30% des élèves décrochent

13 contributions

Publié le mardi 17 août 2010 à 11H44

ENTRETIEN. Avant de quitter son poste de vice-recteur, Jean-Pierre Meullenet a fait le point sur différents dossiers de l’éducation. “Toute une série de mesures scolaires doivent être prises dans les établissements scolaires pour lutter contre l’absentéisme et le décrochage scolaire : surveillance de la présence, dialogue avec les parents…”, a-t-il notamment souligné hier. Selon lui, le décrochage scolaire atteint les 30% en Polynésie française. Mais “on ne peut pas être que dans le répressif”.

L’ESSENTIEL

  • Concernant l'état des internats, Pierre Meullenet précise qu'“un certain nombre de crédits ont été mis à disposition depuis des années” par l'État
  • “Il y a eu de l'argent mis à disposition, mais je ne suis pas sûr qu'il a été utilisé au mieux”, indique-t-il
  • La dotation globale d'autonomie, donc la masse salariale, ne sera transférée que “si les deux partenaires ont une volonté réelle de le faire”

Où en est le projet du “transfert de la masse salariale” dans le cadre d’une éventuelle dotation globale d’autonomie ?

“Le Pays ne souhaite pas dans l'immédiat avoir la responsabilité financière de la gestion du personnel. Si c'était le cas, il faudrait d'abord une réunion de la commission d'évaluation des charges, qui est consultative. Une fois que le périmètre financier est déterminé, le montant de l'enveloppe pour l'année suivante serait déterminé. Il n'y a pas eu de progrès dans ce sens. Il sera opéré si seulement les deux partenaires ont une volonté réelle de le faire. Si on lit la loi organique de 2004, on est au milieu du gué. Il va bien falloir choisir : est-ce qu'on va jusqu'au bout ou non ? Le contexte politique et social ralentit un peu les ardeurs.”

L'absentéisme et le décrochage scolaire demeurent toujours un problème. Comment est-il possible de lutter contre ?

“La situation est très contrastée entre les archipels et Tahiti. Dans les archipels, on peut craindre un absentéisme et un décrochage scolaire assez important après les vacances scolaires de Noël pour les enfants qui vivent en internat. Le décrochage scolaire est de l'ordre de 30%. Après le primaire, des enfants ne vont plus au collège. Toute une série de mesures scolaires doivent être prises dans les établissements scolaires : surveillance de la présence, dialogue avec les parents… On ne peut pas être que dans le répressif. Il faut expliquer aussi aux parents ce que l'école peut apporter. Ces mesures sont de la compétence du ministre de l'Éducation de Polynésie.”

Depuis votre prise de fonction en 2006, vous avez eu affaire avec plusieurs ministres de l'Éducation. Cela a-t-il eu un impact selon vous sur les élèves ?

“Les décisions prises dans le secteur éducatif n'ont jamais un résultat immédiat. Les effets des réformes sont visibles quelques rentrées plus tard. Le côté positif, c'est que le choix qui a été fait par les ministres successifs est de maintenir la qualité des diplômes et qu'ils soient validés au niveau national. C'est la pierre d'angle de tous les ministres.”

Le calendrier scolaire est régulièrement modifié. Quel impact cela a-t-il sur les élèves ? Que devrait-il être privilégié selon vous ?

“Depuis quatre ans, il y a eu un changement quasi chaque année avec des dispositifs différents selon le premier ou le second degré, en fonction des archipels éloignés ou de l'archipel de la Société. C'est un casse-tête. La difficulté est aussi liée à des considérations climatiques. Il est préférable de favoriser les vacances lors de l'hiver austral et de les diminuer lors de la saison chaude. Certains milieux économiques préconisent un calendrier austral. C'est un enjeu économique qui va bien au-delà de l'enjeu simplement pédagogique. En métropole, c'est de même. Quand il y a trois semaines de vacances à Noël, c'est pour des raisons économiques, de sécurité, hôtelières… Ici, où on a perdu énormément de touristes, certaines personnes dénoncent que ce soient les professeurs qui occupent les sièges lors de la saison haute. On est dans un discours politique. Réformer le calendrier scolaire demande un grand courage. Définir une nouvelle organisation, c'est prendre un risque politique.”

Les enjeux économiques ne sont-ils pas différents du bien-être des élèves ?

“Les intérêts des élèves ne sont pas forcément incompatibles avec les intérêts économiques. En métropole, la rentrée sociale correspond souvent avec la rentrée scolaire en septembre. Le rythme économique et social est aussi en rapport avec le rythme scolaire.”

L'océanisation des cadres dans l'éducation se fait petit à petit. Quel rôle cela joue-t-il dans la réussite scolaire des élèves ?

“Le fait pour une personne de mieux connaître lemilieu culturel, les réactions des parents et des élèves est bénéfique pour améliorer les résultats des élèves et éviter le décrochage scolaire. Si les personnes comprennentmieux le fonctionnement des familles, les difficultés de transport, etc., il y aura des réponses différenciées.”

Le ministère de l'Éducation travaille sur une refonte de la charte de l'Éducation. Y avez-vous participé ?

“Non.”

Auriez-vous aimé y participer ?

“Oui. Sans forcément participer aux séances plénières, j'aurais pu donner mon avis sur un document. La charte de l'Éducation est une compétence du ministre. C'est du registre politique. C'est à la fois un descriptif d'objectifs et une sorte de code de bonne conduite. Mais il ne faut pas que ce soit uniquement un texte, il faut qu'il y ait une véritable politique pour l'appliquer.”

À chaque rentrée, l'état de plusieurs internats fait polémique. Comment est-il possible d'y remédier ?

“J'ai visité les internats de Rangiroa et des Marquises. Ils sont dans un état totalement déplorable. Il y a eu un certain nombre de crédits mis à disposition depuis des années, jusqu'à 8 millions d'euros par an (955 millions de Fcfp). Il y a eu de l'argentmis à disposition, mais je ne suis pas sûr qu'il a été utilisé au mieux. La réussite scolaire passe par un milieu attrayant.”

Propos recueillis par MT

Jean-Claude Cirioni prend la rélève

Jean-Claude Cirioni, qui était précédemment vice-recteur de Mayotte, prendra les fonctions de vice-recteur en Polynésie française le 2 septembre. Auparavant, il était inspecteur d'académie en Ariège. Il remplace ainsi Jean-Pierre Meullenet qui avait pris ses fonctions en 2006. Celui-ci est notamment heureux d'avoir pu convaincre le ministre de l'Éducation de remettre le diplôme du brevet aux détenus. “Ils étaient fiers lors de la remise de leurs diplômes.”

Zoom

L'UPF autonome en 2012

La loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) prévoit l’autonomie de toutes les universités de France au plus tard en 2013. L'université de Polynésie française devrait franchir le pas en 2012. “Nous allons aller de plus en plus vers un transfert de compétences encore plus fort dans le secteur de l'éducation”, explique le vicerecteur Jean-Pierre Meullenet. “Ce qui sera déterminant ce sera une gouvernance de qualité.” L'UPF pourra lorgner sur sa voisine de Nouvelle-Calédonie. Celle-ci est en effet passée aux compétences élargies le 1er janvier 2011. “Il sera intéressant de voir comment cela s'est passé et ce qui a pu être apporté de manière positive et négative”, poursuit le vice-recteur. “Cela ne sera pas plus compliqué ici qu'ailleurs.” Dix-huit premières universités sont passées à l'autonomie début 2009, puis 33 autres au 1er janvier 2010, il y aura au total 75 universités autonomes en 2011, sur les 83 universités de France.

Mélanie Thomas
Imprimer Recommander Wikio Facebook Twitter digg

Les dernières contributions


Commentaires anonymes

20/08/2010 à 13h33

Avec des délinquants au plus haut niveau comme exemple on se demande comment la jeunesse pourrait être autrement.

Commentaires anonymes

19/08/2010 à 08h26

dans les pays nordiques, les enfants sont pris en charge dès la maternelle, lorsqu'on constate ces lacunes. Aussi, il n'existe pratiquement pas d'échec scolaire puisque les politiques, ce sont des femmes au pouvoir, ont accès leur priorité sur l'éducation. De plus, la scolarité est gratuite donc accessible à tous. On peut remarquer qu'ils sont en avance dans presque tous les domaines surtout celle de la technologie. Ici, à Tahiti, les enfants ne sont pas pris en compte dans les écoles à cause de leur niveau social. Parfois même, ils sont maltraités psychologiquement par les instites qui se moquent d'eux ou les mettent de côté. Ils ne sont pas respectés par certains instites, et j'en connais, qui les traitent "d'idiots" et de tous les noms d'oiseaux. Ils sont traumatisés à vie et sont bloqués dans leurs études. Aussi, comment voulez-vous que les enfants de Tahiti puissent s'épanouir si déjà ils ne sont pas respectés par les adultes. Et s'il y a beaucoup d'échec scolaire à l'heure actuelle, à qui la faute, il faut s'attendre à ce que plus tard ces jeunes deviennent de futurs délinquants. On récolte ce qu'on a semé.

Commentaires anonymes

18/08/2010 à 21h39

D'accord avec toi Vaimiti, tout ce que tu dis est terriblement vrai, ça devrait être ça notre priorité politique : injecter du fric (pouquoi pas celui de l'indexation) pour sauver notre jeunesse. Tu as aussi oublié de dire que les jeunes au chômage qui ne veulent pas voler se mettent à dealer.

Commentaires anonymes

18/08/2010 à 16h53

Mon cher Bruno, du temps de Gaston Flosse, tout le monde travaillait et filait droit. Même tes profs et de bon coeur pour la plupart de ceux que je connais.
Par contre, tu as mis le doigt sur un des principaux problèmes de l'Enseignement, parlant de ces profs chocolatière et en vadrouille permanente. C'est le désintérêt total d'une très grande majorité de nos enseignants qui ne se soucient plus de partager leur savoir, ils sont là pour profiter de la vie et du système. Certains n'ont plus à la bouche que leurs salaires, heures sup et vacances qu'ils comptabilisent à un franc/jour près. Ils ne cachent pas être là pour visiter, voyager, s'adonner à leurs loisirs préférés et débarquent avec leur matériel. Il nous est arrivé plus d'une fois de croiser des groupes de profs en vacances en Chine, à l'Ile de Pâques ou dans les îles, etc, avec quelques jours d'avance ou de retard; et vous pouvez les aborder et le leur faire remarquer, ça ne les gêne plus et même, ils en rient. D'autres ont leurs petits business parallèles (pensions, peinture, chocolaterie et autres commerces) qui accaparent beaucoup de leur temps, plus que leurs cours et prépas. Bref, il y en aurait des pages et des pages à écrire, tellement c'est scandaleux. Les temps ont bien changé. But I get mad just to see how they don't care anymore about their job and their pupils though they cost a lot of money to France.
A côté de cela, la France sarkozyste refuse les crédits pour restaurer les collèges et lycées qui dépendent d'eux. Jusqu'au jour où un accident surviendra! Boff que dis-je, ils s'en fichent. Pour ne pas remuer le petit doigt, c'est qu'ils ne se sentent pas concernés, ni le vice-recteur bien qu'il s'en plaignait, ni personne de ces hautes sphères. Etat des lieux, la cata, ici comme en France.

Commentaires anonymes

18/08/2010 à 14h56

De toutes façons les 30% trouveront un boulot dans la politique !!

Commentaires anonymes

18/08/2010 à 11h17

Si déjà les profs ne faisaient pas des rélfexions du style "de toute manière, j'en n'ai rien à foutre de vous, je suis quand même payé tous les mois" et il y avait plus de suivi dans les collèges et lycées ça irait mieux.

Trop d'absences, on supprime les allocs. Peut-être que certains parents comprendront que le temps où on faisait des enfants pour les envoyer au faapu et toucher les allocs est fini.

Mais comment faire comprendre à un enfant qu'il doit bien travailler à l'école pour trouver un bon travail plus tard quand il n'y a plus de travail, que les gens sont obligés de voler pour vivre, que des boites mettent la clé sous la porte à cause de la crise et de la politique à vomir d'ici, quand il rentre à la maison et voit son père bourré cogner sa mère parce qu'il n'assume pas d'avoir une vie misérable, en crachant sur la société après une caisse bière et un magnum de whisky à 10000 cfp alors qu'il n'y a rien manger dans le frigo.

Nos jeunes sont peut-être jeune mais ne sont pas aveugles. Ils voient et entendent ce qui se passe. Et quand on voit ce qui se passe en Polynésie, pas la peine de se demander pourquoi nos jeunes sont blasés.

Commentaires anonymes

18/08/2010 à 02h32

commentaire effacé ?

il faudrait voir combien de mois ce CR est bien resté en polynésie car je n'ai pas pu le contacter à plusieurs reprises
le fait qu'il parte à la retraite ne m'etonne pas du tout..

vive le laxisme à l'EN

Commentaires anonymes

17/08/2010 à 23h18

C'est pas étonnant que certains élèves décrochent!!! quand on voit à quel point la plupart de ces instituteurs et professeurs sont nul et incultes!!!

Contribution modérée

Commentaires anonymes

17/08/2010 à 20h53

Pourquoi l'UPF ne va pas passer aux compétences élargies en Janvier 2011 ? Parce que elle très mal gérée : Insécurité, profs qui ouvrent des chocolateries, qui sont tout le temps en métropole. On s'en fout des étudiants ! Normal, c'est une ancienne ministre de Flosse qui commande...

Commentaires anonymes

17/08/2010 à 20h25

Voilà encore un dossier pour la Cour des Comptes....

Commentaires anonymes

17/08/2010 à 20h11

Pour les internats, on y travaille! C'est pas facile mais il faut se dire que chaque établissement a sa spécificité et que le modèle européen ne peut pas s'adapter systématiquement.
Pour Rangiroa, les conditions d'accueil sont honorables à mon avis, au vu des travaux réalisés. Je crois que les parents d'élèves sont plutôt satisfaits.

Commentaires anonymes

17/08/2010 à 19h59

@OBS
Dès la fin du primaire l'école c'est fini. L'enseignement étant obligatoire jusque 16 ans, ... comment est ce possible ?
[i]le laxisme inhérent à l'EN[/i]
---> Comment faire pour que tous les enfants aient la même chance de pouvoir faire "des études" ? Répression aux allocs ?
[i][b]arreter de copier bêtement les programmes français et donner la chance aux maohi:aujourd'hui on detruit sa langue[/b][/i]
Où sont donc partis ces 955 millions chaque année ? C'est direct comme accusation.
[i][b]c'est ce que font les fonctionnaires de passage, on dénonce apres avoir reçu l'argent...[/b][/i]
S'il le dit maintenant qu'il part c'est que la vérité doit déranger ...
[i][b]c'est que il n'était pas souvent en polynésie ce VR[/b][/i]

Commentaires anonymes

17/08/2010 à 14h54

Dès la fin du primaire l'école c'est fini. L'enseignement étant obligatoire jusque 16 ans, ... comment est ce possible ?
---> Comment faire pour que tous les enfants aient la même chance de pouvoir faire "des études" ? Répression aux allocs ?
Où sont donc partis ces 955 millions chaque année ? C'est direct comme accusation.
S'il le dit maintenant qu'il part c'est que la vérité doit déranger ...

Légal

  • Droits de reproduction
    et de diffusion réservés
    © 2007-2011
    Les Nouvelles de Tahiti

  • Recommandations LNT

    Gardons Contact !

     

    Tous nos fils RSS   Contactez-nous !   La FanPage des Nouvelles de Tahiti   Suivez LesNouvelles.pf sur Twitter !   Le Channel Youtube des Nouvelles de Tahiti