“Trop d’argent mal réparti a circulé”

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Publié le lundi 09 mars 2009 à 10H02

INTERVIEW. Célèbre débatteur, régulièrement invité dans l’émission L’hebdo sur France Ô et de passage au fenua, le bouillonnant directeur de recherche au CNRS et fin connaisseur des outres mers, Dominique Wolton nous livre son analyse sur une instabilité politique chronique, les risques d’une Polynésie face aux dangers des outils de communication et le clivage indépendance/autonomie.

 

L’ESSENTIEL

  • De passage en Polynésie, le directeur de recherche au CNRS, Dominique Wolton, estime que la question est de savoir si le pays a “les moyens culturels de résister à une espèce de standardisation des modes de vie”
  • Outre la capacité à trahir de certains politiques, l’instabilité est due à un manque de société civile
  • “La question du XXIe siècle, c’est donc moins celle de l’indépendance que celle du respect des identités culturelles”

Le pays vit depuis cinq ans une instabilité qui donne une piètre idée de la politique locale. Est-ce un problème de cadre réglementaire ou un problème d’hommes ? “La France devrait avoir le prix Nobel du nombre d’institutions qu’elle crée pour les outres mers, c’est hallucinant ! Régulièrement, on sort un nouveau cadre, mais au bout d’un moment, cela tourne à la caricature. Par exemple, le mode de scrutin. Il y a aussi le fait que c’est un petit pays avec un espace public qui a eu du mal à se constituer. Autrement dit, il y a des forces politiques, il y a l’armée, il y a l’État, mais il n’y a pas de société civile et c’est un vrai problème. Les commerçants, les industriels ne constituent pas, comme dans la plupart des pays, un espace public et politique dans lequel il y a de vrais militantismes. Le troisième facteur d’instabilité, c’est que les gens ont une capacité à trahir leur camp à une vitesse exceptionnelle. La soi-disant ligne de partage, c’est indépendantisme/autonomisme. Mais j’ai vu le régime Flosse, c’était le régime le plus indépendantiste que je connaisse. Il voulait tout l’argent possible de l’État français avec une haine invraisemblable. Oscar Temaru, qui n’aime pas particulièrement la France, qui est plus anglophile que francophone, est manifestement moins hostile. Par conséquent, les cartes sont brouillées. Les gens ne croient pas aux idéologies, il y a trop d’argent qui a circulé dans ce pays inégalement réparti et une espèce de caricature de modèle politique qui ne correspondait pas à la réalité. Tous les dés sont pipés. Les Blancs n’ont pas le droit de dire quelque chose parce qu’ils ne sont soi-disant pas polynésiens, mais les Polynésiens qui parlent au nom des vrais Polynésiens sont tous des demis avec des origines européennes… C’est un jeu de poker menteur. Finalement, c’est d’abord un mode de scrutin qui va permettre de sortir une vraie majorité et une vraie opposition. Deux, il faut qu’on arrive à ce que les gens respectent leurs choix politiques. Trois, il faut que la société civile se constitue –professeurs, commerçants, industriels ont une part de responsabilité. Et quatre, il faut parier sur la jeune génération. La politique a aussi été tordue parce que l’État n’a pas assumé ses responsabilités depuis 20 ou 30 ans. Les hauts-commissaires se sont succédé en étant incapables de résister à une procédure de démagogie, incapables de montrer le sens de l’intérêt général, incapables de montrer que l’État était arbitre…”

L’État semble désireux d’ouvrir “une nouvelle phase” avec la mise en place des états généraux. Que peut attendre la Polynésie de cette “remise à plat” ?

“La question de l’indépendance flotte ici depuis le XIXe siècle, elle est traitée en permanence. Ce qui est compliqué, c’est que les indépendantistes ne sont pas ceux auxquels on pense… (cf. le comportement de Flosse durant plusieurs années). Je trouve totalement légitime qu’ici et ailleurs il y ait des partis indépendantistes. Le problème c’est qu’on se trompe de bataille. C’est-à-dire que le XXe siècle a été celui des indépendances, mais on a vu avec 50 ans de distance que des petits territoires indépendants coulent économiquement, politiquement, culturellement. La question du XXIe siècle, c’est donc moins celle de l’indépendance que celle du respect des identités culturelles. Et ici, ils ont déjà une quasi-indépendance, comme en Calédonie. Donc ça ne me dérange pas que les gens soient indépendantistes, mais j’ai envie de leur dire qu’ils se trompent de bataille. Quand vous serez indépendant, vous n’aurez pas la richesse économique… par contre vous avez une quasi-indépendance aujourd’hui et débrouillez-vous plutôt pour résoudre le problème de demain qui est beaucoup plus important, à savoir : comment conserver à la fois une identité politique, culturelle et historique et être dans la modernité. C’est bien plus compliqué de le faire que d’être capable d’être indépendant. Si on remet à plat ici, il y a eu déjà le Pacte de progrès en 1993, donc il y a eu plusieurs fois des choses de ce genre. Qu’à cette occasion, on remette en cause ici comme ailleurs une partie de l’économie coloniale, je suis d’accord. Mais il faut être honnête, une partie de l’économie coloniale est tenue aussi par les Polynésiens. Il y a des demis qui sont aussi dans une bonne logique d’économie coloniale donc le néocolonialisme, ce n’est pas le monopole du popa’a. Le vrai débat n’est pas l’indépendance politique, mais l’autonomie économique, l’autonomie de l’identité culturelle et la capacité à se gérer dans la région.”

Ce qui est compliqué, c’est que les indépendantistes ne sont pas ceux auxquels on pense

N’y a-t-il pas un mal polynésien, car rapports de la CTC après rapports de la CTC pointant du doigt des gestions calamiteuses et des gabegies, à se demander finalement s’il n’y a pas un cadre imposé de la gestion qui ne convient pas.

“Non… Ce qui est en cause, c’est que la France distribue énormément d’argent en outre-mer, mais le distribue mal. Alors les responsabilités de la métropole sont dues au fait que depuis 30 à 40 ans, les élites métropolitaines, technocratiques, politiques, médiatiques, scientifiques ne s’intéressent pas du tout aux outres mers. Et je n’arrête pas de me battre depuis 15 ans, de dire que les outres mers sont une richesse pour la France. Curieusement, dans une sorte de réflexe anti-colonial ou de décolonisation, on dit qu’il faut s’en débarrasser alors que la France a une chance folle, c’est le pays au monde qui a le plus de collectivités territoriales outre-mer sur les trois océans…”

Certes, mais ça sert à quoi pour la France de garder la Polynésie ?

“Ça sert d’avoir un exercice de travaux pratiques sur la construction de la cohabitation culturelle. Le monde de demain sera un monde de cohabitation culturelle. L’intérêt pour la France de garder la Polynésie, c’est d’abord un problème de responsabilité vis-à-vis de ces territoires, c’est aussi un exercice de cohabitation afin de voir si on est capable de gérer des cultures, des religions, des traditions différentes. Comme le problème du XXIe siècle c’est l’organisation de la cohabitation et bien, les pays via l’Europe, via la France ont vis-à-vis de ces territoires-là des laboratoires de cohabitations culturelles. Donc ce n’est pas du tout une vision passéiste de conserver des liens avec ces territoires, c’est une vision d’avenir…”

Propos recueillis par Patrice Lafforgue

Zoom

Comment résister à la mondialisation ?

Au cours de vos interventions, vous avez traité de l’identité et de la mondialisation. La Polynésie a-t-elle les armes pour préserver son identité dans cette vague de mondialisation ?

“Ce qui menace plus la Polynésie, c’est un effet de la mondialisation qui est lié aux progrès des techniques de communication. À partir du moment où par le téléphone, la radio, la télévision ou Internet, vous faites circuler énormément de messages d’information, vous avez une domination du modèle culturel occidental qui prend ici comme ailleurs. La question qui se pose pour tout le Pacifique, et en Polynésie en particulier, c’est de savoir si des territoires faiblement peuplés vont avoir les moyens culturels de résister à une espèce de standardisation des modes de vie, des idées, qui par définition ont une puissance inouïe. Donc le paradoxe, c’est que les techniques de communication, qui pendant des siècles ont rapproché les points de vue, les cultures et les hommes, peuvent aujourd’hui, dans cette mondialisation, être très défavorables à des fortes cultures qui sont sur des petits territoires avec de petites populations. Donc la question politique des techniques de communication revient au premier plan, c’est-à-dire pour quoi faire ? Pour quelle politique du patrimoine, de l’identité culturelle ? Et comment gérer au travers de ces systèmes de communication le rapport entre la tradition et la modernité ? Il n’est pas question de transformer ces territoires en musées ni en une banlieue de Los Angeles.”

Comment faire pour résister ?

“Il faut une prise de conscience sur les enjeux, les limites et les dangers des techniques de communication. Une prise de conscience qui n’a lieu nulle part dans le monde actuellement, puisque tout le monde est fasciné par Internet. Cela suppose également une réflexion critique sur les rapports entre tradition et modernité et enfin une volonté de dire que sur tels aspects nous allons communiquer avec le monde intérieur et pour d’autres nous allons faire une résistance.”

Patrice Lafforgue
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Commentaires anonymes

11/03/2009 à 11h17

E wonton tane,
Gaston Flosse : "Il voulait tout l'argent possible de l'état français avec une haine invraisemblable." E aha hoa ia. Mea ite roa oe.
Vous n'inversez pas un peu les rôles. C'est votre haine et votre mépris de notre fenua qui est invraisemblable avec tout ce que vous nous devez ; en passant, nos pays réduits à quelques "exos de TP" pour la grande France, celle-là on nous l'avait jamais faite. Enfin, NOUS NE SOMMES PLUS A UNE INSULTE PRES. En attendant, la réalité n'est pas que nous soyons ces "laboratoires de cohabitation culturelle" mais ces labos d'expérimentation à vif de vos "retombées" nucléaires ad vitam eternam et qui en ont expédié plus d'un au cimetière quand vous les français profitez de la manne de ces "retombées".

Et quand vous nous faites la menace, le chantage de ce que nous n'aurons pas "la richesse économique lorsque nous serons indépendants", vous nous prenez pour des demeurés. Et les évènements de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane, sur le même pied d'égalité que n'importe quel autre département de France sont la preuve que tous vos discours ne sont que du blabla. Si nous n'avions eu un Gaston Flosse pour vous imposer un minimum de respect et d'honneur à notre égard, nous en serions au même stade que les antillais, DANS LA MISERE ET A NOUS ENTRE DECHIRER.
Vos forums, vos états généraux, vos conférences ne sont que de vains discours et promesses. Ras-le-bol ET PAS BESOIN D'INTERNET POUR SEVIR LOCALEMENT.
Gaston Flosse "indépendantiste"; là, vous nous faites carrément rire. Vous ne savez plus quoi inventer tant votre jalousie vous ronge. Gaston Flosse a du sang polynésien et aussi français qui coule dans ses veines. Et si vous ne risquez pas de comprendre, ayez au moins la décence de ne pas parler de ce que vous ne savez pas.

11/03/2009 à 05h44

Excellente analyse, Mr D.Wonton, ce serait super de vous avoir une fois par mois sur Rfo et Tntv face à la presse et face à nos politiciens locaux, en direct et en public...
Bravo les nouvelles de cette intiative d'interview avec un tel personnage de qualité.
Faaitoito!

Commentaires anonymes

10/03/2009 à 14h30

Monsieur Wolton, "il n'y a pas de société civile en PF" et aucun militantisme chez vos professeurs, commerçants, industriels car « la politique » et ce qui se passe dans ce pays ne les intéressent pas : ils sont là pour faire carrière ou s'en mettre plein les poches et pas pour construire dans l'intérêt du pays. Ils ont bel et bien droit à la parole et occupent des postes peu négligeables de cadres dans différents services administratifs et SEM.
Il n’y a qu’à mettre le nez dans ces appels d’offre du secteur Bâtiment quasi intégralement entre les mains de chefs d’entreprise « métropolitains » qui ont été les premiers à profiter du régime Flosse qui après l'immobilisme de ses prédécesseurs a tenté de relancer notre économie en menant une politique de construction d'infrastructures dont le Territoire avait besoin.
Il n'y a qu'à mettre le nez dans l'équipe dirigeante d'Air Tahiti Nui, des métros dont les mesures prises et tarifs pratiqués me font dire qu'ils sont là pour couler la baraque! Et j'en passe.

Et monsieur Flosse et son régime soi-disant "indépendantiste à vouloir tout l'argent de la France avec une haine INVRAISEMBLABLE" nous ont valu de bénéficier d'un statut qui nous a permis de nous développer économiquement en cassant les monopoles tels que ceux qui sévissent dans vos DOM ne serait-ce qu'au niveau des nos denrées alimentaires et autres produits importés, des transports maritimes et aériens où Air France notamment sévissait sans vergogne ; un statut qui nous a permis de multiplier les infrastructures scolaires auparavant très insuffisantes pour que nous accédions tous à l'Education, de construire des hôtels pour développer notre tourisme, de nous doter d'un port digne de ce nom pour permettre l'accès de paquebots de croisière, d'une flotte de pêche, une politique qui a permis une couverture sociale dont les plus démunis étaient privés… et j'en passe et pas des moindres.

Vous et vos médias métropolitains faites de la désinformation tous azimuts en prétendant le contraire .....
Par contre, un tout petit exemple des chasses gardées de l'Etat ; allez donc visiter notre prison de Nu'utania et faire le constat du désastre et de l'éternel blablabla de l'Etat, depuis le temps ; mettez donc le nez dans les salaires et indemnités en tout genre de ses fonctionnaires qui nous vaut d'être qualifié de "danseuse" de la France depuis des lustres... Une honte que tout cela !

Mais vous le savez, vous qui vous vantez régulièrement de voyager pour être sur le terrain en y invitant Zemmour, votre collègue de "l'Hebdo" partisan de « l’assimilation ». Très sympathiques toutes vos petites ballades et conférences ; nous y avions cru. Mais, outre le fait que cela doit coûter à la République (je suppose que vous ne voyagez pas en classe éco), nous constatons en définitive que ce n'est que du "vent" depuis le temps que vous dénoncez « la richesse de l’OM français et le respect de nos identités, cultures et langues »... Une richesse dites vous qu'il faudrait gérer différemment ; c'est bien ce que Gaston Flosse a fait chez nous contrairement à vos préfets et autres composantes de votre "mille-feuille" coûteux au pouvoir dans les DOM en révolte. Mais cela vous écorche de le reconnaitre.

Commentaires anonymes

10/03/2009 à 10h31

Pour aller au bout de la logique de D. WOLTON, il fraudrait une meilleure répartition des richesses, à commencer, par exemple, par un impôt sur le revenu ou sur les grandes fortunes... En clair, plus de solidarité envers les plus démunis, ceux qui ne lisent pas les Nouvelles mais qui, tout autant que les Antllais, les Basques, les Bretons ou encore les Corses, sont citoyens français . Là, effectivement, il y aurait un progrès substantiel, des actes joints aux paroles. Combien d'entre-nous sont prêts à y consentir ?

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10/03/2009 à 04h02

excellente analyse monsieur Wolton

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10/03/2009 à 00h18

Bravo, j'applaudis des quatre mains. Il faudrait en faire une chaine letter de cette interview et la diffuser a tous les polynesiens.
J'adhère a l'idée de Zorro pour une chronique même mensuelle, ça nous changerait des habituelles pseudo expertises locales en tout et surtout n'importe quoi. Du sang neuf ;)

Commentaires anonymes

09/03/2009 à 18h58

Outre que "la France distribue énormément d’argent en outre-mer, mais le distribue mal" et a entre autre servi a enrichir éhontément une pseudo "élite" plus politicienne, voir politicarde que politique; ce qui a d'abord "manqué" en Polynésie c'est que la Justice n'ait pas été rendue en "toute rigueur" et sans tenir compte à qui elle s'adressait, voir la fable de Jean de La Fontaine: "selon que vous serez riche et puissant" etc... Dans un pays où l'on a plus "confiance" en "sa" justice le pire est à craindre (confère l'état de terreur engendré par la "vengeance" qui est l'opposé de la justice; exemples: l'immédiat "après-révolution-française", l'histoire des Kmers rouges etc, etc...) et tout peut toujours malheureusement arriver et où que ce soit.

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09/03/2009 à 17h30

Chapeau bas M. Wolton,
Puissent les "grands" de ce petit pays vous entendre.
Merci

Commentaires anonymes

09/03/2009 à 16h22

"c’est que les indépendantistes ne sont pas ceux auxquels on pense"

C'est ce que je pense depuis toujours mais il y a encore des aveugles ou des personnes qui ne veulent pas voir.

Enfin une analyse fine par quelqu'un qui n'a pas peur !... Monsieur Wolton, faites une chronique chaque semaine dans les Nouvelles sur la Polynésie s'il vous plaît. :-*

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