Publié le mardi 26 janvier 2010 à 10H31
FORMATION UNIVERSITAIRE. Dans une perspective de développement de la filière audiovisuelle en Polynésie française, l'université a mis en place depuis octobre 2009 un diplôme “Métiers de l'audiovisuel”. Objectif affiché : professionnaliser le secteur et permettre l'émergence d'une nouvelle vague de talents made in fenua.
Depuis sept ans, le Fifo offre aux Polynésiens une production océanienne de grande qualité, encourage de manière indirecte la création et a sans aucun doute initié des vocations au fenua dans le secteur de l'audiovisuel. Les jeunes polynésiens ne manquent pas de courage ni même de passion mais côté formation professionnelle, il y avait des carences certaines sur le territoire. Pour y remédier, l'université de Polynésie française, en partenariat avec l’association Action et le syndicat des producteurs audiovisuels (Spapf), a ouvert un diplôme universitaire “Métiers de l'audiovisuel” en octobre dernier. Financé par le Pays, ce DU répond particulièrement aux besoins de formation dans les métiers de la production et de la réalisation audiovisuelle. Écriture de scénario, montage, production et tournage, les 12 étudiants sélectionnés sur dossiers, suivront jusqu'en juin prochain neuf modules animés par des professionnels.
Répondre à une demande de professionnalisation
Si cette formation “contribue à favoriser l’émergence d’une nouvelle vague de talents et s’inscrit dans la politique d’aide à la production audiovisuelle locale arrêtée par le Pays”, comme le souligne l'université, les possibilités d'emplois sont malheureusement très limitées. “Nous avons conscience que le marché peut très vite être saturé, donc notre but n'est pas de former plus de jeunes qu'il n'y a d'emplois possibles. Par ailleurs, les 12 jeunes retenus pour cette formation ont déjà tous un pied dans l'audiovisuel. Ce diplôme est surtout là pour répondre à une forte demande de professionnalisation donc la formation ne sera pas forcément reconduite chaque année”, précise Marie-Christine Delajoud en charge de la formation continue au sein de l'université. Dans cette logique de professionnalisation, la prochaine étape pourrait être la mise en place d'une formation de perfectionnement. Le projet est aujourd'hui encore à l'étude. On retiendra que parmi les films en compétition au Fifo cette année, Une lubie de M. Fortune a nécessité, pour son tournage en Polynésie, l'embauche de 34 techniciens locaux.
ASF
Entretien Tareparepa Teinauri
La formation proposée à l'université est ouverte à des jeunes qui ont déjà un pied dans l'audiovisuel, quel est ton parcours, quelle est ton expérience dans ce domaine ?
“J'ai suivi une licence de communication à l'Isepp et c'est dans le cadre de ce cursus que j'ai découvert le monde de l'audiovisuel, principalement à travers mes stages. J'ai eu envie de m'orienter dans cette voie. À la fin de mes études, j'ai pris une patente, j'ai commencé comme cadreuse puis les rencontres et les opportunités m'ont amenée à travailler également comme assistante de production, à la régie, etc. En tant que patentée, j'ai vite compris qu'il fallait s'ouvrir à tous les métiers liés à l'audiovisuel. L'important est d'acquérir de l'expérience.”
De l'expérience mais aussi un vrai statut professionnel. La formation n'est-elle pas là pour répondre justement à ce besoin de professionnalisation ?
“Pour moi, ce qui est important, c'est d'apprendre un maximum de chose, de l'écriture d'un scénario à la production afin d'être le plus autonome possible. Pouvoir, à partir d'une idée, monter un projet de A à Z et ensuite aller le vendre. Et puis la qualité de son travail est importante donc autant avoir de bonnes bases dès le départ. Ce qui est intéressant dans ce DU, c'est que les intervenants sont vraiment des gens du métier, des professionnels du secteur et pas des enseignants. Ils ont forcément une approche différente, ils connaissent les difficultés et les contraintes. Il ne s'agit pas de théorie, on a vraiment l'expérience du terrain qui parle.”
Les possibilités de travail sont très restreintes en Polynésie. Est-ce qu'on peut véritablement en vivre ?
“C'est sûr, on ne devient pas riche ! (rires) La principale difficulté dans ce milieu c'est que le travail n'est pas régulier dans le temps. Il y a parfois des longues périodes sans projets à l'horizon, il faut pouvoir s'organiser, anticiper ses revenus. Monter des projets, demande également beaucoup de temps et ensuite il faut pouvoir vendre le concept. C'est difficile. Les contraintes sont grandes et malheureusement tout le monde ne peut pas se permettre d'avoir une situation instable. Dans notre promotion, certains élèves ont en parallèle un autre emploi pour assurer les fins de mois.”
Les échanges existent-ils notamment avec le Pacifique ?
“Pas vraiment, il y a des co-productions qui nous permettent de faire des rencontres et donc de travailler avec l'étranger mais cela reste rare.”
Quels sont tes projets à l'issue de cette formation ?
“C'est assez compliqué pour moi car ici, nous sommes surtout tournés vers la réalisation de documentaire en Polynésie et moi, j'aimerais vraiment m'essayer à la fiction. Le DU répond assez bien à mes attentes car la formation est plutôt orientée vers la fiction, le court et long-métrage. J'aimerais bien réaliser. Maintenant est-ce que je pourrai ou pas le faire, je ne sais pas. C'est en tout cas, c’est mon objectif.”
Propos recueillis par ASF







