa vie, la Sem comme d'autres “soeurs” a bénéficié de la “générosité” de son principal actionnaire, le Pays. À ceci près que la Sep “a bénéficié d'une avance en compte-courant (une forme de prêt, ndlr) en 2002 maintenue à des conditions irrégulières” relève la CTC. La convention stipulait que l'avance de 173 millions de Fcfp devait être remboursée dans un délai de deux ans : versée le 12 juin 2002, l'avance devait donc être remboursée au plus tard le 11 juin 2004. “N'ayant pas procédé au remboursement dans les délais requis”, la Sem a bénéficié de certains aménagements s'acquittant au passage de 12 millions de Fcfp d'intérêts et de 36,9 millions au titre du remboursement de l'avance. La CTC divulgue notamment le contenu d'un courrier en date du 19 octobre 2006 (soit plus de quatre ans après l'octroi de l'avance) du trésorier payeur général de la Polynésie française “constatant que l'avance n'avait été ni remboursée, ni consolidée en prêt, indiquait désormais ‘procéder au recouvrement de [la] créance en faisant une application de la compensation légale’”. La CTC en conclut donc que la Sep a “bénéficié d'un soutien irrégulier de la collectivité de la Polynésie française qui n'a pas, selon le cadre réglementaire en vigueur, consolidé en prêt l'avance en compte-courant”. Dans l'incapacité de rembourser, la SEP a payé des intérêts d'un montant d'environ 13,7 millions de Fcfp.


Le tri sélectif à revoir

Le tri sélectif, vitrine la plus populaire des actions de la SEM est pourtant d'un niveau “toujours faible” observe la CTC “et cause la sous utilisation des installations de recyclage”. Les objectifs de tri “sont loin d'être atteints et parfois même régressent dans certaines communes” souligne la juridiction. Au final, “il en résulte un fonctionnement limité du centre de recyclage et de transfert qui impacte fortement le coût de la tonne traitée” font remarquer les limiers. Comme un effet domino, “la faible performance du tri sélectif entraîne une utilisation accélérée du centre d'enfouissement technique qui pourrait diminuer sa durée d'usage, sous réserve de la densification du stockage”.


La SEP “mauvais payeur”

Dès le début, les relations entre la SEP et son principal prestataire de services, Enviropol, “ont été tendues” note la CTC qui qualifie la Sem de “mauvais payeur”. Déjà en 2001 “les retards de paiements par la SEP des prestations réalisées par Enviropol ont atteint des montants importants représentant plusieurs mois d'activité”. Enviropol est intervenu à plusieurs reprises pour réclamer son dû mais les impayés croîtront au point qu'en 2007, l'état des impayés représentait selon Enviropol, que cite la CTC, “près de 700 millions d'encours échus”. En 2008 Enviropol évoquait même “la faillite du système”. On a même dépassé le milliard de créance.


À vot’bon coeur

“1 franc pour les enfants défavorisés de votre commune”. Vous avez peut-être vu ce slogan issu d'une publicité de la SEP pour inciter au recyclage. Toucher la sensibilité de chacun pour améliorer des objectifs de tri insuffisants en somme. Dans son rapport, la CTC souligne d'ailleurs à cet égard qu'“aucune des communes du dispositif n'atteint ainsi l'objectif des 60%” de taux de captage, poursuivant même que “la motivation pour mieux trier semble même baisser”. La CTC fait référence à ce “franc” pour chaque kilo de déchets recyclables collecté, qui est “un système ‘d'intéressement’ consistant à reverser à chaque commune une subvention destinée à des associations caritatives”. Mais “pour louable que soit cette attention, elle ne peut dispenser la SEP d'élaborer et de mettre en place un mécanisme véritablement incitatif auprès des communes pour soutenir et encourager les efforts de tri”, nuance la chambre.

Patrice Lafforgue
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Commentaires anonymes

12/08/2010 à 08h19

Il doit y avoir surchauffe des machines à lacérer les documents ...et un afflux de disques durs au fond de l'océan...

Commentaires anonymes

11/08/2010 à 11h12

"1 franc pour les enfants défavorisés de votre commune..." ... ou comment utiliser la crédulité de la population pour s'enrichir !

1 franc pour les enfants et 100 francs pour moi ! Telle est la réalité !

Commentaires anonymes

11/08/2010 à 08h39

[i][b][i]Tri sélectif à revoir...[/i][/b][/i] dans une grande commune de la côte Ouest, et suite à je ne sais quel problème de planning de ramassage, quand le camion veut bien passer, on mélange allégrement les deux bac gris et vert. Autant le bac gris est urgent avec tous ses déchets qui se dégradent et parfument l'environnement, autant le bac vert pourrait être ramassé plus tard.
Ensuite, on va mettre des équipes en place pour "sensibiliser" la population au tri...
J'avoue ne pas très bien comprendre la démarche:(

Commentaires anonymes

10/08/2010 à 15h39

Quand on pense que ces pratiques d'attribution des marchés publics durent depuis plus de 40 ans, on a une idée des fortunes qui ont été amassées par certains

Légal

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