“Stop à l’assistanat !”

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Publié le mardi 04 août 2009 à 09H10

ATELIER 3. Philippe Tisiot est professeur de cuisine au CETAD de Papara. Chaque jour, il utilise des produits locaux qu'il décline à toutes les sauces. Mais il a de plus en plus de mal à en trouver, tant au fil des années, les productions locales se raréfient.

L’ESSENTIEL

  • Pour Philippe Tisiot, la production locale est en danger mais peut rapidement s'en remettre si les moyens adéquats sont mis en oeuvre
  • La Polynésie ne s'autosuffit qu'à hauteur de 8%, ce qui est largement insuffisant pour un pays disposant d'autant de terres cultivables
  • Philippe préconise de demander des conseils techniques ainsi qu’une réglementation pour les pesticides

Où en sommes-nous ?

Pourquoi avez-vous décidé de vous inscrire aux états généraux ?

“J'ai décidé de participer aux états généraux, et principalement à l'atelier sur les productions locales, car c'est un secteur qui me touche directement. En tant que professeur de cuisine au Cetad de Papara (Centre d’éducation aux technologies appropriées au développement), je suis souvent amené à utiliser des produits locaux, mon but étant d'apprendre aux élèves à s'approprier les produits de leur fenua et à les cuisiner à toutes les sauces. En plus de dix ans de vie polynésienne, j'ai observé la raréfaction progressive des productions locales.”

Qu'est-ce qui vous motive ?

“Ce qui me motive c'est qu'enfin nos dirigeants nous offrent officiellement l'opportunité de participer à l'évolution du pays, ou du moins à exposer nos idées. Tout en ayant une petite certitude qu'elles seront notées et peut-être révisées. J'ai un doute sur leur application, mais c'est déjà un bon début.”

Que pensez-vous de la politique agricole et vivrière du fenua ?

“Il n'y en a pas ! Ou s'il y en a une, elle n'est pas très claire sinon pas encore totalement définie. J'ai l'impression qu'à Tahiti on a peur de ne pas avoir assez à manger. Du coup, on importe des denrées qui sont cultivables au fenua. Il serait tellement plus simple, rapide et efficace de se concentrer d'abord sur nos capacités de production avant de faire venir de Nouvelle-Zélande, des États-Unis ou de je ne sais où, des tomates, des concombres ou même du poulet.”

Où allons-nous ?

Quel est le ratio d'autosuffisance alimentaire en Polynésie ?

“Il est dérisoire. On ne s'autosuffit qu'à hauteur de 8%, ce qui nous rend dépendant des produits importés à 92%. C'est beaucoup trop pour un pays disposant d'autant de terres cultivables. Les frais de transports inter-îles sont trop chers et les agriculteurs, les pêcheurs et les éleveurs locaux se font de plus en plus rares. Et ce, davantage depuis la crise.”

Que pensez-vous de l'émergence de l'agriculture biologique ?

“C'est une bonne initiative, mais je pense qu'avant de s'attaquer au développement du bio, il faut apprendre à maîtriser l'agriculture industrielle afin de prétendre à une autosatisfaction alimentaire.”

De l'évolution des Polynésiens ?

“La société polynésienne est devenue une société de consommation. On fait moins d'efforts pour gagner plus. Seulement, avec la crise internationale, cet adage et ses partisans en prennent pour leur grade.”

Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Que proposez-vous pour faire face ou remédier à cette dégradation de la production locale et de l'effet de dépendance dû à la mondialisation ?

“Tout d'abord, stop à l'assistanat ! Je pense que les subventions sont des solutions de facilité. Je pense que pour faire avancer le pays, il faudrait que tout le monde y mette un peu du sien. Je n'ai pas de solutions miracles, mais s'il faut en proposer, je pense à une contribution des banques avec possibilité de contracter un crédit à taux zéro par exemple. En Polynésie, il y a tout pour une autosuffisance alimentaire : les ressources agricoles et humaines (main-d’oeuvre). La Polynésie regorge de terres fertiles inexploitées. Alors, pourquoi ne pas s'y intéresser et essayer de développer l'agriculture en demandant à nos ‘voisins’ antillais, par exemple, de nous transmettre leur savoir technique. Et mettre en place une réglementation pour les pesticides dont certains sont nocifs pour l'homme mais que certains producteurs utilisent pour faire fructifier leurs cultures faute d'informations. Le fenua a encore quelques wagons de retard sur les moyens techniques et l'organisation.”

Propos recueillis par Jennyfer Wong

Zoom

Philippe Tisiot est professeur de cuisine au Cetad de Papara. Arrivé au fenua en 1997, ce fils de charcutier-traiteur né à Pau a parcouru le monde après ses études en école hôtelière avant d'atterrir à Tahiti où il épouse une locale. Son but aujourd'hui est de transmettre des techniques culinaires à ses élèves âgés de 13 à 16 ans, en utilisant des produits 100% locaux. Des produits qu'il peine de plus en plus à trouver à cause de la baisse des productions locales. Un problème qui selon lui, "n'est pas si difficile à contrecarrer si tout le monde y met un peu du sien et surtout les décideurs."

Jennyfer Wong
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Commentaires anonymes

08/08/2009 à 13h36

voilà des métiers charcutier - boucher qu'on devrait mettre en valeur dans le territoire et faire venir dans ce pays des artisans français ,
qui apprendrait leurs métiers à nos jeunes ,
que de nous amener des spécialistes du tertiare ,
félicitations à ce professeur ,
iotua,

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